Comme je disais juste avant, j'ai presque fini ma licence de 3 ans et je dois faire un semestre minimum à l'étranger. J'ai passé ces trois dernières années à étudier comme une folle pour avoir les meilleures notes. J'ai rencontré des profs tous bizarres et perchés par ci par là. Ici, en gros, c'est chacun sa m***e. Certains profs vont profiter du temps en classe pour nous aider mais le reste du temps, la majorité n'ont qu'un seul mantra : « s'ils ne comprennent toujours pas, je suis payé quand même. »
Mais chaque semaine, j'attendais avec impatience le cours d'indien, d'anglais, qui sont mes matières principales, de littérature avec Madame Druet, ma matière secondaire. Je m'entraînais à traduire des textes en anglais et en hindi. Mais j'apprenais surtout la linguistique et la phonétique. J'ai appris beaucoup de choses et cela m'a endurci. Sarah étudie la médecine pour devenir orthophoniste mais aussi différentes langues pour devenir interprète à ses heures perdues. Qui sait ce que l'avenir lui réservera.
On essaie de se voir entre deux cours ou alors le plus souvent le week-end et je dors parfois chez elle. Elle invite de temps en temps Samy et Ramia chez elle, on se tape Netflix et on débat sur "qui a tué qui ?". Samy et Ramia sont aussi en médecine spécialisés en chirurgie et en couple depuis deux ans.
Et je suis licence LLCER Anglais/Indien. Je me suis spécialisée en traduction. Au cours de ces trois années d'études' je vais devoir partir dans une université à l'étranger, avec le programme ERASMUS pendant un semestre. Le mieux pour moi serait bien sûr en Inde. Soit de Oxford, soit Leicester soit Hindoustani University ou bien Diderot. MAIS il est hors de question que j'aille à Diderot plutôt mourir que d'y mettre les pieds. Je fais mes prières tous les jours pour ne pas avoir de place là-bas.
Mon père m'a appelé au début de l'année pour me « dire » et pas « proposer », d'aller à Diderot à la fin de mon cursus donc aujourd'hui. Il voulait que j'y aille parce que non seulement il ne veut pas que j'aille à l'étranger mais aussi pour une personne qu'il veut que j'aille rejoindre. Et il veut que j'aille rejoindre Amir.
C'est qui lui ? C'est ce que vous devez vous demander. C'est normal.
Et bien il s'agit du plus grand t*********l qui puisse exister dans ce bas monde et croyez-moi, je m'en serais bien passée. Ce gars-là est venu en vacances en hiver chez mes parents à Le Mans l'année dernière. Papa me l'avait présenté comme prétendant. PRÉ-TEN-DANT. On n'est pas dans The Witcher et je ne suis pas Pavetta avec tous ses prétendants qui se battent pour elle. Ce mec est ma phobie. Il est trop poli, bienveillant, propre, trop propre à mon goût devant mes parents. « Le parfait gendre. » TROP parfait. Les gens qui sont TROP, ce n'est pas possible. Mais quand il est venu me parler, il était vraiment désagréable voir même vraiment horrible et très sexiste.
« J'étais dans la cuisine en train de manger une omelette au fromage avec des pâtes aux beurre. Amir débarque comme ça, ni bonjour ni ça va et me dit :
— T'as quel âge ?
Je m'arrête de manger, je me mets à le regarder avec insistance en levant un sourcil. Je l'observe de haut en bas. Il a un visage rond, il est tout mince qu'on pourrait le confondre avec un ficello spaghetti. Il est plus grand que moi. Ça se voit qu'il a essayé les contours mais c'est raté. Je crois que le barbier devait être bourré à ce moment-là.
Je ne réponds même pas et continue ce que je faisais, c'est-à-dire manger.
— Il me semble que je viens de te poser une question, Myra, insista-t-il.
— Et il me semble que je suis occupée comme tu peux le voir, dis-je en lui montrant mon assiette. Euh, comment tu t'appelles déjà ? Samir ?
S'il y a un truc que je déteste, c'est lorsque je mange, on me dérange. Au grand jamais mon père n'a osé m'adresser la parole. Quand j'ai le ventre vide, je peux être assez... désagréable.
— C'est Amir, dit-il d'un ton sec, tu ne devrais pas trop manger sinon tu ne rentreras pas dans ta robe de mariage. Il est hors de question que ma femme soit grosse, ajoute-t-il en me toisant.
Ha ! Attendez... pardon ? Se connaît-on ? Il a pété une durite ou quoi ? Quelle robe même ? Quelle femme ? Je ne me marie avec personne encore moins avec cette...chose. Mais je ne dis rien pour l'instant.
Il vient de réveiller un démon et il se prénomme Abdallah. Il se chargera de lui répondre à ma place. Je le vois serrer les poings et s'appuyer sur l'encadrement de la porte. Il déteste que l'on puisse me parler ainsi. Abdallah s'est attribué le pouvoir d'être le seul à me malmener.
