CHAPITRE CINQUIÈME

2762 Words
27 août 2022 Capitole Albany NY — Siège du Sénat Communiqué de Presse en direct 10 h 43 Noah Une semaine que je ne suis allée voir Hailey. Je sais qu’elle se pose une multitude de questions : un homme riche qui se présente dans un café médiocre pendant deux semaines et qui par la suite lui fait vivre un moment très intime en sa compagnie sans connaitre l’identification de cette personne. Je n’ai pas voulu lui révéler ce que je suis et vraisemblablement, elle ne regarde pas les actualités. Mais, va-t-elle les regarder aujourd’hui ? Si c’est le cas, la connaissant légèrement, elle va tomber de haut. Et, je la comprends, si j’étais dans son cas, je serais dans le même état que cette découverte qu’elle risque de découvrir dans les minutes qui suivent ce que je vous raconte. Je suis actuellement au siège du Sénat pour faire un communiqué de presse. Positionné sur le rebord de la fenêtre, l’air songeur sur ce que je m’apprête à faire, je suis sorti de mes pensées par ma femme qui se présente à moi habillée d’un tailleur de chez Alexander McQueen, et bien qu’elle soit élégante dans cet ensemble pour ce grand événement, elle me fait toujours penser à ces marcheurs blancs un peu trop bronzés. Depuis que j’ai rencontré ce petit bout de femme débordant d’énergie, je ne vois plus ma femme de la même façon. Et, j’ai pris conscience que ma vie m’ennuie. Noah Barrington, tu as été envouté par la plus belle des créatures que l’État de New-York détient. — Noah, je te parle, m’interrompt la sorcière de mes pensées, sur la femme de mes désirs. — Oui Samantha, excuse-moi, je me concentrais sur mon discours, lui dis-je en essayant de ne rien montrer sur mon mensonge. — Alors concentre-toi encore davantage, puisque nous sommes appelés maintenant, me répond-elle toujours avec cette allure de raideur que je ne supporte plus. — Allons-y, lancé-je en m’avançant d’un pas certain vers ma chère épouse en posant ma main droite sur le bas de ses reins pour la guider avec moi. Je reste toujours délicat et ne me force de ne rien montrer de négatif la concernant. Je ne souhaite pas qu’elle doute de mon amour pour elle. Ainsi, elle risque de devenir un vrai démon si elle connait l’existence d’Hailey et n’en fera qu’une bouchée. Et, je refuse ceci. Personne n’a le droit de faire du mal à cette femme surtout depuis que mes yeux se sont posés sur elle sur ce trottoir. Nous avançons fières de nous, le menton bien levé, la démarche sûre de nous. Imaginez la même façon de marcher qu’Antonio Montana dit Tony et Elvira Hancock dans le film Scarface, cependant à ce moment-là, j’aimerais avoir Hailey à mon bras. Pourtant, il faut l’avouer, Samantha joue parfaitement le jeu et est exemplaire dans ce domaine. Les journalistes nous invite à nous installer dans nos sièges respectifs. Ma femme à ma droite, le camp Sheffield à la droite de mon épouse et les autres membres à ma gauche. Il est temps pour moi de prendre une avancée dans ma vie et bien que ce n’est pas dans mes souhaits, je me dois de montrer que je n’ai pas épousé une Sheffield pour faire bonne figure à la famille Barrington. Les lumières des projecteurs aveuglent partiellement mes rétines, le bruit des appareils de photographies surprennent mon ouïe. Je n’ai qu’une envie, c’est de m’évader de cet enfer, néanmoins j’irais jusqu’au bout. Oui, parce que je suis Noah Barrington second du nom, trente-huit ans. Il est alors temps pour moi de montrer ma puissance face à l’État de New-York. 27 août 2022 Le Bronx NY — Baker AVE 10 h 47 Appartement des colocataires Hailey Ce matin, je pousse mon drap de façon exaspérée. Une semaine que je ne l’ai pas revu depuis notre moment plus qu’intime. Je me dis qu’il s’est totalement moqué de moi depuis le début. Monsieur fait le bel homme en venant en costume dans un café qui accueille habituellement des personnes banales, nous les oubliés de l’État de New-York. Je me lève de ce lit en colère et je me dirige vers la