ALLISON
Le réveil était douloureux. Mes yeux mettaient bien une bonne minute à s'ouvrir avant que j'arrive à couper mon alarme. Je me faisais peut-être déjà vieille, mais je n'avais pas prévu de me lever en pleine nuit pour aller chercher Holly qui était complètement déchirée à sa soirée. A cet instant précis, je la maudissais encore plus que quelques heures plus tôt.
Je frottais mes yeux fatigués en m'asseyant sur le bord de mon lit qui me manquait déjà cruellement. Heureusement qu'aujourdhui était une petite journée, car je n'allais pas pouvoir tenir jusqu'à ce soir. Je prenais mes vêtements préparés la vieille sur ma chaise de bureau avant de sortir pour aller m'enfermer dans la salle de bain. Je me déshabillais rapidement avant de me glisser sous l'eau chaude. Si j'avais le temps, j'aurais pris un bon bain avec plein de mousse.
- Holly n'est pas encore debout ? Demandais-je à Neil en entrant dans la cuisine quelques minutes plus tard.
- Je comptais sur toi pour aller la réveiller. Me disait-il en mordant dans sa tartine. Je n'ai pas réussi à me rendormir avant quatre heures et demie du matin à cause de ses conneries.
Je soupirais avant de faire demi-tour en direction de la chambre de ma meilleure amie. Je ne frappais pas et ouvrais bruyamment la porte pour la réveiller. J'allumais la lumière, voyant que ma présence ne l'avait absolument pas dérangée dans son sommeil profond. Je tapais dans mes mains et elle fronçait les sourcils, portant ses mains à ses yeux encore fermés couverts de reste de maquillage de la veille.
- Holly, si tu ne te dépêches pas de te préparer, je pars sans toi. Prends un cachet pour passer ton mal de crâne et cours à la douche, je ne vais pas t'attendre.
Je repartais aussitôt dans le couloir et m'arrêtais quelques pas plus loin. Convaincue qu'elle ne se lèverait pas sans que je lui botte le c*l, je faisais machine arrière. Je m'arrêtais juste devant son lit et tirais d'un coup sec sur sa couette, qui tombait par terre.
- Aly, laisse-moi, je ne vais pas en cours. Je suis trop crevée.
- Ah, hors de question. Ce n'est que le troisième jour et ta présence est obligatoire, alors si tu ne te lèves pas tout de suite, je te traîne par la peau des fesses jusqu'à la fac.
Elle émettait un cri de défaite et je souriais, fier de moi.
- Tu as gagné, je me lève, mais tu seras gentille de ne plus parler aussi fort, j'ai mal au crâne.
Elle gardait son bras sur son visage pour cacher ses yeux de la lumière et je me retenais de lui faire une leçon de morale. Je n'étais pas contre le fait qu'elle sorte en semaine. J'étais contre son abus d'alcool. Quand j'étais arrivée dans ce vieil appartement cette nuit avec Neil, j'étais presque sûr qu'il y avait de la coke partout sur les surfaces des meubles. Ils étaient au moins une trentaine et aucun ne m'avait fait bonne impression. Plus particulièrement la fille qui l'avait invité. Elle avait rencontré Sally hier pendant la journée et elle avait tout de suite eu un genre de coup de foudre amical pour cette fille. Je ne savais pas ce qu'elle lui trouvait. Le peu de temps que je l'avais vue, elle ne m'avait pas du tout rassurée. Ses piercings, ses tatouages, son franc parlé et son rire trop prononcé ne m'avait pas du tout emballée. Le genre de fille malpolie et à problème que je préférais éviter.
Elle se levait difficilement et je me dirigeais vers son armoire pour sortir un jean et un T-shirt noir tout simple. Je fouillais maintenant dans son tiroir pour lui sortir un string et prenais son soutien-gorge qu'elle avait laissé pendre sur sa chaise.
- Maman, j'ai dix-neuf ans, je n'ai pas besoin que tu m'aides pour m'habiller.
- Ah. Ah.
