13. Discussion autour d’un sushi
On entend le gravier crisser sous les pneus d’une voiture. Le temps de faire les cent mètres pour contourner le bâtiment, la maman nous rejoint, les bras chargés de sacs Gucci et autre Cardin.
Elle me salue et s’assoit à côté de nous.
– Pfiou ! Je suis vannée !
Sa respiration fait monter et descendre sa poitrine dans l’échancrure d’un bustier encore trop largement ouvert. S’adressant à moi sans attendre mes réponses :
– Alors, on fait connaissance ? Elle va mieux, n’est-ce pas ? N’est-elle pas belle ? Il va de soi que vous mangez avec nous Monsieur Thérique, comme pour vos prochaines visites à ma petite Julie-Ange, cela nous évitera des frais de déplacement finit-elle dans un rire de gorge un peu forcé.
– Si tous vos repas sont de la qualité de mercredi dernier, c’est moi qui vais devoir vous dédommager chère Madame. Vous êtes une cuisinière hors pair. Merci infiniment de votre offre.
Elle s’étouffe presque de rire.
– Vous êtes mignon ! Nous avons un cuisinier, voyons ! Je suis incapable de faire chauffer de l’eau sans brûler la casserole. L’argent est une chose merveilleuse Monsieur Thérique.
Des sushis aux couleurs et aux formes inconnues arrivent sur la table comme par magie. Serveurs japonais, cuisine japonaise, je m’attends à voir le sumotori de cuisinier et son Fuji-Yama glacé pour le désert.
Julie-Ange a repris de l’appétit. Elle manie ses baguettes avec dextérité et semble apprécier cette cuisine qui régale nos palais.
– Comment comptez-vous opérer avec ma fille ? me demande Charlotte-Audrey posant ses mikados avec grâce.
« Tu n’as qu’une seule chance de faire bonne impression » me répétait l’éducateur du foyer. Cette femme n’est pas sotte, loin de là. C’est mon test d’admission, nous en sommes tous conscients. Refusant le saké tiède je prends la parole d’un ton docte :
– La transparence, quand elle est recevable, je veux dire par là que le patient ou la patiente est à même d’absorber l’objet de leur traumatisme et les conséquences de leurs actes, c’est un point de départ qui à fait ses preuves. Julie-Ange doit avoir une confiance aveugle en moi pour accepter mon traitement. Cela implique qu’elle doit connaitre parfaitement son propre cas, qu’elle soit persuadée à juste titre que je ne lui cache rien. Nous allons donc lire ensemble le compte rendu de son procès et les notes de mes confrères.
Voyant son expression horrifiée, je reprends tout de suite :
– Je suis conscient que cela peut être déstabilisant, j’espère même une catharsis libératrice. Un choc émotionnel salutaire.
Silence…
Me tournant vers Julie-Ange je poursuis :
– En fonction de vos réactions nous avons de multiples options : jeux de rôle, PNL7, EMDR8, méditation, drogues, hypnose ou mélange de ces thérapies. Pas de psychanalyse où l’on rechercherait le nœud du problème. C’est la vision de votre monde que nous efforcerons de modifier positivement. C’est le futur qui nous intéresse avec pour point de mire votre liberté, sans risque pour vous et… votre entourage. Je n’ai pas promis la facilité. Au contraire, attendez-vous à en baver. Une alimentation spécifique devra être mise en place ainsi qu’un programme sportif. Mettons tous les atouts de notre côté. Sommes-nous d’accord sur le principe ?
Les deux femmes acquiescent d’un hochement de tête. Julie-Ange fait une moue gourmande depuis l’évocation des drogues comme option thérapeutique…