--- Le point de vue Sébastien Vidya ---
J'aime les femmes avec du répondant. Pas celles qui plient à la première difficulté ou qui cherchent à plaire par soumission. Non. Ce que je veux, c’est une présence solide, affirmée. Une alliée avec du caractère, une femme capable d’incarner un rôle qui, s’il est au départ une mascarade, pourrait devenir un véritable trône.
Émmerencia Ella... Ce nom, déjà, a une certaine noblesse. Et ce regard, cette manière de parler sans se courber, de poser des limites tout en avançant avec ambition... C’est exactement ce que je cherchais. Peut-être même plus que ce que j’espérais.
Je l’observe discrètement pendant que la voiture file vers la prochaine étape. Elle regarde par la vitre, mais je vois bien qu’elle est en alerte. Elle calcule. Elle ne joue pas seulement un rôle. Elle s’adapte, elle projette. C’est ce genre de personne qui pourrait survivre à une guerre politique.
_ L'argent n'est pas un problème, ai-je répondu lorsqu'elle a mentionné son salaire. Mais, au-delà de la transaction, il y a des règles à poser. Des bases. Cette histoire de faux mariage doit avoir un plan solide.
Je l'ai regardée en biais, le ton plus grave :
— Tu ne te demandes pas comment cette relation va fonctionner ? Ce que cela implique vraiment ?
Elle a tourné la tête vers moi, ses yeux pleins de cette étincelle que je commence à reconnaître chez elle : prudente mais courageuse.
— Dites-moi ce qu’il y a lieu de faire. Je suis à vos services.
À mes services... Ce mot me pique doucement. J’aurais préféré « je suis votre égale dans ce jeu », mais je prends ce qu’elle offre pour le moment. Elle joue la carte de la docilité, mais je sens que ce n’est qu’une apparence. Une stratégie. Et j’admire ça.
— Ça sera simple. Partout où je serai, tu m’accompagneras. Dîners politiques, interviews, campagnes sur le terrain… Tu devras afficher un sourire parfait, soutenir mes discours, donner l’image d’un couple soudé. Tu seras regardée, analysée, jugée.
— Ok, ça marche, a-t-elle répondu.
Aucune hésitation. Cette fille sait encaisser les enjeux sans trembler. J’ai sorti mon stylo, prêt à signer le premier chèque de sa prime, preuve que je respecte l’accord.
Mais, soudain, sa main se posa doucement sur mon bras.
— Monsieur Vidya, attendez une seconde. J’ai une petite préoccupation.
Elle regarde brièvement vers le chauffeur, comme pour s’assurer que personne ne s’en mêle. Sa voix est posée, mais je devine une tension dans son dos droit, dans la manière dont ses doigts se croisent.
— Quelle est votre préoccupation, Mlle Ella ? ai-je demandé calmement.
— Vous n’avez rien dit concernant... nos chambres. Allons-nous partager la même chambre, comme des couples normaux ?
Voilà une question intéressante. Directe, risquée, mais terriblement pertinente. Elle ne me laisse pas de marge de flou.
Je range doucement mon stylo, m’adosse au dossier. Je pourrais lui répondre honnêtement, ou mentir pour l’amadouer. Mais je préfère jouer à mon jeu favori : le miroir.
— Serions-nous un couple normal, selon vous ? lui ai-je retourné.
Elle fronce légèrement les sourcils. Elle s’attendait à une réponse claire. Mais non, elle reçoit une question. Un test. Je veux savoir ce qu’elle projette vraiment. Veut-elle une place réelle ? Ou n’est-elle là que pour le rôle, la façade, l’argent ?
Elle ne répond pas tout de suite. Elle baisse les yeux, cogite. Un long silence s’installe, et je le laisse s’installer. Ce silence me plaît. Il dit plus que cent mots.
Puis, d’un geste vif, elle se laisse tomber sur le dossier du canapé en cuir, le regard perdu au plafond de la voiture.
— Aucune réponse ? insisté-je doucement.
Elle ferme les yeux quelques secondes, comme pour remettre de l’ordre dans ses pensées.
— Je n’ai jamais pensé à ça, murmure-t-elle.
Enfin, une fissure dans l’armure. Une vérité. Je souris en silence. Voilà ce que je voulais : la faire sortir du rôle, même une seconde.
— Tenez, ai-je dit en signant le chèque et en le lui tendant.
Elle ne le prend pas immédiatement. Elle reste inclinée, comme hésitante, comme si le poids de ce simple papier représentait bien plus qu’un simple salaire. Une signature, c’est un pacte. Une corde invisible autour du cou.
Je dépose doucement le chèque sur ses genoux.
— C’est votre décision, Mlle Ella. Rien ne vous y oblige. Mais si vous prenez ce chèque, il ne s’agit plus d’un simple rôle.
Elle se redresse lentement, fixe le chèque, puis me fixe, moi.
— Je le prends, a-t-elle dit.
Et elle sourit. Un vrai sourire. Pas celui de la manipulation. Un sourire qui dit « je suis prête ».
Je tends la main, cette fois pour sceller un engagement réel.
— Alors, bienvenue dans l’arène, future Première Dame.
Elle attrape ma main sans hésiter, la serre, fermement.
Ce n’était plus un jeu. Le compte à rebours venait de commencer.