Je la prenais par le bras et l'emmenais dans le couloir avant de la laisser dans la salle de bain. Neil était en train de faire la vaisselle quand je revenais dans la cuisine et je me laissais tomber sur une chaise en soupirant.
- Alors, elle a la gueule de bois ? Me demandait-il en se retournant brièvement.
- Ouais, pire. Je sens qu'elle va m'en faire voir de toutes les couleurs, aujourd'hui. Dis-je en prenant le jus d'orange qui traînait devant moi.
Je buvais quelques gorgées avant d'entendre Neil râler.
- Tu as entraînement, ce soir ? Me demandait-il en se retournant complètement.
- Non, pas ce soir. Et tant mieux. J'ai plein de courbatures et les mains en compotes.
Je lui montrais mes paumes, couverte de déchirures à cause des barres. Voilà pourquoi je n'aurais pas dû arrêter de m'entraîner cet été. Il se mettait à rire en secouant la tête. J'étais ravie d'entendre l'eau couler dans la douche.
- Je passerais te voir avec Jesse à l'occasion. Ça fait longtemps qu'on ne t'a pas vue à l'œuvre.
- Je serais ravie que vous veniez m'encourager à mes compétitions. Enfin, si je suis sélectionnée, bien sûr.
- Elles commencent quand ?
- Je n'ai pas encore de visibilité. Mais les compétitions les plus importantes commencent en janvier.
- Donc, tu as le temps de devenir la meilleure d'ici là.
Je levais les yeux au ciel. Neil passait une main dans ses cheveux mi-longs avant de débarrasser la table devant moi. Je connaissais Neil depuis toujours, comme Jesse d'ailleurs. C'étaient mes meilleurs amis depuis toujours. Avec Neil, il y avait eu un petit rapprochement entre nous avant que je ne sorte avec Zac. J'avais eu quelques soucis à l'époque et on s'était beaucoup rapproché. Maintenant, il n'y avait plus aucune ambiguïté. Neil était grand, les cheveux bien noir et toujours bien coiffé. Il était plutôt maigre, mais était tout de même bien foutu. Jesse, lui, était légèrement plus petit et comme Neil, il plaisait beaucoup aux filles. Ses cheveux bruns coupés court et ses yeux bleus ne laissaient personne indifférent.
- Vous sortez avec nous ce week-end ? Demandais-je alors qu'il passait devant moi.
- Vous sortez où ? Me demandait-il en s'arrêtant à côté de moi.
- Je crois que Holly veut retourner à une soirée à la fraternité Jax, là où Justin habite. S'il te plaît, ne me laisse pas tenir la chandelle toute la soirée.
- Elle ne te laissera jamais toute seule dans ton coin. Tu la connais, elle essayera de te chercher un mec toute la soirée.
- Justement, Neil, il faut qu'on y aille tous les quatre. Même si Jesse et toi allez chasser, je ne veux pas qu'elle me force à rester avec l'équipe de Justin. Je ne veux pas qu'on me regarde comme un morceau de viande.
Il explosait de rire et je le tapais sur le ventre en m'approchant de lui.
- Ne te moque pas de moi.
- Je ne me moque pas, Aly, mais je suis sûr que ce n'est pas ça qui te dérange. Holly a raison, il faut que tu t'amuses. Tu es à la fac. Tu es libre de faire tout ce que tu veux. D'autant plus que je peux comprendre qu'on te regarde comme un morceau de viande.
Je restais choquée par ce qu'il venait de dire et tentais de le frapper à nouveau lorsqu'il se dépêchait de sortir de la cuisine en rigolant.
- Enfoiré ! Criais-je alors qu'il disparaissait dans sa chambre.
Holly sortait pile à ce moment-là de la salle de bain. Elle s'était enfin démaquillée et avait légèrement meilleure mine. Sa tête m'indiquait qu'elle n'avait pas envie de parler. Pourtant, j'avais bien l'intention de lui dire ce que je pensais de sa sortie d'hier soir. Je m'enfermais à mon tour dans la salle de bain pour me brosser les dents, m'attacher les cheveux et me maquiller. Pour cette petite journée, j'avais opté pour une jupe en jean et un top blanc tout simple avec des petites chaussures blanches. Holly entrait dans la salle de bain et je lui laissais la place.
