La lumière est la chose qui me donne l'heure, lorsque j'ouvre les yeux, elle tape contre mes iris et je referme rapidement les yeux, je me sers de ma main comme barrière anti-lumière. Je sens une chaleur sur mon dos, avec un souffle chaud contre ma nuque, je me tourne doucement, Trevis est endormi, collé contre moi. Je lève mon regard sur l'heure, j'attrape son poignet puis le soulève doucement pour glisser lentement hors du lit sans le réveiller. J'arrive à sortir et lâche ensuite son poignet.
Je remarque mes vêtements de la veille pliés et secs sur la commode, je commence à tout enfiler. Quand je termine de mettre mon pantalon, Trevis se retourne au même moment, son regard s'ouvre directement sur moi.
"- Tu t'en vas déjà ?" il me demande avec une voix légèrement endormie.
Je hoche la tête puis enfile mon haut, il se redresse dans le lit, il bâille bruyamment.
"- Reste un peu." il me demande.
Je termine de m'habiller.
"- Je dois aller voir le Président.
- Il peut attendre un peu, non ?"
Je lui adresse un regard.
Il veut que je fasse le Président attendre plus que ça ?
Il sort du lit, s'avance vers moi avec sa tenue d'Adam, il m'attrape par la main de façon douce.
"- Reste encore un peu." il me supplie doucement.
- Non, merci... En plus je dois rentrer pour aller me doucher et me changer.
- Oh."
Il s'écarte de moi, sa main lâche la mienne et une expression dessus s'affiche sur son visage.
Je devrais me sentir mal de le voir comme ça ?
À quel point j'ai cessé de ressentir même de la compassion ?
Peut-être parce que je ne ressens rien pour lui.
Je lui tourne le dos, sors de la chambre puis marche jusqu'à la porte, j'attrape mes bottines que j'enfile, puis ma veste, j'ouvre la porte...
"- On se voit à l'Agence." il me dit.
Je le regarde.
"- Si tu es en retard tu feras 30 pompes."
Il sourit en croisant ses bras.
"- Oui, Cheffe."
Je sors de son appartement, je ferme la porte en même temps que la voisine, elle a la quarantaine et un enfant lui donne la main. Elle m'adresse un regard noir.
"- Vous devriez penser aux autres, les murs sont fins ici." elle me dit en désignant son enfant.
Je regarde le gosse puis elle.
"- Désolée, mais ne soyez pas jalouse que moi j'aie une vie sexuelle active."
Je la regarde de haut en bas.
"- Ça se voit que vous n'avez pas cette satisfaction."
Elle ouvre la bouche choquée, je souris à son gamin et prends les escaliers pour descendre jusqu'à la sortie de l'immeuble, je me dirige vers ma voiture quand un miaulement retentit. Je m'arrête, fixe le chat noir qui me regarde avec ses grands yeux verts.
Je le prends dans mes bras et l'emmène avec moi dans ma voiture, je le pose sur le siège passager.
"- Ne crois pas que tu me faisais de la peine." je lui dis tout en tournant la clé de contact.
Je quitte le parking de l'immeuble de Trevis et roule jusqu'à chez moi. Si on peut appeler cet endroit chez moi, il y a des caméras partout dans cet immeuble et je soupçonne qu'il y en a dans mon appartement, même si j'ai fait tous les endroits possibles où on pourrait en cacher.
Ou je suis simplement parano.
Je regarde le chat du coin de l'œil, qui est en boule sur le siège puis repose les yeux sur la route, rien que de pénétrer dans la zone où se trouve mon immeuble je la trouve sinistre. Je me gare dans le parking souterrain. Je prends une grande inspiration, avant de sortir le chat dans les bras.
Je me dirige vers l'ascenseur, j'appuie sur le chiffre 15 à l'étage de mon appartement. Je regarde les chiffres défiler et plus j'avance dans les étages plus je sens cette boule au ventre.
La sonnerie des portes me glace le sang, je sors et marche vers l'appartement, je pousse la porte et pose le chat au sol. Je vais chercher du lait que je mets dans un bol et le pose au sol pour lui avant de disparaître pour prendre ma douche.
Je sors après quelques minutes, je navigue dans le dressing, je glisse mes doigts sur les vêtements, j'attrape un pantalon militaire noir et l'enfile avec un crop top noir, j'enfile une veste en jean puis mes bottines, je m'asperge de deux gouttes de parfum.
Je me maquille par la suite et sors de l'appartement. Je descends avec l'ascenseur et monte dans ma voiture. J'attache ma ceinture puis démarre mon Audi. Je roule jusqu'à l'Agence de tueurs à gages. J'allume la radio à petit volume juste pour avoir un peu de bruit dans la voiture.
Je regarde mon téléphone qui est resté là toute la nuit, je tapote dessus pour essayer de l'allumer mais malheureusement il est déchargé. Je le balance sur le siège arrière agacée...
L'Agence arrive sous mes yeux, je me gare dans le parking puis descends, je marche vers le bâtiment, le portier m'ouvre la porte. Rebecca me voit et s'avance vers moi, je continue à marcher ce qui la fait me rejoindre dans ma marche.
"- J'ai essayé de t'appeler."
