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1183 Words
Je longe lentement la lisière de la forêt, mes pas écrasant les feuilles mortes avec un bruit sourd, tandis que des sons inquiétants résonnent autour de moi. Les ombres semblent se mouvoir dans le vent, comme si elles cherchaient à m'engloutir. Chaque craquement des branches, chaque souffle de vent me glace le sang. C'est comme si je marchais à travers un cauchemar, un rêve dont je ne peux m’échapper. Comment suis-je encore en vie après la morsure de ce vampire ? Je devrais être morte, et pourtant, je suis là, perdue dans cette folie sans fin. Les bruits sont de plus en plus intenses. Je peux entendre les pas d’insectes invisibles, la danse silencieuse de leurs pattes sur la terre humide. Le vent, capricieux, soulève des grains de poussière, chaque particule semble me murmurer des secrets. Des bruits insignifiants deviennent des cloches stridentes dans mon esprit : le frémissement d'une branche, l'écho d'un animal qui se faufile furtivement dans les sous-bois. Plus j’avance, plus les sons se multiplient, m’emplissant de confusion. Chaque petite vibration me frappe comme un coup de marteau, mon esprit est sur le point de craquer sous cette surcharge. Je finis par atteindre un village, une petite silhouette sombre dans la nuit naissante. L’obscurité m’envahit presque aussitôt, le ciel est lourd, une brume fine s'élève du sol. Je serre mes bras autour de moi, comme pour me protéger d’une menace invisible. Je devrais chercher de l’aide, mais une voix intérieure me hurle de garder le silence. Ne parle de rien, surtout pas de ce qui s'est passé. Je ne veux pas devenir l'objet d'une enquête, je refuse d'être une curiosité, un simple sujet d'étude. Et encore moins une bête de foire, exposée aux regards avides. Mes pas résonnent sur les pavés, brisés et usés, sous les fenêtres obscures des maisons en bois, qui semblent se pencher vers moi comme des témoins silencieux. Je réalise que je suis encore sur les terres des sorciers, bien loin du palais. La pensée me traverse qu’il est peut-être préférable de ne pas être reconnue. Heureusement, mes habits modestes et ma tenue discrète ne trahissent en rien ma véritable identité. Mes cheveux, roux comme le feu, et mes yeux, loin de la couleur dorée que l’on attend de la royauté, me cachent aux yeux des autres. Ma famille m’a toujours dissimulée dans l'ombre, m’effaçant aux yeux du monde par honte, de sorte qu’aucune âme ici ne pourrait deviner que je fais partie de la lignée royale. Je suis un secret bien gardé. Enfin, je me tiens devant une taverne. Après tout ce que j’ai traversé, je ressens le besoin urgent de me délester de cette tension, de m'enivrer d'un instant de répit. La porte grince en s’ouvrant, et je pénètre dans l’atmosphère chaude et enfumée du lieu. L’air est lourd, chargé de l’odeur de bois vieux et de sueur, et une lumière vacillante s'échappe des chandelles fixées aux murs. L’endroit est bruyant, une foule hétéroclite de paysans, de voyageurs et de soldats se presse autour des tables, leurs voix formant un brouhaha incessant. Des éclats de rire, des discussions enflammées, et les tintements des chopes remplissent l’air. Le sol est collant sous mes bottes, usé par des années d’alcool et de pas pesants. Les murs, eux, semblent déborder de récits et de secrets, portant les marques de nombreuses vies passées ici. Je m'assois à une table dans un coin sombre, loin des regards curieux. À peine ai-je posé mes mains sur le bois rugueux qu'une femme s'approche. Son regard est fatigué, mais professionnel. Elle me demande ce que je souhaite boire. J'hésite un instant, puis, dans le besoin d’oublier, je lui réponds d'une voix basse : « Une bière. » Une voix grave et moqueuse me tire brusquement de mes pensées. « Eh bien, voilà un joli visage qui nous rejoint… Tu ne voudrais pas passer la soirée ailleurs, petite chatte ? » Je relève les yeux et découvre un homme grand, excessivement maigre. Ses vêtements d’aristocrate semblent ne pas avoir été portés depuis des années, froissés et sales, et son visage marqué par la négligence. Ses dents jaunes sont une preuve flagrante de sa malpropreté. J’en suis sûre, il a volé ces habits. À ce moment-là, la serveuse dépose ma bière sur la table et s’éloigne sans un regard, totalement indifférente à ce qui se passe. Je prends une gorgée de ma bière avant de répondre, ma voix glacée. « Pas question. » Il plisse les yeux, intrigué par mon refus, puis approche un peu plus. Ses mains se posent sur la table avec une lenteur insupportable, tandis qu’il s’incline vers moi. La puanteur de son haleine me fait frissonner. « Écoute, jolie demoiselle, j’ai de l’argent. Je peux te donner une belle somme et, en échange, tu me montreras ce que ça fait de s’amuser avec une rousse. » Je retiens mon souffle, me repliant dans mon fauteuil, autant pour éviter son haleine que pour repousser cette offre indécente. « Comme je l’ai déjà dit, ce sera non. Laisse-moi tranquille. » Il ne recule pas, ses lèvres s’étirent en un sourire carnassier, ses yeux brûlant d'une lueur arrogante. « Ah, mais tu ne comprends pas, hein ? Si tu veux quelque chose de plus que cette misérable bière, tu dois accepter ce que je te propose. Je suis un homme de ressources, et je peux te donner bien plus que ce que tu penses. » Je me redresse, ma main se posant fermement sur le bord de la table, sentant ma colère monter. « Je t’ai déjà dit NON. Ce n’est pas une question d’argent. Je ne suis pas à vendre. » Il rit, un rire rauque, moche. « On verra bien, ma jolie, tout le monde a un prix. » Je le fixe, déterminée. « Pas moi. » Ses yeux se rétrécissent, la menace s’installe dans son regard. Il avance un peu plus, menaçant. « Alors, tu veux vraiment me provoquer, hein ? Tu vas voir ce que ça coûte de rejeter un homme comme moi. » Il serre les dents, les poings se fermant lentement. Puis, avant qu’il n'ait le temps de réagir davantage, une voix profonde et autoritaire résonne, brisant la tension. « Ne vois-tu pas qu’elle t’a demandé de la laisser tranquille ? » Un homme d’une carrure imposante se dresse à l’entrée de notre échange, sa voix ferme mais dénuée de chaleur, comme un avertissement silencieux. L’individu malpropre tourne brusquement la tête, visiblement déstabilisé par l'interruption. « Eh bien, qui voilà ? Un autre chien qui se prend pour un héros. » L'homme le regarde d’un air calme, mais son regard est lourd de menace. « Laisse la jeune femme tranquille. Elle t’a dit non. » Le malpropre hésite un instant, puis, après un dernier regard mauvais, il se redresse et se détourne, tout en marmonnant des menaces à peine audibles. Je laisse échapper un soupir de soulagement, sentant la tension se dissiper. L’homme au regard perçant se tourne vers moi, un léger sourire en coin. « Je suppose que c’est un merci que je mérite ? »
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