Un : Leurs présence autour de moi [2]

2311 Words
Ɛ∂σѕαη  - Bouge de là toi ! Je sursaute et lève les yeux vers un démon d’Eremis qui me toise durement. - p****n, pourquoi je suis passé par ici... Je marmonne dans ma barbe imaginaire, retraçant inutilement la route, bien plus large et animée, qui fait malgré tout un sacré détour de plus de vingt minutes pour arriver au bar. En plus je suis vanné, et faisant le grand tour, je serais passé devant mon bâtiment, exactement comme la veille, m’invitant à finalement rentrer... Tranquillement et sans problème ! Mais il a fallu que je déboule par là, juste parce que c’est la voie la plus rapide pour regagner le bar où travaille Alys, et où on se rejoint généralement avec mes amis. Meilleure idée de ma vie ! Le passage est étroit et tout le monde vient pisser sur les murs en sortant fumer, me donnant envie de grimacer à chaque souffle tant l’odeur est forte tout autour de moi. - Je te laisse passer, y a pas de soucis ! J’ai pas l’intention de te chercher de la merde. Je me montre magnanime, saluant même la masse de muscle. Mais effectivement, aujourd’hui rien ne va... Le démon s’arrête devant moi, le sourire colérique qui me fixe semble bien décidé à passer ses nerfs sur moi. Apparemment lui non plus n’a pas passé une bonne journée ! Il n’a pas le droit de me faire du mal, techniquement, mais c’est aussi la loi du plus fort et sa parole contre la mienne. Au pire il se risque à quoi ? Une tape sur les doigts et quelques semaines au bagne, mais en attendant c’est moi qui serais amoché et j’ai bien l’impression qu’il vient de faire le même cheminement que moi ! Son regard rouge sombre s’anime d’une lueur furieuse, typique de sa race et il crache par terre, jouant ses muscles qui roulent sous sa peau cinabre pour m’impressionner. Je pourrais l’être ! L’Eremis est bien plus grand que moi et il est certain que sa force est réelle. Il m’écraserait sans mal s’il le souhaitait... Mais je suis Edosan justement, le traitre ou l’espion en fonction des avis, le fils du chef des Rebelles, et tout le monde ici me connaissent et ils sont bien loin de m’apprécier... Il n’est pas le premier à vouloir me plier ! C’est comme ça depuis que je me suis barré ! Le jour où mon paternel est sympathiquement venu m’annoncer la date de mes futures noces tout en me tendant une plaquette de médoc pour me faire b****r, j’ai tout abandonné. Il fallait que je féconde Agathe, cette horreur qui m’a été promise depuis tout petit, et comme pour tout le reste, je n’avais surement pas mon mot à dire ! Nos visites conjugales obligatoires étaient des désastres et mon daron le savait, elle ne se privait pas de tout lui balancer, ne pouvant dignement accepter que je perdure mou face à ses déshabillés... Alors le gars en colère qui me toise peut s’y essayer, je suis habitué à n’être “rien” aux yeux d’autrui. Qu’il me voie comme un vulgaire espion ou encore la s****e des démons, ça ne change rien, de la même manière que les autres il ne cherchera pas plus loin ! Pourtant il modifie bien vite sa conduite, se redressant d’un air mauvais, crachant une fois de plus alors qu’il se pousse clairement pour me céder le passage. Je ne comprends pas sa soudaine attitude et je n’ai aucune attention de passer devant lui comme un abruti, mais une main chaude s’abat sur mon épaule et je sursaute violemment, le coeur explosant dans ma poitrine. - Qu’est-ce que tu fous ? - Mika... Félix ? Force est de constater que mes deux amis arrivent à point nommés ! La Bastida, la maison des Régent de la Cité, où Mika vit et Félix travaille, et d’où ils viennent, se trouve bien plus loin, mais du même côté. Il est assez logique qu’ils passent par ici, eux n’ont pas de raison de craindre une quelconque confrontation. Mais j’ai deux heures de retard, ils devraient déjà être attablés depuis longtemps... - On t’a cherché ! Tu crois vraiment que... Mika n’a pas paru se rendre compte de la situation avec l’autre démon d’Eremis, mais il sent facilement sous ses doigts que mon corps est tendu. D’un coup, alors qu’il me houspillait comme à l’accoutumée, son attitude change radicalement. Ses sourcils se froncent, abimant presque son beau visage diaphane d’une moue dangereuse. Une beauté froide se dégage de lui ce qui m’a toujours semblé complètement fou tant il