Chapitre 3: Chez moi

848 Words
Ranch Stewart Hamilton, Montana, États-Unis d’Amérique Ethan Stewart J'arrive enfin à la maison après un trajet en voiture du Camp Pendleton en Californie jusqu'à Hamilton au Montana. Un voyage d'environ 18 heures, pour une distance de 1 191 miles. Je l'ai fait d'une seule traite, en m'arrêtant seulement pour manger et faire le plein. Je passe le portail du ranch et des éclairs de souvenirs m'assaillent. Je revois ma mère apparaître sur le porche et nous crier de venir manger. Tristement, je revois la journée fatidique de son décès et mon père arriver, le visage ravagé par la peine. La réaction que j'ai eue quand il nous l'a annoncé : j'avais couru comme un fou jusqu'à l'épuisement dans la forêt, sans vraiment regarder où j'allais. J'avais pleuré de tout mon saoul, jusqu'à m'endormir près de la rivière, blotti contre mon chien qui m'avait suivi tout du long. Mon père, inquiet de ne pas me voir rentrer, avait dû prévenir la police. Les hurlements des loups m'ont réveillé. Je suis rentré à la maison au petit matin, frigorifié et abattu. Ma mère était ma confidente, ma plus grande alliée. Sa perte m'a désorienté, m'a fait perdre mes repères. J'ai eu l'impression de dériver sans but jusqu'à mon enrôlement dans l'armée. L'armée m'a donné une structure, un objectif. Elle m'a permis d'échapper à mes souvenirs douloureux et à mes pensées noires. Mais les missions dans des zones hostiles ont hanté mes nuits de cauchemars de guerre. Revenons au présent. Je stationne ma camionnette devant la maison et les lumières du porche s'allument. Une silhouette familière apparaît, accompagnée d'un berger allemand qui n'est autre que le descendant de mon fidèle compagnon, Jasper, décédé il y a quelques années de vieillesse. Le chien aboie joyeusement. Papa disait que Jasper n'avait jamais accepté mon départ et me cherchait constamment. Je vois mon père descendre les escaliers pour aller à ma rencontre, le chien toujours sur ses talons. Je débarque sans un mot et je prends mon père dans mes bras. Je vois les yeux de papa briller de larmes non versées. Nous restons quelques instants dans notre étreinte père-fils, un moment de silence chargé d'émotion, contents d'enfin nous retrouver. Je vois, par-dessus son épaule, mes deux frères apparaître. Cole et Ryan déboulent en vitesse les marches pour venir m'accueillir dans des étreintes d'ours. « Tiens, tiens, tiens, qui voilà ? On dirait que notre petit fugitif à la belle gueule est de retour ! » s'exclame Cole en souriant. « Wow, Ryan a bien grandi, il a de la barbe ! » plaisanté-je. « Je crois que c'est toi qui as plus de barbe que moi, tu ressembles à un bûcheron ! » rétorque Ryan. « Je vais bientôt la raser, alors profitez-en, » dis-je en faisant un clin d'œil. J'attrape mon paquetage sur le siège arrière et je suis la famille à l'intérieur, au chaud devant un bon feu de cheminée. « Dommage que j'arrive si tard, Ava doit déjà dormir, » dis-je, penaud de manquer ma nièce. « Tu iras la porter à l'école demain matin, elle sera heureuse de revoir son tonton Ethan et d'avoir un nouveau conducteur, » dit Cole. « Tu veux boire quelque chose ? » dit papa. « Quelque chose de chaud serait très apprécié après cette route glaciale. J'ai croisé Jimmy sur la 93 avant d'arriver, » dis-je. « Tu sais bien, le connaissant, qu'il nous a appelés pour nous avertir de ton arrivée imminente, » dit papa. Eh oui ! Mon petit frère le policier, si prévenant ; je suis tout son contraire. Je vais et je viens comme le vent. Papa part vers la cuisine et nous nous installons au salon devant le grand foyer de pierre, sur les grands canapés qui l'entourent. Nous parlons de tout et de rien : des souvenirs, du ranch, de hockey, de football... Je regarde les photos sur la cheminée, celle d'Ava surtout. Elle a tellement grandi ! Elle ressemble de plus en plus à sa mère en grandissant. J'ai un pincement au cœur pour Cole à cause de la perte de Kathy. « Il va falloir que tu arrêtes de gaver Ava d'épinards, sinon elle va nous dépasser tous ! » plaisanté-je. Les gars partent à rire. Papa réapparaît avec deux tasses de café noir bien chaud. Je prends une gorgée bien méritée après un si long voyage. J'admire les décorations de Noël qui agrémentent joyeusement la pièce. Demain, il faudra que j'aille faire des achats de cadeaux après avoir déposé ma puce à l'école. Nous discutons encore quelques instants au sujet du ranch et finalement, nous nous séparons pour monter nous coucher. J'ouvre la porte de mon ancienne chambre, je vois qu'elle a été refaite. Un grand lit a remplacé mon ancien lit simple et adieu les posters de sports qui placardaient les murs. Je ne me vois pas, avec mes six pieds deux pouces, dormir dans mon lit simple de gamin. Un dernier regard par la fenêtre et je me déshabille pour enfin tomber endormi dans un sommeil emmitouflé dans la chaude couette duveteuse.
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