salle de bain pour me faire une toilette avant d’aller dans la cuisine. Je retrouve Sarah comme à son habitude devant un bol de céréale et son téléphone portable. Je souffle, c’est mon jour de congé. Depuis que j’ai surpris Victor avec Déborah, j’ai obtenu satisfaction. Un beau chèque m’attendait le lendemain. De quoi bien remplir notre réfrigérateur et payer le loyer de la semaine. D’ailleurs Sarah a poussé un gros coup de colère contre notre propriétaire, le réparateur arrive aujourd’hui pour nous changer la pièce dysfonctionnelle. Il était temps, presque un mois sans eau chaude, ça devenait insupportable. Je me dirige vers Sarah et la salue de la tête, l’air crispé. Elle me répond en levant les yeux au ciel. Elle subit mes humeurs depuis quelques jours et je sais qu’elle est à son maximum de tolérance. — Allez Hailey, dis tout à tata Sarah, me fit-elle, sous un ton sarcastique. — Il n’est toujours pas revenu Sarah, depuis une semaine aucun signe de vie. Il c’est fichu de moi ce gros bourge, lui répondis-je en faisant la moue et croisant les bras. Aujourd’hui, je suis de repos. Imagine qu’il vient comme par hasard. Je m’avance vers elle avec les gros yeux et faisant voler et danser les bras. Sarah se mit à rire de plus belle. — Il y a forte chance et dis-toi que ça devait se passer ainsi. Ensuite, vu la description que tu m’as donnée, il est sans doute parti en voyage d’affaires, me rassure-t-elle en essayant d’employer un ton calme en ayant posé son portable sur la table au préalable. — La moindre des choses, c’était de me prévenir, tu ne crois pas, lui répondis-je, m’en saisissent d’une pomme et m’affalant sur le canapé les jambes repliés. Je souffle sur ma mèche de cheveux qui cache la vue et croque dans ma pomme. — Arrête de souffler Williams, me fait-elle remarquer en se levant de sa chaise et mettant son bol dans le lave-vaisselle. Elle me rejoint dans le salon et s’assoit à côté de moi. — Je ne souffle pas pour ta gouverne, je remettais une mèche de cheveux, lui fais-je constater en lui montrant la fameuse mèche rebelle. Sarah lève les yeux au ciel et attrape la télécommande de notre superbe télévision qui date des premiers écrans plats. En effet, je le dis sur un ton ironique. Ainsi, cet objet de la mort a failli faire bruler plus d’une fois notre appartement alors, nous la débranchons avant de nous coucher ou de sortir de l’appartement. — Dès que nous pouvons nous le permettre, il faut absolument acheter une nouvelle télé Hailey, m’annonça-t-elle tout en se levant pour rebrancher cet objet de malheur. — Je confirme, lui répondis-je la bouche pleine après avoir croqué dans ma pomme, d’ailleurs, j’ai envie de sortir en ce moment, ça fait longtemps que nous ne sommes pas allées danser. Sarah se rassoit à côté de moi en se jetant à la limite sur ce vieux canapé marron troué. Sans faire exprès, elle me fait mal au bras avec son coude. Je pousse un juron en avalant de travers. — Bordel, tu viens de me faire mal, ne te jette pas comme un vieux cachalot échoué sur une plage, lui fais-je remarqué en frottant le bras droit. — Tu n’as qu’à ne pas prendre toute la place avec tes grosses fesses, me signale-t-elle en rigolant — Je ne possède pas de grosses fesses, j’ai des formes bien proportionnées là où il faut et c’est parfait, car les hommes adorent agripper les bons postérieurs, lui répondis-je en lui tirant la langue. — Tu marques un point, se résigne-t-elle à me dire. Bon, il est temps de mettre les informations. Elle allume la télévision. Je la regarde et souffle bien fort pour lui faire comprendre mon mécontentement à cette annonce. Je déteste regarder les actualités. Je n’aime pas polluer mon esprit avec des journalistes qui nous manipulent. Je préfère vivre au jour le jour. — Je sais que tu n’apprécies pas les informations Hailey, mais je veux savoir ce que le beau Noah Barrington a annoncé. Apparemment, c’est très important pour l’avenir de notre État. Nous devons voter dans quelques