CHAPITRE SIXIÈME

2201 Words
29 août 2022 Manhattan NY — 20 W34 St — Empire State Building 89ᵉ étages 10 h 34 Noah Assis sur mon fauteuil, un café noir à la main, j’écoute vaguement Thomas qui m’explique le programme de mon prochain voyage d’affaires au Japon. Depuis le communiqué de presse, je ne cesse d’avoir des appels pour comprendre la cause réelle de cette fin subite de l’accord financière que nous avions avec les Newman. C’est très simple, nous avons cessé de les financer à la suite de plusieurs trahisons. Les Newman font partie d’une grande famille semblable à celle de ma femme. Nous avons des accords concernant les Jets Privés. Nous les aidons à financer leurs avions et en échanges, ils sont censés nous être fidèles. Cependant, nous avons appris par inadvertance que le père Newman a signé un accord avec la France. Ce n’était pas dans le contrat. Nous avons donc annulé nos accords et en contrepartie du préjudice, nous avons cessé de les soutenir pour les élections. Enfin pour marquer notre puissance, je me présente aux élections afin de bien les humilier. Pendant que Thomas me rabâche l’intégralité des programmes, je me mets à penser à Hailay. Hier soir, elle a marqué un point d’honneur en m’ordonnant de ne plus la contacter sous aucun prétexte. Cependant, elle ne connait pas le Noah Barrington et quand j’ai une idée en tête, je ne lâche pas l’affaire. Depuis notre soirée, j’ai préparé un plan la concernant et je tiens à le mettre à exécution. J’attends d’ailleurs le contrat que Wilson doit me rapporter dans l’heure qui suit. Thomas continu à faire sa sérénade et c’en est trop pour moi, je veux que cela cesse. Je pose violemment ma tasse de café sur le bureau et claque la main droite sur mon fauteuil tout en remettant des mèches rebelles à l’arrière. Thomas émet un sursaut de surprise et tourne la tête vers moi. — Tu sais quoi Thomas, nous allons remettre cette réunion demain matin, j’ai d’autre chose à penser, je n’arrive pas à me concentrer, lui fais-je comprendre de façon circonspecte qu’il me casse littéralement le service trois pièces. — Noah, tu pars le douze septembre prochain au Japon en sachant que la veille du départ nous devons assister à la célébration de la commémoration du onze septembre deux mille un. Nous ne pouvons plus reculer, le temps presse. — Le temps presse, tu n’as que ce mot dans la bouche en ce moment et sache que si ça continue ce sont tes bijoux de famille que je presserai bientôt. Hors de moi je me lève violemment de mon siège. Thomas fait de même. Je commence à avancer vers lui, l’index levé en sa direction, prêt à lui dire mes quatre vérités. Je suis interrompu par le claquement de doigt sur la porte de mon bureau. Je tourne le regard en sa direction et ordonne le personnage un peu trop envahissant dans ce moment important. Un petit homme de corpulence qui montre un embonpoint grandissant. Des lunettes maintenues sur un gros nez. Une sévère calvitie cachée par le peu de cheveux maintenu à l’arrière dans du gel. Un costume assez bien entretenu de couleur noir accompagné d’une chemise blanche légèrement déboutonné à la naissance du cou. Wilson s’approche de moi, un pas hésitant. Je lui fais signe de la main d’approcher. — Monsieur Barrington voici le contrat que vous m’avez demandé de rédiger pour Madame Williams, me fit-il en me tendant le document. Satisfait de tenir enfin ce contrat en main, je salue Wilson de la tête. — Merci Wilson pour votre efficacité vous pouvez disposer. Wilson me remercie puis tourne les talons en direction de la sortie en s’assurant de bien refermer la porte. Thomas me regarde avec des yeux remplis de questions et je pouffe de rire. Je claque le contrat sur le bureau et me dirige devant le bar pour me servir un verre de whisky. Il est onze heure et demie, c’est donc l’heure de l’apéritif pour moi. Je sais donc pertinemment que Thomas a en tête de me poser une multitude de questions qui ne le regarde en aucun cas. — Un contrat pour Madame Williams ? C’est quoi ce cirque Noah, me fit-il choqué. — Parfois mon cher Thomas je souhaiterais que tu te mêles de tes propres affaires, lui dis-je en me retournant devant lui avec un grand sourire qui sous-entend qu’il est un peu trop curieux à mon goût. — Nous