Elle ne répondit pas, pleurant sans discontinuer. Alarmé, il ouvrit la portière et la fit asseoir, s’agenouillant devant elle.
— Je suis désolé, murmura-t-il. Je ne voulais pas te blesser ni me moquer de toi.
Elle releva à peine le visage.
— Dis-moi ce qui t’arrive, Vaidehi.
— Ahhh, pas “Vaidehi”, corrigea-t-elle entre deux sanglots. Dis “biwi”.
— Quoi ? Tu pleures juste parce que je t’ai appelée par ton prénom ?
— Non… pas pour ça.
— Alors pourquoi ?
— Parce que tu m’as serrée dans tes bras.
Un silence s’installa. Il recula aussitôt, confus.
— Pardon, dit-il doucement. Je ne te toucherai plus.
Il commença à se relever, mais elle le retint et se leva à son tour. Avant qu’il ne comprenne, elle le prit dans ses bras.
— Attends, écoute-moi, dit-elle d’une voix tremblante. Je n’ai pas pleuré parce que ça m’a mise mal à l’aise… J’ai pleuré parce que, pour la première fois, quelqu’un m’a serrée comme ça, avec sincérité. J’ai eu l’impression d’être à la maison. Pour la première fois depuis longtemps.
Ses mots, simples mais chargés d’émotion, le touchèrent profondément. Sans rien dire, il l’enlaça de nouveau. Un sourire lui échappa, sincère et doux.
— Biwi, ne me fais pas de frayeur pareille, dit-il en riant.
Elle lui donna une petite tape sur la poitrine.
— Ne dis pas de bêtises.
— D’accord, d’accord.
Il lui essuya les larmes du bout du pouce.
— Si je te demande quelque chose, tu me le donneras ? murmura-t-elle.
— Biwi, je t’ai déjà dit, il suffit d’ordonner.
Ses joues se teintèrent de rose. Elle jouait nerveusement avec sa dupatta.
— Tu… tu pourrais me serrer comme ça tous les jours ?
Il rit doucement.
— Et si je dis non ?
Elle le regarda avec des yeux ronds, blessée.
— Tu ne veux pas me prendre dans tes bras ?
Il la contempla un instant, attendri par son innocence, puis la souleva d’un geste brusque et se mit à tourner avec elle dans ses bras. Elle éclata de rire, sa voix claire résonnant dans l’air. Le moment était pur, sans calcul, juste du bonheur partagé.
— Qu’est-ce que tu fais ? cria-t-elle en riant.
Il la reposa doucement sur le bord du siège.
— Ma femme m’a demandé quelque chose, je ne fais qu’exaucer son vœu.
Elle baissa la tête, rougissante.
— Tu sais, reprit-il, le blanc reste ma couleur préférée… mais ce rouge sur tes joues vient de la détrôner.
— Ne me taquine pas, s’il te plaît, souffla-t-elle.
Il éclata de rire et pinça tendrement ses joues.
— Trop mignonne, biwi.
— Arrête, protesta-t-elle.
— Très bien, asseyez-vous correctement maintenant.
Elle obéit, et il démarra. Pendant un moment, ils restèrent silencieux, chacun perdu dans ses pensées. Puis elle parla la première.
— Ohhh… c’est donc ça que tu voulais dire tout à l’heure.
— Quoi donc ?
— Rien, oublie.
— Dis-moi, biwi, insista-t-il d’un ton faussement autoritaire.
Elle détourna le regard.
— J’ai compris ce que tu voulais dire par “tais-toi en public”.
Il lui lança un sourire malicieux.
— Alors, ma biwi n’est pas si innocente finalement.
Elle détourna le visage, les joues en feu, et regarda la route avec un petit sourire.
— Tu me dois des gaufres, déclara-t-elle.
— D’accord, esquiva-t-il en riant. On en reparlera plus tard.
Ils finirent par atteindre un café et dégustèrent des gaufres encore chaudes. Sur le chemin du retour, un détail attira son attention : un peu de chocolat s’était déposé sur le grain de beauté près de ses lèvres. Il s’approcha, le pouce tendu, et l’essuya doucement, sans rien dire. Leurs regards se croisèrent. Et à cet instant, plus rien d’autre n’existait.
Le frôlement de leurs mains fit naître quelque chose d’indéfinissable, une sorte d’électricité douce qui leur traversa le cœur. Vaidehi sentit son regard peser sur elle et détourna légèrement les yeux, tandis que lui ne pouvait s’empêcher de fixer ce petit grain de beauté au coin de ses lèvres, comme si un aimant invisible le retenait. Retrouvant un semblant de calme, il recula, prit le volant et démarra. La voiture roula silencieusement un moment. Vaidehi observait les champs défiler, perdue dans ses pensées, quand elle s’exclama soudain :
— Ahh, car rokiye na, please ! (S’il vous plaît, arrêtez la voiture.)
Surpris, Viyansh la dévisagea avant de se ranger sur le bas-côté.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il.
Elle pointa du doigt l’autre côté de la route, les yeux pétillants. Il suivit son geste : une petite boutique débordante de peluches colorées se tenait là.
— Tu veux… un doudou ? fit-il, un sourire amusé au coin des lèvres.
— Oui, répondit-elle sans hésiter. Un gros, tout doux, pour dormir. J’aime bien avoir quelque chose à câliner la nuit.
Il resta un instant muet, la fixant, puis pensa : Hier soir, c’était moi son doudou. Et maintenant, elle veut le remplacer ? Non, ça, je ne peux pas laisser faire.
— Biwi, soupira-t-il en exagérant sa lassitude, je suis épuisé, et pour aller jusque-là, il faudrait faire un détour interminable.
— Mais mujhe chahiye tha… (Mais j’en voulais un.) dit-elle en faisant une moue irrésistible.
Il sentit son cœur se ramollir, mais refusa de céder.
— Je t’en promets un pour demain, d’accord ?
Elle sembla réfléchir un instant, puis acquiesça avec un sourire.
— Marché conclu.
Le trajet reprit, paisible, jusqu’à la maison. En entrant, Viyansh glissa un bras autour de sa taille ; elle leva vers lui un regard tendre tandis qu’ils continuaient à discuter doucement.
Les hommes de la famille Singhania, déjà dans le salon, levèrent les yeux vers eux.
— Aa gaya mera ladoo ! (Ah, voilà mon petit trésor !), s’exclama Vikram, les bras ouverts.
Vaidehi accourut vers lui et l’enlaça comme une enfant.
— Oui, Popsy.
— Alors, tu as aimé la journée ?
— Beaucoup ! répondit-elle en riant.
Viyansh et Vihaan se regardèrent, attendris ; dans cette lumière, elle avait l’air d’une fillette heureuse auprès de son père.
— Allez, maintenant, va te reposer, dit Vikram avec douceur.
— D’accord, fit-elle docilement.
Viraj lança alors, taquin :
— Bhabhi maa, bhai ne gussa toh nahi kiya na ? (Il ne s’est pas fâché, hein ?)
— Impossible, répondit Virat avec un rire étouffé.
Vaidehi pouffa, tandis que Viyansh levait un sourcil vers ses jeunes frères.
— Biwi, tum jao, main aata hu. (Vas-y, j’arrive.)
— Jii, fit-elle en s’éloignant.
À peine avait-elle franchi quelques pas que Viraj lança d’un ton espiègle :
— Une romance avec Bhabhi Maa, alors ?
— Ohh, une histoire d’amour ! renchérit Virat, hilare.