J'appuie sur le bouton d'appel de l'ascenseur puis soupire en passant ma main dans mes cheveux.
"- Désolée mais mon téléphone est mort.
- Le Président semblait pressé de te voir."
Comme d'habitude.
Je monte dans l'ascenseur puis appuie sur le bouton, Rebecca empêche les portes de se refermer. Je la regarde, mes bras croisés, mon dos collé contre la paroi.
"- Quelle que soit la mission qu'il propose, on est peut-être le rang Alpha mais on a besoin d'une pause."
Moi aussi Rebecca, j'en ai tellement besoin que je hurle dans ma tête.
"- Ouais... J'essaierai de lui parler de ça." lui dis-je.
Elle me regarde comme pour être sûre que je vais faire mon possible.
"- J'ai dit oui." je lui fais savoir.
- Ok."
Elle laisse les portes se refermer, elle commence à monter, ce qui crée une boule dans ma gorge. Je sens mon cœur qui bat à cent à l'heure, j'ai déjà mal au bide rien que d'arriver à son bureau. Je dois me concentrer et ne pas lui montrer qu'il me fait flipper...
Les portes s'ouvrent directement sur lui, le Président est vêtu de son costume coûteux comme d'habitude. Il me regarde de la tête aux pieds et sourit.
"- Je comptais venir te chercher moi-même." me dit-il le sourire aux lèvres.
Je décolle mon dos du mur puis décroise mes bras.
"- Pas besoin."
Je sors de l'ascenseur afin de lui faire face, il me tend son bras...
Une habitude venant de lui pour essayer de me faire croire que c'est une personne gentleman, et gentil. Très bonne blague. Il est aussi perturbé.
Je passe mon bras autour du sien et nous marchons dans le couloir lentement en direction de son bureau.
"- Tu as fait du bon travail hier. Notre client était ravi.
- Je suis contente pour lui."
Je laisse mon regard se déplacer sur l'extérieur que m'offre la grande vitre.
"- Tu as même éliminé les témoins."
Je serre mon poing sachant que je dois lui dire.
"- Je ne les ai pas tous éliminés..."
Il s'arrête ce qui me stoppe aussi, sa main se pose sur mon avant-bras, son regard se plonge dans le mien comme un gouffre.
"- Pas tous ? " il répète doucement.
"- Quelques-uns se sont enfuis.
- Et tu n'as donc pas fini le travail avant de rentrer ?"
C'est exactement ce que je disais... Il a une façon de faire des reproches qui sont exactement comme cet homme...
Je baisse les yeux, il pose un doigt sous mon menton pour me refaire lever la tête.
"- Mais je ne dois pas m'inquiéter... Tu vas aller chercher ceux que tu as laissés s'enfuir et tu vas les tuer un par un... Pas vrai ?"
Mes lèvres tremblent mais je m'efforce de sourire.
"- Évidemment." je lui murmure.
Il sourit devant ma confirmation.
"- Je suppose que tu n'auras pas besoin d'aide."
Il sait très bien que j'en aurai besoin.
Comment je pourrais trouver ces hommes sans aide ?
"- Je...
- Je suis sûr que vous y arriverez." il me coupe puis reprend sa marche tout en m'entraînant avec lui.
S'il savait à quel point je le déteste... Il n'a aucune compétence en meurtre, je pourrais l'égorger sans même avoir à faire le moindre effort. Alors pourquoi je suis si faible face à lui ?
"- Ah. John !"
Je lève les yeux sur John qui approche, le Président lui fait signe de la main avec un grand sourire.
"- Tu arrives juste à temps et si on déjeunait tous les trois ?" le Président propose.
John lui adresse un sourire.
"- Ce serait un plaisir mais j'avais déjà réservé mon après-midi avec ma fille." John l'informe, son regard se pose sur moi.
Je lui souris pour ne pas laisser paraître que le Président me met de mauvaise humeur ou mal à l'aise.
"- C'est tellement dommage." se plaint le Président.
Il se tourne face à moi, il me tend enfin le document qu'il avait sous son bras qu'il essayait de cacher depuis le début. Il me le tend.
"- La mission.
- Encore une ?"
Face à ma remarque il fronce les sourcils, John intervient comme s'il sentait le malaise :
"- Vous ne pensez pas que c'est trop Président ? Ils viennent à peine de sortir de mission.
- C'est la particularité du rang Alpha..."
Il plonge son regard dans le mien rempli de sous-entendus.
"- ...Ils se doivent d'être assez efficaces pour continuer d'avoir leur 'avantage'
- Je sais...
- On va s'en sortir John." je le coupe.
Je prends le document dans la main du Président, qui sourit.
"- Parfait... C'est ça que je veux obtenir venant du rang Alpha."
Il tapote mon épaule puis commence à parler avec John. Je fais complètement le vide devant, j'ai un haut-le-cœur qui ne demande qu'à être évacué. Je suis écœurée qu'il utilise John contre moi.
Je tourne les talons pour m'en aller, mon corps est raide et je marche mécaniquement le long du couloir en passant devant les toilettes, je fonce dedans et vomis mes tripes dans les WC.
Cette situation est tellement étouffante qu'elle me rend malade...