sommes associés et quand il s’agit de contrat. J’ai aussi mon mot à dire, me répond-il en se dirigeant vers le bar pour se servir également un verre. Un peu trop énervé à ma grande surprise, il déverse un peu de boisson sur le dessus du bar. Confus, il se saisit d’un torchon pour essuyer sa maladresse. Il prend une forte respiration et de façon délicate s’avance vers moi. Il attend une réponse agressive de ma part et pourtant je ne lui donnerais pas cette satisfaction de continuer à me réprimander. — Tu as effectivement raison, nous sommes associés. Chaque contrat doit être avisé en amont en concertation entre nous deux mais pour te rassurer cher Thomas, il s’agit d’un contrat professionnel particulier. Mon cher camarade pouffe de rire. Il n’en croit pas un mot et ses yeux se révulse. Il va pour renchérir cette conversation stérile mais je le devance. À quoi bon tourner autour du pot. — Tu me presses pour le voyage d’affaires, sache que j’ai pris les devants concernant le Japon. J’ai besoin d’une assistante pour prendre des notes quand nous sommes en extérieur. Elle me servira également à m’apporter mon café et mes costumes. Ni plus ni moins cher Thomas. — Si c’est juste pour ça, pourquoi ne pas m’en avoir parlé ? Thomas est bien trop curieux à mon goût et je le soupçonne de parler avec ma femme dans un domaine privatif. Sans aller plus loin et en souhaitant en finir avec ces idioties, je prends une grande gorgée et ressuis le rebord de ma lèvre inférieur avec mon pouce. Le fixant dans les yeux. — Tu es tellement obnubilé par la campagne électorale que j’ai préféré te dispenser de cette partie. Bon, mon cher Thomas, j’ai une faim de loup. Il est temps pour moi de me restaurer. Je te souhaite une excellente journée. Nous continuerons cette réunion demain et je te promets que cette fois-ci, je serais moins distrait. Sans attendre sa réponse je me saisis de la veste de mon costume, récupère le contrat et quitte mon bureau en claquant la porte. En fin d’après-midi j’ai demandé à Hector de me transporter au travail d’Hailey. Il est temps qu’elle voit de quoi je suis capable pour parvenir à mes fins. En arrivant devant le café j’assiste à une scène les plus ou moins hilarante. Je demande à Hector de rester discret pour mieux observer. J’aperçois une Hailey rouge de colère. Une véritable Lionne. Elle a beaucoup de caractère et c’est très plaisant. De là où je suis je peux tout entendre. — J’ignore pour qui tu te prends, espèce de gros dégoûtant, mais ne revient plus jamais mettre un pied dans ce café, balança-t-elle à un ivrogne habillé d’un t-shirt troué et d’un slip. Des chaussettes remontées jusqu’au mollet et des baskets trouées qui je suppose étaient blanches dans le commerce. — Arrête de faire ta saint-nitouche blondasse je sais très bien que tu aimes la grosse verge poilue, lui cracha-t-il en lui secouant son engin sous ses yeux. — Tu es aussi inutile que la bite d’un prêtre mon garçon, qu’est-ce que je ferais de ta verge dégoûtante, lui rétorqua-t-elle en lui balançant un objet ramassé au sol. Ton sourire ressemble à des toilettes turques. Tu es répugnant, va donc prendre une douche alcoolique. Ce drôle de spécimens étant vexé lui lança un doigt d’honneur et quitta l’allée en grommelant tout en crachant au sol. Pouffant de rire, je n’arrive plus à me contenir. Hailey tourna la tête en ma direction et lança des éclairs venant de ses yeux. Elle retourna dans sa grotte en soufflant de colère. Il est maintenant temps pour moi de rentrer en scène. Hector ouvrit la porte de la limousine et j’en sortis fier le torse bombé. Remettant en place ma cravate, mon cher valet frotta le dos de ma veste. Je le remercie en hochant la tête et d’un pas rempli d’assurance, je me dirige vers l’entrée du café. La cloche annonce mon entrée. Cette petite blonde tourne la tête en ma direction. Je la vois frotter son tablier d’une main et de l’autre se remettre une mèche de cheveux rebelle. Ses joues sont rougies et pour la déstabiliser je regarde le siège dans lequel nous étions positionnés au moment de nos ébats amoureux. Je regarde ensuite en tournant la tête délicatement vers le junk-box. Puis mon regard retourne vers celui d’Hailey avec un sourire vainqueur. Je sais à quoi elle pense. Sa