m’apparaît brulant ! Pourtant sa peau paraît manque de mélanine, presque blafarde, même si je trouve que ça lui va diablement bien. Toute cette pâleur donne justement un certain éclat à sa chevelure mi-longue d’un noir bleuté fascinant et il m’est bien souvent agréable d’y glisser les doigts, prenant l’excuse d’une mèche rebelle ou simplement pour l’inviter à l’un de nos jeux que l’on dit innocents. Et autant il pourrait sans doute charmer la mauvaise humeur du connard qui se dresse devant moi si l’envie lui en prend, autant le Nymphal n’arrive pas à faire vivre les invitations sucrées qui semblent bien souvent s’échapper de ses prunelles lorsqu’il souhaite amadouer. Sa colère est trop pesante, ses hormones furieuses qui me donnent presque la nausée s’éclipsant de lui. Mais quand bien même que Mika paraîtrait vouloir le cuire sur place, ce n’est pas sa présence qui a dissuadé l’Eremis, mais bien celle de l’autre homme... Il est franchement rare qu’un simple être humain choisisse et surtout fasse des étincelles dans cette voie. Les Démons sont physiquement plus fort que nous, sans parler de magie ! Alors dans la Bastide, tous connaissent Félix et ses larges épaules, membre de la garde du Régent en personne et l’homme capable de tenir tête au puissant Démon qui l’amorce de front tout en étant assez rapide et stratège pour s’approcher des lanceurs de sorts ! C’est bien parce qu’il se tient juste derrière Mika, croisant les bras tandis qu’il bombe le torse, imbriquant ses yeux bleus oasis vers son possible adversaire pour le faire ployer que l’autre recule d’un pas hésitant. - Y a un problème Ducon ? La voix de Mika claque, insupportablement hautaine. Elle fait toujours lever un sourcil, donnant complètement envie de lui faire fermer son maudit clapet ! Mais le Nymphal ne se la tait jamais, plus bas que terre et huée, il conserverait toujours cette prestance incassable et son sourire narquois ! Lui qui a grandi dans l’ombre de Miel, son grand frère et actuel Régent de sa race, a effectivement constamment été protégé et choyé. Et il est évident qu’on le pense foutrement inconscient, prêt à se planquer derrière son frangin pour le sortir de galère. Pourtant son ainé n’habite pas ici et c’est bien pour cette raison qu’il y vit ! Cette suffisance ne lui vient absolument pas de cette certitude d’être couvert, il n’y a juste rien qui ne puisse écorcher sa carapace blindée ! - Mika... - Quoi ? C’est lui qui a cherché Edo non ? Félix soupire, pas réellement surpris. Quoiqu’il en dise et malgré toutes ses piques, le plus petit est terriblement protecteur envers ses proches, et j’ai conscience d’avoir de la chance d’en faire partie. Moi qui n’ai jamais connu cela, serein parce qu’ils sont là ! Leur présence m’apaise ! Le noeud serré qui me nouait l’estomac se relâche et ma main frôle celle du démon, attirant sur moi son regard enjôleur. - T’es venu me sauver ? Je murmure d’une voix suave tandis que mon nez plonge dans son cou pour m’embaumer de ses phéromones. Il pourrait très bien les contrôler et choisir celle qu’il libère, mais mon ami n’a pas cette patience et laisse bien souvent ses émotions se lire avec elle ! Donc juste là, elles sentent presque la rizsser*, et j’ai la bienheureuse sensation de sentir ma lourde fatigue s’envoler, ne me cédant que légèrement vaseux d’une semaine mouvementée. Aussitôt aussi, son air ronchon s’évade et il dégage un peu plus l’accès à sa nuque pour me laisser de la place. - Je viendrais toujours pour ton joli cul trésor ! - Ne me donne pas d’espoir s’il te plait, tu sais que je ne te résiste pas... Il ricane, appréciant constamment quand je lui narre ses exploits et son bassin ondule doucement contre moi. J’aime lorsqu’il fait ça, sentant l’une de ses mains se glisser juste au-dessus de mes fesses pour rester décente, bien que je doute férocement qu’il en connaisse la définition. On sait parfaitement que notre drôle de relation en étonne plus d’un et de toute façon, pour ce que ça vaut, on s’en fout complètement ! Je chéris son odeur ou ses doigts sur moi ou voir au coin de ses lèvres la grimace insolente qui insupporte les tierces personnes. - Bon ! Avancez au lieu de faire les cons, les autres nous attendent ! Félix s’agace faussement, encore qu’il se rapproche indéniablement de nous pour se montrer