mois et je veux connaitre les décisions qu’il a prises concernant ses partenariats. — Madame Sarah Martinez s’intéresse à la politique maintenant, je pouffe de rire en tapant dans les mains. — Quand je dois être sérieuse, oui, ma très chère Hailey Williams. J’ai aussi besoin de me rincer l’œil, me dit-elle en montrant toutes ses dents blanches avec un sourire jusqu’aux oreilles. — C’est mal, John serait mécontent s’il entendait ceci petite coquine, lui fais-je remarqué en la pointant du doigt avec mon index. Je sais que Sarah déteste ce geste et je m’en délecte de lui faire subir comme elle va me faire passer un sale quart d’heure. Je croise les bras en faisant un air triomphant et me positionne sur le canapé sans savoir que je ferai bientôt une grande découverte qui va me bouleverser. La musique de l’émission résonne, nous pouvons apercevoir ces chers journalistes positionnés en troupeaux avec leurs micros et caméras. Ils sont tous debout et font peine à voir. Ils me font penser à des oisillons qui attendent leurs parents pour avoir leurs béqués. Au fond de la salle, il y a une scène surélevée avec des tables, des chaises et des micros tout au long. Des bouteilles d’eau sont également positionnées en évidence. Je m’ennuie déjà, la conférence n’a toujours pas commencé que j’ai envie de dormir. Au bout de cinq minutes, les invités arrivent enfin. Pour l’instant rien de transcendant. Deux bonnes familles de bourgeois s’installent sur leurs chaises respectivement en laissant deux places aux milieux. Certainement pour celui qui intéresse ma très chère Sarah. La présentatrice annonce l’arrivée de Monsieur et Madame Barrington. Je vois que Sarah s’excite en bougeant ses fesses de droite à gauche. — Arrête de remuer comme cela, on dirait que tu as des vers, lui dis-je en pouffant de rire. — Chute Hailey, le voilà regarde, c’est lui. Je tourne la tête dans la direction de l’écran et à ce moment précis, je n’en crois pas mes yeux. Ce fameux Noah Barrington n’est autre que cet homme en costume qui venait dans le café auquel je travaille. C’est cet homme qui m’a embrassé avec passion. C’est cet homme qui m’a fait jouir avec deux doigts et le pire. C'est cet homme qui m’a fait craquer pour lui et qui ne me donne aucune nouvelle depuis une semaine. Et, le pire dans tout cela, c’est qu’il est marié. Je ressens un sentiment de trahison dans mon fond intérieure. Mes joues deviennent rouges, les larmes montent et ressortent de mes yeux. Les mains deviennent moitent et tremblent. Sarah s’aperçoit de mon mal-être et commence à paniquer. — Hailey, qu’est-ce qu’il se passe, me demande-t-elle en me secouant et finit par attraper les épaules de ses deux mains. Regarde-moi ma belle, tu me fais peur. — C’est lui, lui répondis-je avec une voix tremblante remplie de larmes. C’est ce type qui venait à mon café. Je tourne ma tête pour la regarder dans les yeux. Il ne m’a jamais dit qu’il était marié. Je fonds en larme. Sarah me prend dans ses bras et me caresse derrière la tête d’un geste tendre comme une maman qui réconforte son enfant. — Excuse-moi Hailey. Elle ne trouve pas d’autre mot et c’est mieux ainsi. Je décide de regarder jusqu’à la fin cette conférence. Je veux pouvoir avoir des armes au cas où il reviendrait me voir ce minable. Bras croisés avec de la haine dans mon regard, j’observe chaque geste que cette pourriture affectionne pour sa femme. Elle est d’ailleurs le contraire de moi. Grande et très mince. Blonde platine au teint bronzé et maquillage extravagant. Sa poitrine est refaite, elle n’a rien de naturel. Bien évidemment, elle est élégante, l’argent fait des merveilles. Il l’invite à s’assoir avant puis fait de même par la suite. Il a un sourire professionnel et je le vois remettre convenable sa cravate. Maintenant son regard et devant les caméras, l’assurance qu’il détient en lui se présente parfaitement devant nos écrans. Ses yeux montrent un contrôle hors du commun. La manipulation est bien présente. Le