CHAPITRE 9

790 Words
Je serrai les dents, secouée sur l’épaule de Victor comme un sac trop plein, mais je ne pus m’empêcher de souffler, ironique : « Il prétend être l’alpha de Summerset. Alors, qui ment maintenant ? » Un craquement brutal retentit sur notre droite. Immédiatement, Victor se figea. Je me tus, mon ventre contracté contre sa clavicule tendue. L’attente s’étira, pesante, jusqu’à ce que le silence confirme que rien ne surgirait. Il reprit sa marche, et je soufflai, excédée. « Pose-moi. Je dois changer. On continue à pied, on se fait abattre comme des lapins, et tu le sais. » « Tu tenteras pas de t’échapper ? » prévint-il. « Ici ? Perchée dans ce coin pourri de montagne ? » Je levai les yeux. « Si quelqu’un me trouve, je suis morte avant d’avoir couru un kilomètre. Donne-moi juste deux minutes pour me transformer. Ça me prend plus longtemps que les autres. » « J’ai remarqué. » Il me déposa. « Pourquoi ? » « Aucune idée. Mon loup et moi, on n’est pas très… synchrones. Il met du temps à répondre. » « Parfait. Moi, je passe en premier. » Les voir changer, lui et les autres, me rendait dingue. C’était fluide, instinctif, comme une seconde peau. Et moi ? Moi, j’étais encore en train de supplier mon loup de sortir alors que Victor s’impatientait déjà, dans sa forme animale, à tourner en rond comme si j’étais la seule cause du retard. Mon loup a secoué son stress, et comme toujours, j’ai essayé d’ouvrir une ligne de communication avec elle. Salut. Tu vas bien  ? Je suis désolé pour ce bazar, et d’avoir failli nous noyer. Silence. Victor m’avait blessée et s’était mis à trotter. Je l’ai suivi facilement, restant légèrement en retrait pendant que mon loup veillait. Je n’avais pas menti. Je ne comptais pas fuir dans les montagnes. Mais une fois près des véhicules  ? Je ne pouvais pas lui fausser compagnie de front, mais si je réussissais à le distraire un instant, j’aurais peut-être une chance. Évidemment, je ne pouvais pas rester sous forme de loup très longtemps, surtout s’ils s’étaient arrêtés dans une zone habitée. Les humains ne devaient jamais savoir pour les loups-garous. Tant mieux : dans un endroit civilisé, j’étais bien plus difficile à traquer. Peut-être que je pourrais redevenir humaine, me fondre parmi ceux qui n’avaient ni alpha ni roi. Il me faudrait de l’argent, et un moyen d’empêcher mon bébé de se transformer à l’école. Soudain, devenir une solitaire dans les montagnes n’avait plus l’air si absurde. Peut-être que ce ne serait pas un simple loup sauvage. J’avais entendu parler des loups bannis qui vivaient là-bas, sans meute, libres avec les bêtes, en marge, rudes et sauvages. Certains racontaient qu’un roi les avait chassés à cause d’une magie étrange dans ces montagnes. Une magie qui rendait les loups fous. Peut-être que cela me faisait aussi déshabiller, pour avoir pensé que je pourrais vivre ici par moi-même. À peine le soleil disparu derrière les crêtes que Victor et moi descendions discrètement vers la forêt. Son loup, un imposant mâle au pelage gris foncé, stoppa net, les poils hérissés. Je compris aussitôt : des loups. Plusieurs. Et ils étaient proches. Il s’aplatit dans les fourrés, rampant presque. Je me faufilai à ses côtés, me glissant sans difficulté. Avantage : les loups plus petits. Nous avions atteint les limites des bois. En contrebas, dans le parking, reposait le convoi. Ou plutôt ce qu’il en restait. Les voitures avaient été pillées, posées sur des blocs, sans pneus. Des gens les fouillaient. À l’extrémité, un loup posté, probablement un guetteur. Par chance, le vent jouait pour nous. Les b****s avaient repéré les véhicules. Victor ne me mènerait pas à mon père. Pourvu que Bradley n’ait rien laissé d’identifiable, du genre : « Coucou, je suis le roi et je campe sur la montagne interdite sans explication. Pas trop grave, j’espère. » Un grésillement. Un des hommes redressa la tête et décrocha son émetteur de sa ceinture. Pas une radio normale. Des talkies-walkies ? Vraiment ? Quelle sorte de criminels rétro utilisaient encore ça ? «On a localisé leur campement. Cinq personnes. On les élimine au crépuscule. Du nouveau de votre côté ?» grésilla la voix. Cinq ? m***e. C’était Bradley. Deux groupes : un pour la surveillance des voitures, l’autre pour traquer les intrus. Personne ne sait qui ils sont, mais ils sont riches. Il faut maintenir leur chef en vie, on pourra peut-être le dominer. Ce type pourrait être un alpha. Quelqu’un imagina capturer Bradley, ce qui déclencha un fou rire inattendu. Un grondement résonna derrière nous, balayant l’amusement. Je me fondis dans ma louve, et sans attendre, elle fit volte-face pour bondir sur l’ennemi.
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