VIIISarah avait mal dormi. Un énorme puzzle lui avait servi de couche, où l’anarchie des images se mêlait à la déraison de leur irréalité : un cheval noir, à longue crinière luisante, passait au galop dans un ciel vierge de couleurs. Des fleuves de feuilles mortes jaillissaient de geysers ouverts sur des brèches ouvertes dans des écorces d’arbres d’or. La nuit était une étonnante réunion de cris, de feulements, de notes d’harmonica, de solo de flûte. Dix fois, vingt fois elle s’était retournée sur son lit, le front couvert de sueur. Sans qu’elle s’en souvienne vraiment, elle avait eu peur. Une immense terreur nocturne s’était emparée de son esprit, et dans ses songes elle avait hurlé : — Maman ! Il lui restait en mémoire des images épaisses, des raclures de teintes lourdes, des formes au