toujours plus protecteur face à l’Eremis qui se tient à bonne distance, hésitant à se décaler un peu plus bien que l’effluve de pisse qui imbibe les murs le dissuade de le faire. Il est certain qu’il regrette de ne pas avoir simplement repris sa route et qu’il a hâte de partir de là ! Mais sa fierté démoniaque l’empêche sans doute de faire demi-tour, quand bien même on ne refait plus la réputation du Garde. Et justement Félix semble en jouer, s’approchant diamétralement de son côté pour sans cesse le forcer à reculer. Cependant sa destination reste la même, et il s’arrête lorsqu’il arrive tout contre nous. Son regard d’azur croise le mien et il m’offre un sourire doux qui contribue complètement à me détendre. - Ah... Vous l’avez trouvé ? Et moi qui sentais déjà toute ma fatigue être absorbé par tous les ressentis enivrant que mes deux amis arrivent toujours à faire naître en moi, cette voix m’essouffle, me laissant trembler tout entier. Je me retourne vivement et tombe alors sur Daldrei, le Régent fraichement revenu d’une convergence entre chefs de race ! - Dal ! Tu... Mais les mots ne sortent pas, happer par mon impatience, mais ce n’est pas grave... Je me dégage surtout de l’étreinte si douce de Mika pour directement lui foncer dessus. Le Démon d’Amarel est terriblement grand et n’a aucun mal à me réceptionner, me cédant de grimper comme un enfant trop heureux pour m’accrocher à son cou. Mes jambes s’encerclent sur ses hanches et l’enferme contre moi, jubilant d’enfin le revoir... Sans demander mon reste, ma bouche se colle à la sienne, me faisant presque ronronner quand ses bras se resserrent autour de moi, me laissant voir qu’il est sincèrement bouillant de me retrouver. Je rêve complètement de m’abandonner à mon fantasme, d’aller chercher sa langue pour la faire mienne ! Il est certain qu’il le sait, mais comme tout le reste, on se contente de notre amitié, touchant du bout des doigts la limite à ne pas dépasser. - Je devrais partir moi également si c’est pour avoir cette réaction... boude Mika derrière - Mi... Lui qui déteste se sentir délaissé, ne résiste jamais lorsque je l’incite ainsi ! Je me défais à regret de l’étreinte ténébreuse du régent, l’appelant alors que je lui ouvre les bras tout en restant coller contre Dal. Et le Nymphal ne perd rien pour venir s’y ficher, lançant une oeillade vers Félix pour lui aussi le réclamer... Et c’est juste comme ça qu’on se rejoint tous les quatre, les uns contre les autres, pour réellement se retrouver un court moment simultanément avant de devoir reprendre nos distances. Je déteste ce sentiment à la con... Je le sais pourtant, je ne dois pas ! Que ce soit du regard étincelant de Mika, de la chaleur obsédante de Félix ou de l’aura réconfortante de Daldrei, ou de la force de tout ça, je ne peux pas ! néanmoins je le sais, il n’y a que dans ce genre d’éclipse bien trop brève où nous sommes tous les quatre ensemble, nous accordant une étreinte l’espace d’un instant, que je me sens véritablement complet. Bien trop peu souvent, presque en secret, une accolade qui sonne comme un retour au foyer... Mais il y a aussi une tonne de raison qui nous retient tous, et bien trop vite alors le froid se fait sur mes bras. Une fois encore, on s’est éloigné... Ceci semble douloureux pour tout le monde et chacun se freine comme il le peut. Il n’est plus question de jeu ou de fantasme, il y a une chose qui ne demande qu’à s’inventer entre nous et qu’on ne peut pas laisser fleurir. - Tiens, il est parti. Le timbre du Nymphal est plat, presque éteint. Et pratiquement mine de rien, il emboite le pas pour reprendre enfin notre route, comme si notre petite pause n’avait pas existé. Rien n’y trompe, il reste droit, quand bien même ses phéromones se sont froissées dès l’instant où nous nous sommes éloignés les uns des autres. Il ne nous regarde pas pour sa dignité et en silence, nous la lui laissons, le suivant finalement sans rien dire. De toute façon il n’y a rien à ajouter ! Chacun de nous avons des raisons d’accepter ou de refuser, mais bien qu’on se sait stupide, on continue de jouer ! ☆:*‘¨’*:.☆(¯‘*•.¸,¤°’ ‘°¤,¸.•*‘¯)☆:*‘¨’**:.☆ Prochain chapitre : Ce qui ne s'est jamais produit auparavant [1] ☆:*‘¨’*:.☆(¯‘*•.¸,¤°’ ‘°¤,¸.•*‘¯)☆:*‘¨’**:.☆
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