- Tu es déjà prête ? Me demandait-elle en prenant sa brosse à dent.
- Oui, parce qu'on doit partir dans moins de cinq minutes, si tu ne veux pas qu'on soit en retard.
- On n'est jamais en retard.
- C'est ce que tu crois. Dis-je en lui tapant les fesses.
- J'ai vraiment la tête en vrac. C'est la deuxième fois que je me brosse les dents tellement j'ai la bouche pâteuse. Vivement ce soir, je te le dis.
- Tu n'avais qu'à pas abuser. Dis-je en croisant les bras. Tu m'as appelé à trois heures du matin alors qu'on est mardi soir et tu étais complètement déchirée. Dis-je en fronçant les sourcils.
- Oh, ça va. Quatre-vingt-dix-neuf pourcents des étudiants sortent tous les jours de la semaine. Tu ne fais seulement pas parti de ceux-là. Alors tu ne peux pas comprendre.
Elle relevait ses cheveux blonds au-dessus de sa tête pour s'attacher également les cheveux et je soupirais.
- Si tout le monde sortait tous les soirs comme tu l'as fait hier, il n'y aurait plus personne en cours. Dis-je en levant les yeux au ciel.
- Ça va, je fêtais juste ma rentrée. Je boirais moins, la prochaine fois.
- La prochaine fois ? Répétais-je avec désapprobation.
- Oui, je me suis vraiment amusée. Viens avec moi, la prochaine fois.
- Non, Holly, je ne mettrais plus jamais les pieds là-bas. D'ailleurs, je me demande pourquoi tu n'as pas fait demi-tour en voyant cet endroit.
Elle se tournait vers moi et fronçait les sourcils.
- Aly, c'était juste une fête. Il faut vraiment que tu décompresse. Je pensais qu'être loin de tes parents allaient te décoincer pour de bon.
Je restais bouche bée. Ce qu'elle venait de me dire était pire qu'une gifle. Je n'étais pas coincée, loin de là. J'étais juste différente de Holly, qui n'avait pas de mal à laisser les gens s'approcher d'elle.
- Je ne suis pas coincée, Holly. Dis-je en serrant les dents. Ce n'est pas parce que je ne couche pas avec tout ce qui bouge que je suis coincée. Je préfère être comme je suis que d'être une fille trop facile.
Je la plantais dans la salle de bain avant d'aller dans ma chambre pour récupérer mon sac de cours. Je décidais de partir seule à la fac, perturbée par ce que venait de me dire ma meilleure amie. J'étais consciente que je marchais plus vite que d'habitude. Les gens me jetaient des regards interrogateurs et je me retenais de m'arrêter pour leur dire « vous avez un problème ? ». J'allais mettre une bonne journée à me remettre de ce qu'elle m'avait dit. Holly avait eu beaucoup de relations, contrairement à moi. Je savais que je plaisais aux mecs, même si je n'avais eu que deux partenaires sexuels. Je ne manquais pas d'assurance, mais il était difficile pour moi d'accorder ma confiance. J'avais trop peur de m'attacher à quelqu'un qui n'en aurait rien à faire de moi. Alors voilà pourquoi je préférais me méfier des mecs. Je ne disais pas que je n'avais pas envie de fréquenter quelqu'un, mais pour l'instant, personne ne m'intéressait. De toute façon, je n'arriverais jamais à accorder ma confiance à un mec.
J'arrivais à la fac en peu de temps. Il y avait tellement de monde quand j'entrais dans le hall que c'en était étouffant. Je me mettais le plus loin possible de la foule lorsque j'entendais quelqu'un m'appeler. Mia Watson et Julia Scott apparaissaient devant moi. J'étais soulagée de ne plus être toute seule au milieu de tout ce monde.
- Salut Allison. Me disaient-elles en même temps.
- Salut les filles. Dis-je en leur souriant.
- Tu as l'air perdu. Me disait Julia.
