Mia fit volte-face, surprenant un léger rictus sur le visage élégant de Byron.
— Franchement, votre présence ici est pour le moins désagréable, lança-t-il d’un ton froid.
Un frisson d’angoisse envahit Mia. — Monsieur Hansen, je n’ai jamais eu l’intention de vous blesser. Pourquoi me traitez-vous ainsi ? demanda-t-elle, la voix tremblante.
Byron, indifférent, ne répondit pas. Il se contenta d’ordonner : — Notez son nom, interdisez-lui l’accès. Qu’elle ne remette jamais les pieds dans ce restaurant.
Sur ces mots, Carter réunit les serveurs et escorta Mia dehors, sous les regards des clients intrigués. Sa silhouette fut bousculée, son vêtement se déchira et ses cheveux se retrouvèrent en désordre.
Dans un coin, Cora et Sally observaient la scène en silence, un sourire intérieur illuminant leurs pensées.
Byron jeta un coup d’œil vers Cora, apercevant ses yeux brillants posés sur lui. Mais celle-ci détourna aussitôt le regard, comme pour fuir un doute naissant.
Il s’éloigna sans un mot, s’engageant dans la plus grande salle privée, suivi de près par Carter qui s’arrêta devant Cora.
— Mademoiselle Lane, la salle a été préparée spécialement pour vous. Nous regrettons sincèrement cet incident, expliqua-t-il avec une politesse feinte. En compensation, tous vos frais, ainsi que ceux de votre invité, seront pris en charge.
— Profitez bien de votre repas, conclut Carter avant de rejoindre Byron.
Sally ne put retenir son enthousiasme. — Ton compagnon est vraiment incroyable ! M. Pope est… tellement séduisant ! Cora, franchement, tu n’as rien perdu en le quittant.
Un instant, Cora resta muette, réalisant que Sally ignorait toujours la véritable nature de sa relation avec Carter. Avant qu’elle ne puisse corriger, Sally s’emballa davantage, parlant cette fois de Byron.
— M. Hansen est carrément irrésistible ! Ce visage, ces yeux… et puis la manière dont il a remis Mia à sa place, c’était impressionnant !
Après un moment d’exclamations enthousiastes, elle se pencha, la voix presque un murmure : — Je me demande ce que ça fait de passer la nuit avec un homme pareil…
Distraitement, Cora répondit : — Pas mal.
Sally la fixa, surprise : — Comment tu sais ça ?
— Oh, euh… disons que j’en ai une idée, répondit Cora, esquissant un sourire gêné.
Tout comme Byron souhaitait préserver leur secret, Cora gardait jalousement leur lien à l’abri des regards. Elle redoutait le jugement si jamais son entourage découvrait son attachement à Eason et Byron.
Quant à l’aide inattendue de Byron plus tôt, elle se dit qu’il ne supportait sans doute pas l’arrogance de Mia, sans chercher plus loin.
— Alors tu t’appuies sur ton expérience ? lança Sally, rieuse. Écoute, Byron, c’est l’homme parfait au lit. Toute femme serait folle de chance de l’avoir. Je t’envie vraiment !
Cora n’osa pas révéler que l’homme dont Sally parlait était précisément celui avec qui elle avait passé la nuit.
Le repas qui suivit fut un véritable festin. Sans doute grâce aux consignes données par Carter, le personnel leur servit les mets les plus prisés du restaurant, leur offrant une soirée exquise.
Mais alors qu’elles quittaient la salle, Cora reçut un message de Carter.
« Mademoiselle Lane, j’ai un peu trop bu, je ne suis pas en état de conduire. Pouvez-vous raccompagner M. Hansen ? »
Hésitante, elle répondit : « Je peux lui commander un taxi. »
Elle redoutait de prendre le volant pour Byron à nouveau, surtout après ce qui s’était passé la veille. Qui savait où ses caprices pourraient les mener cette fois ?
— « Alors, c’est M. Pope qui t’envoie ? Il veut te voir, j’en suis sûre ! » lança Sally avec un sourire narquois.