silence est demandé et la conférence peut commencer. Il parle en premier. — Aux noms des familles Sheffield et Barrington, je vous remercie de participer à cette conférence qui marque un point de non-retour concernant notre partenariat avec la maison Newman. En effet, plusieurs divergences nous ont contraintes de cesser tout financement à l’égard de cette famille. Nous vous annonçons également le retrait de notre soutien dans leur campagne politique aux élections sénatoriales. Un brouhaha et des flashs d’appareils photographique fusent dans l’assemblée. Une journaliste tente d’interrompre la conférence en posant une question. Celle-ci est invitée à patienter. — Pour finir, je vous informe que je me présente à l’élection sénatoriale de l’État de New-York. À la suite de ces annonces, un déferlement de questions et de lumières résonnent dans toute l’assemblée. Fatiguée de ces images, je me lève du canapé et indique à Sarah que je vais me coucher. J’ai passé la journée dans ma chambre sans rien manger. Sarah est venue à plusieurs reprises me proposer de la nourriture et j’ai refusé. Le lendemain, je suis allée au travail avec un goût amer. Je ne m’attends pas à voir débarquer ce crétin. Je ne souhaite pas le voir de toute évidence. Il me dégoute. Quand mon service est terminé, je retire mon tablier et le jette dans mon casier. Je me saisis de mon sac et quitte cet endroit en disant à peine au revoir à Victor et Déborah. Je décide de rentrer à pied au lieu de prendre un bus. Je longe rue par rue en regardant le sol et faisant balancer mon sac à main. Je suis tout à coup attrapé à la taille et entrainé dans une ruelle. Je m’apprête à hurler, mais mon agresseur me devance en positionnant la main sur ma bouche. Je n’arrive pas encore à percevoir cet homme puisqu’il fait sombre, mais sa silhouette est imposante et sa grande main me prend la moitié du visage. — Ne cri pas s’il te plait et laisse-moi te parler. Je reconnais sa voix, c’est celle de Noah. J’acquiesce de la tête d’approbation. Il me libère la bouche et fait balancer la main en signe de reconnaissance. Ma respiration est saccadée. Ma frayeur s’évapore cependant ma colère reprend le dessus. — C’est comme cela que tu attrapes les personnes, espèce d’abrutis. Monsieur le candidat aux élections sénatoriales, lui lancé-je en pleine face. — Tu as regardé la conférence à ma connaissance, me fit-il remarqué en baissant la tête. — Oui, j’ai regardé, j’ai eu la désagréable surprise d’apprendre que tu étais marié. Espèce de minable, tu pensais pouvoir me berner et faire de moi ta maitresse. Sache que je ne serai jamais la maitresse d’un homme marié et encore moins la p****n d’un bourge, en lui disant ceci avec un regard rempli de haine et de dégout. — Hailey, tu ne serais jamais devenue ma p****n, tu as chamboulé ma vie. Je ne me reconnais plus. Je suis profondément attristé, sache-le. J’aurais dû te l’avouer, en effet, plutôt que tu l’apprennes comme cela, me dit-il dans les yeux. — J’aurais aimé connaitre ta position avant que tu me fourres deux doigts dans mon endroit intime, c’était la moindre des choses, maintenant laisse-moi rentrer, j’en ai assez vu et entendu te concernant. Ne reviens plus dans le café sauf si c’est de manière politique. À ce moment-là, tu t’adresseras à mon supérieur. Je le pousse violemment pour me dégager de son emprise. Il ne proteste aucune résistance. Je remets mes affaires en ordre et détache les cheveux. — Pour finir, je ne veux plus jamais te voir à l’extérieur et n’essaie pas de venir chez moi. Pour ma part, il ne sait rien passer entre nous et je ne ferais aucune vague. Je ne suis pas ce genre de femme. Je tourne les talons et quitte cette ruelle sans attendre sa réponse. Je décide de tiret un trait sur cet homme. Je refuse d’être la maitresse d’un homme riche. Je prends la direction de mon appartement la tête bien haute et fière d’avoir repoussé cet homme marié. 
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