Mon prétendant n'est là que depuis 3 minutes, il m'insulte déjà. Quel genre de frère va supporter ça ? Pas le mien en tout cas. N'importe quelle famille africaine avec autant d'enfants vous le dirait.
— Tu me trouves grosse, c'est bien ça ? dis-je en me levant avec mon assiette.
Je me poste devant lui, pique avec ma fourchette un bout d'omelette et le porte à ma bouche de façon pas sexy du tout.
— Je suis déjà ta femme avant que tu m'aies passé la bague au doigt ? Ok, que n'aimes-tu pas d'autre chez moi ?
Je vois du coin de l'œil Abdallah bouillir et ses jointures blanchir. On pourrait voir de la fumée sortir de ses narines.
— Alors ? insistais-je.
— Je n'aime pas trop ta façon de t'habiller, un sweat avec une robe, tu n'as pas honte ? De quoi te caches-tu derrière ces vêtements immondes ? dit-il en s'approchant trop près de moi.
Il pue de la bouche, c'est pire que les couches d'Ilyes. Il a bouffé de l'ail ou c'est comment ?
Je m'habille bien déjà, je porte des jeans à longueur de journées avec des hauts longs mais toujours classes avec soit un kimono long soit ma petite veste en cuir grise. On me fait souvent des compliments sur ma façon de m'habiller ce n'est pas lui qui va changer ça. Aujourd'hui c'est exceptionnel, j'ai mes règles et il fait froid, je ne vais pas traîner en short quand même.
Je m'efforce de garder un visage impassible parce que si je craque, adieu le cursus universitaire et je vais finir mes jours derrière les barreaux.
— Et quoi d'autre ? continuai-je exprès en ignorant sa question parce que s'il savait ce que je peux faire juste avec un simple pull. L'étouffer par exemple.
Il s'approche encore plus, il caresse ma joue puis mon voile. Par contre, ça ce n'était pas prévue du tout mais pas du tout ! ALERTE ! ALERTE ! ''ESPACE VITALE" FRANCHIT, JE RÉPÈTE, "ESPACE VITALE" FRANCHIT !!!
— Ton voile, c'est dommage de te cacher derrière ce morceau de tissu de ninja avec un aussi joli visage. Pourquoi s'encombrer ? Et puis il faudrait que je puisse vérifier si tu as des longs cheveux... car j'aime les longs cheveux. J'ai bien le droit, vu qu'on va se marier, n'est-ce pas ? ajoute-t-il avec un je-ne-sais-quoi de pervers dans les yeux. Après le mariage, tu pourras le retirer si tu veux et...
Sa phrase est interrompue quand il est tiré en arrière. Il tombe sur la chaise en bois et la casse. Je vois Abdallah se jeter sur lui et lui décrocher un crochet droit sur le nez.
— C'EST COMME ÇA QUE TU PARLES À MA SOEUR QUAND Y A PERSONNE ?! hurle Abdallah. JE NE TE PERMETS PAS DE LUI MANQUER DE RESPECT ! COMMENT ÇA TU LA TOUCHES ?
Je crois que je n'ai jamais vu Abdallah dans cet état. Je ne pensais pas qu'il allait réagir comme ça... aussi violemment. À 16 ans, il est capable de clouer un gars de 25 ans à terre. On a bien fait de lui payer des cours de boxe. Du haut de son mètre 79 aussi, il ne fait pas du tout son âge, surtout avec sa barbichette ridicule. Amir essaie de se défendre comme il peut mais c'est presque impossible, Abdallah le tient au sol le bras sous le cou. Amir me regarde et crie en toussant :
— Pourquoi tu ne l'arrêtes...pas ?! Il va me tuer !
C'est vrai que je n'ai pas bougé de là où j'étais. Et non je ne compte pas l'arrêter. C'est magnifique de le voir comme ça le ficello spaghetti. C'est drôle de voir qu'il est incapable de se défendre contre quelqu'un qui a 10 ans de moins que lui.
— Euh moi je ne rentre pas là-dedans, c'est mon petit frère mais quand il est énervé, je ne me mêle pas de ses affaires sinon c'est moi qui vais prendre les coups. Tu ne voudrais pas que je sois défigurée au mariage, si ? dis-je avec sarcasme.
En fait si, je peux le calmer. Lui et moi nous chamaillons souvent pour des broutilles, on se tape aussi pour se charrier. Sauf qu'on parle de mon frère et en plus, il est en colère. Oui, je suis la seule à pouvoir le calmer mais pourquoi le ferais-je ? On vient de m'humilier. Il ne fait que défendre mon honneur. Je ne peux pas lui retirer son droit.
