Chapitre 3

869 Words
Chapitre 3 – — Trouve-moi un hôtel dans les environs, ordonna Gabriel d’une voix posée. Nous passerons la nuit ici avant de reprendre la route vers la capitale. Le bêta acquiesça sans discuter, transmettant l’instruction au chauffeur. Le véhicule glissa silencieusement sur la chaussée noyée de pluie, tandis que les gouttes s’écrasaient en rafales contre les vitres teintées. Gabriel observait les éclairs zébrer le ciel, l’esprit ailleurs, le visage impassible. Lorsque la voiture s’immobilisa devant un grand établissement éclairé, son second sortit aussitôt pour déployer un parapluie au-dessus de lui. Le prince Alpha posa un pied sur le trottoir détrempé, mais à peine avait-il franchi la portière qu’une silhouette surgit de l’obscurité. Une femme. Trempée jusqu’aux os, le regard hagard, les mains agrippées à lui avec désespoir. — Je vous en supplie… sauvez-moi. Il se figea, stupéfait par cette audace. Son parfum mêlé de pluie, de peur et de terre mouillée monta jusqu’à lui. — Et pourquoi ferais-je cela ? demanda-t-il d’un ton neutre. Les mots qui jaillirent de ses lèvres ensuite le prirent de court : — Couchez avec moi. Gabriel resta immobile un instant. L’étrangeté de cette requête aurait pu le faire rire, mais il n’en fit rien. Ses yeux violets se plissèrent, intrigués. Peu de femmes avaient osé le regarder, encore moins prononcer pareilles paroles. Il n’aimait ni les liaisons ni les promesses vides. La déesse de la Lune l’avait laissé sans compagne, et il s’était convaincu qu’elle le jugeait indigne. Depuis, son cœur s’était fermé à tout attachement. Pourtant, celle qui se tenait là, grelottante et perdue, éveillait une curiosité qu’il n’avait pas ressentie depuis des années. Sans mot dire, il la prit dans ses bras, l’emporta sous la pluie comme un époux portant sa fiancée, et entra dans l’hôtel. Son regard croisa celui du soldat qui s’approchait à grandes enjambées. — Qui est cette femme ? gronda l’autre. — Ma compagne, répondit simplement Gabriel, d’un ton qui ne souffrait aucun doute. Amélie sentit ses doigts trembler contre le tissu humide de son manteau. Dans le hall, les visages se tournèrent vers eux, surpris de voir un homme d’une telle prestance tenir une femme inconnue, ruisselante, contre lui. Elle baissa la tête, craignant que l’un de ses poursuivants ne la reconnaisse. Une fois la porte de la suite refermée, elle se sentit vaciller. Le tapis moelleux sous ses pieds, la chaleur du lieu, tout lui paraissait irréel. — Merci, souffla-t-elle, la voix brisée. Mais Gabriel, debout devant elle, la fixait avec une intensité déroutante. — Devons-nous commencer ? demanda-t-il calmement. Le souffle d’Amélie se coupa. Il approcha, ses doigts frôlant ses lèvres encore humides de pluie. — Préfères-tu te laver d’abord, ou veux-tu que nous réglions cela sans attendre ? Rouge jusqu’aux oreilles, elle balbutia : — J’ai besoin d’une douche… juste un instant. — Comme tu voudras. Il s’écarta, amusé, tandis qu’elle fuyait vers la salle de bain. Une fois la porte verrouillée, Amélie s’appuya contre le bois, le cœur au bord de l’explosion. Son reflet dans le miroir la fit grimacer : mascara coulant, cheveux collés, teint blême. Elle avait l’air d’une étrangère, une ombre d’elle-même. Lentement, elle se débarrassa de sa robe trempée, la laissant tomber dans un bruit mou sur le carrelage. L’eau chaude de la douche coula sur sa peau, effaçant la boue, la pluie, la peur. Mais ni l’eau ni la chaleur ne purent laver la douleur du rejet, ni l’humiliation que lui avaient infligée Alex et Flora. — Pourquoi… murmura-t-elle. Pourquoi m’avoir détruite ainsi ? Les larmes se mêlèrent à l’eau. Puis elle se redressa, inspira profondément et chassa sa faiblesse d’un revers de main. — Demain, je partirai. Je ne leur appartiendrai plus. Elle ferma le robinet et se glissa dans le peignoir blanc suspendu à la porte. Ses cheveux humides retombaient sur ses épaules, et malgré la fatigue, une étincelle de volonté brillait encore dans ses yeux. Devant la porte, elle hésita. Sa main se referma sur la poignée sans la tourner. — Juste une nuit, se dit-elle. Tu survivras. Pour ton enfant. La voix grave de Gabriel résonna derrière la porte, tranchant comme une lame : — Ne me fais pas attendre. Elle sursauta. Puis, d’un pas incertain, elle sortit. L’air de la pièce sembla se figer. Gabriel, torse nu, lui tournait le dos. Son dos était marqué d’un immense tatouage représentant la tête d’un loup aux crocs acérés, entouré de symboles anciens. Le dessin vibrait presque sous la lumière tamisée. Amélie resta un moment sans bouger, fascinée malgré elle. Cet homme dégageait quelque chose de farouche et de souverain, une puissance brute qui la mettait à la fois mal à l’aise et étrangement en sécurité. — Pourquoi m’avoir appelée ta compagne ? demanda-t-elle soudain pour rompre le silence. Gabriel, un téléphone à la main, termina brièvement son échange avant de tourner lentement la tête vers elle. — Ce n’était pas le moment d’expliquer, répondit-il simplement avant de ranger son appareil. Son regard s’attarda sur elle, glissant de son visage encore humide à la courbe de son cou, puis à la ceinture du peignoir. — Dis-moi, Amélie… pourquoi avoir offert ton corps à un inconnu ? Sa voix, basse et caressante, la cloua sur place.
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