Chapitre 7

944 Words
Chapitre 7 – La voiture glissait silencieusement le long d’une allée pavée bordée d’arbres centenaires. À travers la vitre, Amélie observait la grille monumentale du domaine Sinclair s’ouvrir dans un froissement métallique. L’endroit semblait hors du temps, presque irréel, comme si la modernité elle-même s’arrêtait à ses frontières. Lorsque le véhicule s’immobilisa devant une bâtisse d’un blanc éclatant, son souffle se coupa. Le manoir, taillé dans le marbre, dominait la colline avec une austérité presque royale. Des serviteurs, alignés comme une armée silencieuse, attendaient devant les marches, le regard baissé et les mains croisées sur le ventre. Un frisson parcourut Amélie. Cette discipline, cette révérence — cela appartenait à un autre siècle. — Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? murmura-t-elle pour elle-même. Gabriel, debout à ses côtés, brisa le silence d’une voix grave et mesurée. — Bienvenue chez moi. Viens, je vais te faire visiter. Elle le suivit à l’intérieur, subjuguée malgré elle par la majesté du lieu. Le hall d’entrée ressemblait à une cathédrale : hautes colonnes de pierre, vitraux délicatement colorés, lustres suspendus à des chaînes d’or. Chaque détail respirait la puissance. Ils s’installèrent dans un salon immense où le feu dansait déjà dans l’âtre. Amélie, mal à l’aise, chercha à briser le silence. — Gabriel… tu diriges quelle meute, exactement ? Tu es un Alpha, n’est-ce pas ? Il porta à ses lèvres un verre d’eau qu’un serviteur venait de déposer sur un plateau. — Aucune, répondit-il simplement. — Aucune ? répéta-t-elle, incrédule. Alors… tu fais partie d’un clan dissident ? Un éclat d’amusement traversa brièvement ses yeux. — Non plus. Avant qu’elle ne puisse insister, une femme âgée entra, inclinant respectueusement la tête. — Monseigneur, le roi vous invite au gala annuel. Il souhaite ardemment votre présence cette fois-ci. Gabriel leva à peine un sourcil. — Dites-lui que je n’y assisterai pas. Amélie, intriguée, se redressa. — Pourquoi refuser ? J’ai entendu dire que c’était le plus grand rassemblement de l’année. C’est là que les Alphas trouvent leur compagne, non ? Son regard se posa sur elle, si pénétrant qu’elle sentit le rouge lui monter aux joues. — À quoi bon chercher, puisque je t’ai déjà trouvée ? Le silence qui suivit fut si lourd qu’on aurait entendu tomber une aiguille. Amélie resta bouche bée, incapable de déterminer s’il plaisantait ou non. — Tu… tu ne peux pas dire ça, bredouilla-t-elle. Je ne suis pas… enfin, je n’ai rien à faire ici. Gabriel esquissa un sourire presque imperceptible. — Je suis Gabriel Sinclair, répondit-il comme une évidence. Son nom résonna dans la pièce, vibrant dans l’air comme une onde de choc. *Sinclair.* Ce mot fit jaillir des souvenirs enfouis. Elle se rappela les livres d’histoire, les récits de son enfance : la dynastie des loups royaux, la lignée qui régnait depuis des siècles. Et parmi eux, une légende plus sombre que les autres : *le Prince Alpha Noir*. Elle sentit son estomac se tordre. — Non… impossible, souffla-t-elle, les yeux écarquillés. Gabriel, impassible, la regardait, l’air presque amusé de son trouble. — Je crois que tu as compris. — Votre… Altesse ? bégaya-t-elle, incapable de soutenir son regard. Le cœur battant à tout rompre, elle chercha ses mots. Était-ce vraiment à lui qu’elle s’était offerte, cette nuit-là ? Les rumeurs sur le Prince Noir lui revinrent en mémoire : l’Alpha le plus redouté de sa génération, celui qui avait failli détruire sa propre fratrie pour une question de pouvoir. Un être que même le Roi peinait à contrôler. Gabriel soupira légèrement. — Les titres m’ennuient, dit-il. Appelle-moi simplement Gabriel. Puis, se tournant vers la servante, il ajouta avec détachement : — Préviens Albus que je participerai finalement au gala cette année. Et qu’on prépare une chambre et une garde-robe pour Amélie. Elle aura besoin d’une femme de chambre. L’intendante s’inclina profondément. — Bien, Monseigneur. Tout sera prêt avant la fin de la journée. Amélie resta figée, incapable de comprendre le sens de tout cela. Une chambre ? Des vêtements ? Pourquoi lui accorder tant d’attention ? — Ce n’est pas nécessaire, murmura-t-elle. Tu as déjà fait plus que je ne mérite. Je… je te rembourserai, si tu veux. Gabriel se renversa contre le dossier du canapé, un éclat sombre dans le regard. — Je me ferai payer autrement, répondit-il d’un ton calme mais chargé d’une promesse qu’elle préféra ne pas déchiffrer. Son cœur se serra. Était-ce une menace ? Une provocation ? Elle n’osa pas poser la question. L’envie de fuir la prit de plein fouet. *Il veut sûrement me posséder,* songea-t-elle, le souffle court. *Et je suis déjà prisonnière.* Sans un mot, elle suivit le majordome hors du salon, les jambes tremblantes. Dès qu’elle eut disparu au coin du couloir, le visage de Gabriel perdit son expression détendue. Il pivota lentement vers Karmen, qui patientait dans l’ombre. — J’ai besoin que tu m’enquêtes sur quelque chose, dit-il d’une voix froide. Trouve le nom de l’Alpha qui l’a rejetée. Karmen resta interdit. — Elle… elle avait un compagnon ? Un bref sourire, presque imperceptible, effleura les lèvres du prince. — Oui. Et il l’a abandonnée hier. Découvre qui il est et pourquoi. — Très bien, répondit Karmen, avant d’ajouter, hésitant : Mais… pourquoi elle ? Elle n’a rien d’extraordinaire. Gabriel fit lentement tourner son verre entre ses doigts. — Parce qu’elle m’a choisi avant que je ne la choisisse. Ses mots tombèrent dans le silence comme une sentence. Karmen comprit qu’il ne devait pas insister. Il s’inclina et quitta la pièce. Resté seul, Gabriel laissa son regard se perdre dans les flammes du foyer. *Elle croit encore pouvoir s’échapper,* pensa-t-il avec un rictus. *Mais elle porte déjà mon empreinte.*
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