- Non, c'est juste qu'il fait chaud et voir tout ce monde me donne la migraine. Dis-je en grimaçant. Vous allez vous inscrire aux cours du prochain semestre ?
- Oui. Les conseillers vont encore avoir du boulot, aujourd'hui. Me disait Mia. Tu ne connais personne ici ?
- Si. J'ai lâché ma meilleure amie qui mettait trop de temps à se préparer. Je ne voulais pas être en retard, mais il semblerait qu'à UCLA, la ponctualité ne soit pas leur fort. Dis-je en haussant les épaules.
Les deux rigolaient et Mia se tournait en entendant son prénom. Un mec plutôt très canon s'avançait vers elle et je devinais que se devait sûrement être son petit-ami. Après tout, elle était plus que jolie avec ses grands yeux bleus et son sourire éclatant.
- Oh, dis-donc, qu'est-ce que tu fais tout seul ? Lui demandait-elle, amusée.
- Ne crois pas que je viens ici pour me trouver de la compagnie. Lui répondait-il en faisant semblant d'être outré.
Je souriais en prenant le temps de le détailler. Il faisait plus vieux qu'un première année, avec sa barbe de trois jours et sa grande taille. Il avait les cheveux bruns, coupés assez court, des yeux noisette et une carrure qui ferait penser à un footballeur. Bien sûr, je venais de repérer son T-shirt des Bruins, ce qui me donnait immédiatement la réponse. Voilà pourquoi je le trouvais canon. C'était un footballeur. Autrement dit, un mec que je ne devais pas approcher, même s'il était vraiment très beau.
- Et tu es ?
Je levais les yeux sur lui, prise la main dans le sac. Vu son sourire arrogant, je devinais qu'il avait dû voir mon regard insistant sur lui. m***e. Son regard me détaillait de la tête aux pieds et je sentais mon corps s'enflammer. p****n d'allumeur !
- Ah, Aly, ne me fait plus jamais ça !
Je tournais la tête et découvrais Holly, toute essoufflée, qui s'approchait de notre petit groupe.
- Je plaisantais quand je te disais ça. Tu sais qu'il est préférable de ne pas me parler quand je suis dans cet état.
Mia et Julia me regardaient, toutes perdues, et je posais une main sur l'épaule de ma meilleure amie pour la calmer.
- Ça va, ça va.
- Waouh, le monde est petit. Disait l'ami de Mia.
Je reculais d'un pas pour le regarder en fronçant les sourcils. Bien sûr, se devait être l'ami de Justin et il avait dû voir Holly lors de la soirée de samedi. Cette dernière levait les yeux sur lui en arquant un sourcil.
- Oh, Josh, c'est ça ? Que fais-tu ici ?
- Eh bien, comme vous, je suis en première année.
- Justin m'a dit que vous êtes sorti, hier soir. Lui disait-elle. Il a été sage ?
- Et toi ? Apparemment, tu l'as laissé tomber pour une soirée filles.
Je la regardais avec étonnement, me rappelant que cette nuit, quand j'étais venue la chercher, il n'y avait pas que des filles, dans cet appartement. Je ne disais rien car ce n'était pas mes affaires, mais je me demandais ce que Justin en penserait s'il savait que la fille qu'il fréquente sort dans des soirées de repère pour drogués.
- Ouais, on n'est pas marié, on a le droit de faire ce qu'on veut. Lui disait-elle en jouant des sourcils.
- Oh, alors je peux te dire qu'il n'a pas fait qu'embrasser des meufs hier soir.
Elle le fusillait du regard et ce Josh se mettait à rire. Je me surprenais à admirer son sourire et sa mâchoire bien dessinée.
- Alors, tu t'appelles Aly ? Me demandait-il en reprenant son sérieux.
- Non, Allison. Dis-je en le corrigeant.
- Oui, c'est ma meilleure amie. Ajoutait Holly. C'est fou ce que le monde est petit.
J'ignorais son clin d'œil et levais les yeux au ciel.
Le micro émettait un bruit sourd et je plissais les yeux. Josh nous saluait et je le regardais jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la foule.