Ou alors c'est parce que je me fous de son sort. Il le mérite bien après avoir osé imaginer quoique ce soit avec moi.
Amir essaie de se dérober sous l'emprise d'Abdallah quand Amir reçoit en pleine tête un œuf. C'était bien visé, franchement. Je me retourne et vois qui ? Ilyes avec son doudou qui traîne par terre, sa tétine à la bouche et la plaquette d'œufs qui est situé dans le tiroir du bas du lavabo. Et il est en train de rigoler avec sa voix enrouée, il vient de se réveiller, c'est sûr.
— Ablaaah, zoeuf. Moi aussi é taper mosieu !
Abdallah se retourne et lui fait un grand sourire :
— Viens mini Hulk, on va lui donner une bonne leçon, ramène les œufs. On va faire une omelette sur notre ex futur beau-frère.
— Ouuuuuiiiii !!!!!
Ilyes ramène les œufs et commence à bombarder Amir qui essaie vainement de se soustraire des bras d'Abdallah. Abdallah et Ilyes, c'est un duo de choc. Ilyes suit son grand frère dans toutes ses conneries et il en est fier.
— La prochaine fois que tu t'adresses à ma sœur, non, à une femme de cette manière, je te jure que je te pète toutes tes dents et je les vends au bled. Tu ne demandes pas à une femme de se dévoiler juste pour ta petite satisfaction, sale s*****e. Tu n'es pas censé l'approcher sans son consentement et de faire des propos sexistes. T'es pas censé jugé une femme sur son apparence, la critiquer physiquement. Ma sœur n'est pas grosse et pour ton information la seule personne dans cette pièce qui a le droit de la critiquer c'est moi et uniquement moi !
— Et moi ossi zé le doit ? demande Ilyes en s'arrêtant de verser le sel de table sur la tête d'Amir.
— Oui, t'as le droit aussi Hulk.
Je rêve où Abdallah Assani a avoué que je n'étais pas grosse ?
Je les aime trop tous les deux. C'est mes petits bébés.
Soudain on entend une voix grave crier en comorien :
— Qu'est-ce qui se passe ici, bon sang ?
Papa... on est dans la merde....
— Pourquoi tu le frappes ? Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?¹ !
— Mais toi qu'est-ce qui ne va pas dans ta tête, papa ? Ce gars-là, il se permet d'insulter Myra et je dois rester là à rien dire ? Tu veux la caser avec un c*****d égocentrique ? Il l'a touché et essayé d'enlever son voile et je ne devrais rien aussi c'est ça ? Il l'a traité de grosse, je ne vais pas la fermer. T'a craqué ou quoi ?
— Tu baisses ta voix quand tu me parles, le gronda notre père. Et qu'est-ce que tu racontes ? Arrête de raconter n'importe quoi, Amir est un bon garçon. Tu n'as pas honte d'entraîner ton petit frère dans tes bêtises ? dit papa d'un ton glacial.
— Non je n'ai pas honte, Ilyes est mille fois plus compréhensif et mature que toi. Il l'a attaqué tout seul comme un grand. Si tu ne me crois pas, demande à ta fille pourquoi je l'ai frappé. Elle aurait pu m'arrêter mais elle ne l'a pas fait, demande-lui, poursuit Abdallah.
Eh mais moi j'ai rien fait.
— Il a raison, papa. Il a eu des propos plutôt déplacés.
— C'est faux, tonton, intervient l'autre clown de service, c'est elle qui s'est approchée de moi.
— Pardon ? Je mange tranquillement, tu arrives peinard, et tu te mets à critiquer mon physique. Et maintenant c'est moi qui t'es approch–
Mon père m'interrompt :
— Arrête de défendre ton frère, pas la peine de mentir.
— Mais pa...
— J'ai dit non, va dans ta chambre, prend Ilyes avec toi, me dit-il, et toi excuse-toi, dit-il en s'adressant à Abdallah.
— Non, répond Abdallah.
— ABDALLAH !
— Abou, on y va c'est bon, laisse tomber, dis-je à mon frère, ça ne sert à rien. Et pour ta proposition, SA-mir, tu te la mets là où je pense et papa, ne refais plus jamais ça sinon ça ne te prendra pas deux secondes pour me perdre à nouveau.
Je pris Ilyes dans mes bras et poussais Abdallah vers la porte. Une fois dans le couloir, on se dirigeait vers la chambre de notre mini Hulk. Après avoir fermé la porte, je regardais Abou et on éclata de rire. On se tapa dans les mains. Ilyes nous regarda tour à tour sans comprendre mais finit par rire avec nous.
Je ne reviens plus à Le Mans pour les vacances, c'est fini. »
Ces moments de complicité m'ont manqué, il ne manque que Farid... et Faiz.
Faiz... Toi aussi tu me manques.
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1. "Sors de là"