Cora esquissa un rictus. Pas vraiment… enfin, pas totalement faux non plus.
— « Vas-y, fonce ! Avec ta silhouette, impossible qu’il te résiste. Tiens, je vais goûter à ça, moi… »
Sally attrapa son verre, avala une gorgée, puis s’éclipsa d’un pas pressé, sans même un signe d’adieu.
Cora s’apprêtait à l’interpeller lorsqu’une silhouette masculine émergea de l’ombre. Sa tenue — simple chemise, pantalon sobre — n’avait rien d’exceptionnel, mais l’assurance qui émanait de lui captait tous les regards. À contre-lumière, ses traits se devinaient à peine. Il tendit cependant la main, une clé de voiture scintillant entre ses doigts.
— « Tu n’es pas encore parti ? » demanda-t-elle, remarquant au passage un léger parfum d’alcool, discret et étrangement agréable.
— « Pas tant que tu n’auras pas pris le volant à ma place. »
Pourquoi moi ? pensa-t-elle, agacée. Il existe des taxis, des chauffeurs privés, des applications… et il me choisit, moi.
Pourtant, elle accepta la clé d’un geste résigné. Quelques instants plus tard, elle retrouvait ses mains crispées sur le volant de la Koenigsegg Agera. Cette fois, au moins, elle ne confondit pas l’accélérateur avec le frein et ne créa aucun carambolage. Mais sa prudence extrême les faisait avancer à une allure qui évoquait plus le reptile paresseux que la supercar qu’elle conduisait.
— « À ce rythme, on y sera au lever du jour », lança Byron, les sourcils froncés, un éclat ironique dans les yeux.
Cora tenta un sourire d’excuse, mais pas question d’appuyer davantage — elle tenait à cette voiture qui valait plus cher que sa vie.
Puis, soudain :
— « Arrête-toi. »
Soulagée, elle freina. Ils se trouvaient déjà devant son immeuble. Il m’a eue… pensa-t-elle. Byron sortit sans un mot.
Elle verrouilla la voiture, le suivit à contre-cœur.
— « Votre clé… » tenta-t-elle. Il ne se retourna pas.
Arrivés à sa porte, elle céda à ce regard silencieux et lui ouvrit. À peine franchi le seuil, il la souleva comme si elle pesait moins qu’une plume. Surprise, elle enroula ses bras autour de son cou, jouant la désinvolture.
— « Hier soir, vous m’avez offert un contrat de vin à long terme. Et ce soir, quel présent ? » lança-t-elle, avec ce mélange de dérision et d’autodérision qui lui servait de carapace.
Il la fixa, grave.
— « Dis-moi ce que tu veux. »
Sa réplique la déconcerta. Mais au lieu de gestes pressants, Byron la déposa avec douceur sur le lit, s’agenouilla, retroussa délicatement le tissu de son pantalon et sortit une petite boîte métallique.
— « Ne bouge pas. »
Il appliqua la pommade sur sa cheville tuméfiée avec une concentration presque solennelle. Cette attention, inattendue, fissura ses défenses. Les larmes montèrent sans qu’elle puisse les retenir.
— « Ça te fait mal ? » demanda-t-il. Dans ces trois mots, elle crut percevoir une nuance de tendresse et de compassion.
— « Non. » En vérité, la douleur physique s’était effacée depuis longtemps, mais ce geste réveillait quelque chose d’autre, enfoui.
Depuis la succession de malheurs qui avait frappé sa famille, elle n’avait plus connu la sensation d’être protégée. Même blessée, personne ne s’était soucié d’elle. Et voilà que cet homme, presque un étranger, s’attardait à la soigner.
— « Ça va aller. La pommade fera son effet. » Sa voix s’était adoucie, ses doigts effleurant son dos comme pour apaiser ce qu’il devinait en elle.
Ces mots déclenchèrent un sanglot plus fort encore. Byron la serra contre lui, murmura :
— « Tout ira bien. »
Puis ses lèvres trouvèrent les siennes.