respiration saccadée que son torse fait entrevoir confirme qu’elle est gênée et en colère mais elle doit se contenir pour ne pas exploser. Son patron ne serait pas satisfait si elle se comportait avec moi comme elle s’est comportée avec l’autre ivrogne de tout à l’heure. Me frottant les mains je m’avance vers elle au lieu de m’installer à la place habituelle. Elle déglutit et rougit de plus belle. — Bonjour Monsieur Barrington, que puis-je pour vous ? me demande-t-elle avec cette voix sévère. Je sais qu’elle est énervée que je sois venue ici et elle en sera encore moins après l’annonce qu’elle va découvrir. — Bonjour Mademoiselle Williams je souhaiterais parler à votre employeur s’il vous plait, est-il présent. Je lui réponds de façon très professionnelle. Je veux qu’elle comprenne que je suis là pour une raison très précise. Interdite, elle reste un moment avant de me répondre. — Je vais chercher Victor, fit-elle en raclant la gorge. Elle revient à peine une minute avec ce Victor. Celui-ci le sourire aux lèvres rempli d’honneur vient à ma rencontre. — Monsieur Barrington je suis honoré, permettez-moi de me présenter. Je suis Victor Jones, me fit-il en me présentant la main pour me saluer. Je saisis la main remplie de poil au-dessus des phalanges. Elle est puissante et pleine d’assurance. — Monsieur Jones, enchanté. Je tiens tout d’abord à vous féliciter pour cet endroit, lui dis-je en tournant sur moi-même en ouvrant grand les bras. Je me repositionne à son niveau. Il est plus petit que moi d’une tête facilement. Ses yeux noir brillant émerveillé sont remplis de question. — Je vous remercie, Monsieur, j’y ai grandement travaillé pour faire de cet endroit, un lieu chaleureux. Frottant de nouveau les mains. Arquant le dos et sortant mon sourire Colgate, il est temps pour moi de lui annoncer mes attentions. Hailey, battue en retrait, ne manque pas une scène. — Monsieur Jones, je vais être honnête avec vous. Depuis plusieurs semaines que je tourne de ville en ville. De restaurant en restaurant. Et, jusqu’à présent, je n’avais jamais vu une employée aussi professionnelle que Mademoiselle Williams. Je pars en voyage d’affaires le douze septembre prochain et je souhaite engager cette jeune femme pour être mon assistante. Hailay a un hoquet de surprise. Le Victor commence à tourner autour de lui, ne sachant que répondre. Je continue dans ma lancée. Je sors une petite enveloppe cachée dans ma veste. — Je vous présente dans cette enveloppe le contrat pour Mademoiselle Williams. Sachez qu’à l’intérieur, il y a un contrat pour la remplaçante de Mademoiselle. Je n’allais pas vous laisser avec une serveuse en moins évidemment. Vous allez également trouver une somme importante qui recouvre l’intégralité du salaire de la remplaçante mais aussi celui de Mademoiselle Williams. Victor a une lumière au fond de ses yeux, il se tourne vers Hailey et celle-ci s’approche de nous. — Monsieur Barrington votre proposition est très alléchante mais je me dois de refuser. Cette réponse, je l’attendais mais j’ai encore une carte en main. — Mademoiselle Williams, je vous laisse réfléchir mais sachez qu’une proposition d’emploi de ce genre à destination du Japon ne se fait pas au quotidien. Il est temps pour moi de congédier. Je vous souhaite une belle fin de journée. Je l’ai salut de façon très courtoise et quitte ce café. Il ne faut pas longtemps pour qu’Hailey se joigne à moi à l’extérieur. — Dis donc Barrington, qu’est-ce que je t’avais dit ? Ne plus jamais remettre les pieds dans ce café, râle-t-elle entre ses dents. J’arrête ma marche. Tourne les talons et me positionne en face d’elle. Je me baisse et lui chuchote à l’oreille. — Tu m’as dit cela mais tu m’as aussi dit de m’adresser seulement à ton employeur si je devais venir de manière professionnelle. C’est donc ce que j’ai fait. Je me relève en lui souriant. — Sache que j’obtiens toujours ce que je veux, Hailey. Elle déglutit. L’air triomphant, je regagne la limousine. Avant de monter à bord je lui lance un dernier regard. — J’acquiers toujours ce que je veux, ne l’oublie jamais. Puis je monte dans la limousine en laissant Hailey sur le rebord du trottoir complétement décontenancé. 
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