CHAPITRE V.-2

2933 Words
« Un siège au père, » dit don Rodrigo. Un domestique présenta une chaise sur laquelle s’assit le père Cristoforo en faisant quelques excuses au seigneur du lieu d’être venu à une heure inopportune. « Je désirerais vous parler seul à seul, mais à votre loisir et sans vous déranger, pour une affaire importante, ajouta-t-il ensuite d’une voix plus basse et à l’oreille de don Rodrigo. — Bien, bien, nous parlerons, répondit celui-ci ; mais, en attendant, qu’on apporte à boire au père. » Le père voulait s’en défendre ; mais don Rodrigo, élevant la voix au milieu du tapage, qui avait recommencé, s’écria : « Non, parbleu ! vous ne me ferez pas cette injure ; il ne sera pas dit qu’un capucin sorte de cette maison sans avoir goûté de mon vin, pas plus qu’un créancier insolent sans avoir tâté du bois de mes forêts. » Ces paroles excitèrent un rire général et interrompirent pour un moment la question qui s’agitait chaudement parmi les convives. Un domestique portant sur un plateau une bouteille de vin et un long verre en forme de calice, le présenta au père, lequel, ne voulant pas résister à une invitation si pressante de l’homme qu’il avait tant d’intérêt à se rendre favorable, n’hésita pas à laisser remplir le verre, et se mit à boire lentement. « L’autorité du Tasse ne sert de rien à votre affaire, mon très-honoré podestat ; elle est même contre vous, recommença à crier le comte Attilio ; car cet homme érudit, ce grand homme, qui savait sur le bout des doigt toutes les règles de la chevalerie, a voulu que le messager d’Argant, avant de proposer le défi aux chevaliers chrétiens, en demandât la permission au pieux Bouillon… — Mais ce n’est là, répliqua le podestat ne criant pas moins fort, ce n’est là qu’une chose de surabondance, de pure surabondance, un ornement poétique, puisque le messager est de sa nature inviolable par le droit des gens, jure gentium ; et sans aller chercher si loin, le proverbe même le dit : ambassadeur ne porte peine. Et les proverbes, Monsieur le comte, sont la sagesse du genre humain. Et le messager n’ayant rien dit en son propre nom, mais ayant seulement présenté le défi par écrit… — Mais quand voudrez-vous donc comprendre que ce messager était un sot impertinent qui ne connaissait pas les premières…? — Une proposition, Messieurs, si vous le trouvez bon, interrompit don Rodrigo qui n’aurait pas voulu que la discussion allât trop loin ; remettons-nous en au père Cristoforo, et qu’on s’en tienne à son jugement. — Bien, fort bien, dit le comte Attilio auquel il parut très-sensé de faire décider une question de chevalerie par un capucin, tandis que le podestat, plus échauffé dans la dispute, s’apaisait difficilement et avec une certaine expression de physionomie qui semblait dire : Voilà de l’enfantillage. — Mais d’après ce qu’il me semble avoir compris, dit le père, ce ne sont pas choses en quoi je doive me connaître. — Excuses ordinaires de la modestie de ces pères, dit don Rodrigo ; mais vous ne m’échapperez pas. Eh ! allons donc ! nous savons bien que vous n’êtes pas venu au monde avec le capuce en tête, et qu’il vous a connu, le monde. Allons, allons, voici la question. — Le fait est celui-ci, commençait à crier le comte Attilio. — Laissez-moi parler, cousin, moi qui suis neutre, reprit don Rodrigo. Voici l’histoire. Un chevalier espagnol envoie un défi à un chevalier milanais ; le porteur, ne trouvant pas chez lui le chevalier provoqué, remet le cartel à un frère de celui-ci ; ce frère lit le défi, et pour réponse donne des coups de bâton au porteur. Il s’agit… — Bien donnés, bien appliqués, cria le comte Attilio. Ce fut une véritable inspiration. — Du démon, ajouta le podestat. Battre un ambassadeur ! Une personne sacrée. Vous allez me dire, père, si c’est là une action de chevalier. — Oui, Monsieur, de chevalier, cria le comte ; et je puis sans doute le dire, moi qui dois me connaître en ce qui convient à un chevalier. Oh ! si ç’avaient été des coups de poing, ce serait une autre affaire ; mais le bâton ne salit les mains de personne. Ce que je ne puis comprendre, c’est que vous preniez tant d’intérêt aux épaules d’un manant. — Qui vous parle d’épaules, Monsieur le comte ? Vous me faites dire des sottises qui ne m’ont jamais passé par l’esprit. J’ai parlé du caractère, et non des épaules. Je parle surtout du droit des gens. Dites-moi un peu, de grâce, si les féciaux, que les anciens Romains envoyaient intimer le défi aux autres peuples, demandaient la permission d’exposer le sujet de leur ambassade ; et trouvez-moi un écrivain qui rapporte que jamais un fécial ait été bâtonné. — Qu’ont de commun avec nous les officiers des anciens Romains, gens qui faisaient les choses sans façon, et qui étaient arriérés on ne peut plus en ces sortes de matières ? Mais, selon les lois de la chevalerie moderne, qui est la vraie, je dis et je soutiens qu’un messager qui ose mettre un défi dans les mains d’un chevalier sans lui en avoir demandé la permission, est un insolent, violable, très-violable ; bâtonnable, très-bâtonnable… — Répondez un peu à ce syllogisme. — Bah ! bah ! bah ! — Mais écoutez, mais écoutez, mais écoutez. Frapper un homme désarmé est un acte déloyal ; atqui le messager de quo était sans armes ; ergo… — Doucement, doucement, seigneur podestat. — Comment, doucement ? — Doucement, vous dis-je ; que venez-vous me conter là ? C’est un acte déloyal de frapper un homme d’un coup d’épée par derrière, ou de lui tirer un coup de fusil dans le dos ; et pour cela même cependant il peut y avoir certains cas… Mais restons dans la question. J’accorde que généralement cela peut s’appeler un acte déloyal ; mais appliquer quatre coups de bâton à un drôle ! Il ferait beau voir qu’on fût tenu de lui dire : Garde à toi, je vais te bâtonner ; comme on dirait à un galant homme, l’épée à la main. — Et vous, très-honoré docteur, au lieu de me sourire pour me faire entendre que vous êtes de mon avis, que ne me soutenez-vous plutôt de votre bonne voix pour m’aider à convaincre ce monsieur ? — Moi, répondit le docteur un peu confus, je jouis de ce docte débat ; et je sais gré à l’heureux incident qui a fourni l’occasion d’une guerre d’esprit si gracieuse. D’ailleurs, ce n’est pas à moi qu’il appartient de donner un jugement ; son illustrissime seigneurie a déjà délégué un juge… le père que voilà… — C’est vrai, dit don Rodrigo, mais comment voulez-vous que le juge parle, quand les plaideurs ne veulent pas se taire ? — Me voilà muet, » dit le comte Attilio. Le podestat serra les lèvres et leva la main, comme pour faire acte de résignation. « Ah ! béni soit Dieu ! À vous, père, dit don Rodrigo avec un sérieux à demi goguenard. — J’ai déjà présenté mes excuses en disant que je ne m’y connais pas, répondit frère Cristoforo en rendant le verre à un domestique. — Maigres excuses, crièrent les deux cousins, nous voulons la sentence. — En ce cas, reprit le religieux, mon faible avis serait qu’il n’y eût ni défis, ni messagers, ni bastonnades. » Les convives se regardèrent l’un l’autre d’un air d’étonnement. « Oh ! celle-ci est forte ! dit le comte Attilio. Je vous en demande bien pardon, père, mais elle est forte. On voit que vous ne connaissez pas le monde. — Lui ? dit don Rodrigo, vous voulez me le faire répéter ; il le connaît, mon cher cousin, tout autant que vous, n’est-ce pas vrai, père ? Dites, dites, si vous n’avez pas fait vos caravanes ? Au lieu de répondre à cette bienveillante demande, le père se dit tout bas un petit mot à lui-même : — Ceci vient à ton adresse ; mais n’oublie pas, père, que tu n’es pas ici pour toi, et que tout ce qui ne regarde que toi n’entre pas dans le compte. « Cela peut être, dit le cousin ; mais le père… comment se nomme le père ? — Père Cristoforo, répondit plus d’une voix. — Mais, très-révérend père Cristoforo, avec de telles maximes vous voudriez mettre le monde sens dessus dessous. Sans défis ! sans coups de bâton ! Adieu le point d’honneur ; impunité pour tous les gredins. Heureusement que le fait supposé est impossible. — À vous, docteur, dit promptement don Rodrigo, qui voulait toujours plus empêcher la dispute de continuer entre les deux premiers contendants, à vous qui, pour donner raison à tout le monde, êtes l’homme qu’il faut. Voyons un peu comment vous ferez pour donner ici raison au père Cristoforo. — En vérité, répondit le docteur en tenant sa fourchette élevée en l’air et en se tournant vers le père, en vérité, je ne puis comprendre comment le père Cristoforo, en qui l’on trouve tout à la fois le parfait religieux et l’homme du monde, n’a pas songé que sa sentence, bonne, excellente et de juste poids en chaire, ne vaut rien, soit dit sauf le respect qui lui est dû, dans une controverse en matière de chevalerie. Mais le père sait mieux que moi que toute chose est bonne à sa place ; et je crois que cette fois il a voulu se tirer par une plaisanterie de l’embarras de prononcer une sentence. » Que pouvait-on répondre à des raisonnements déduits d’une science si ancienne et toujours nouvelle ? Rien, et c’est ce que fit notre religieux. Mais don Rodrigo, en voulant mettre fin à cette discussion, en suscita une autre. « À propos, dit-il, j’ai entendu dire qu’il courait à Milan des bruits d’accommodements. » Le lecteur sait que, dans cette année même, on combattait pour la succession au duché de Mantoue dont, à la mort de Vincent Gonzalve qui n’avait pas laissé de postérité légitime, était entré en possession le duc de Nevers, son parent le plus proche. Louis XIII, ou soit le cardinal de Richelieu, soutenait ce prince qu’il affectionnait et qui était naturalisé Français : Philippe IV, ou soit le comte d’Olivarès, communément appelé le comte-duc, ne le voulait pas là, pour les mêmes raisons, et lui avait déclaré la guerre. Comme ensuite ce duché était un fief de l’empire, les deux parties agissaient par des manœuvres secrètes, par les instances, par les menaces, auprès de l’empereur Ferdinand II, la première pour qu’il accordât l’investiture au nouveau duc, la seconde pour qu’il la lui refusât et qu’il aidât même à le chasser de cet État. « Je ne suis pas éloigné de croire, dit le comte Attilio, que les choses puissent s’arranger. J’ai certains indices… — N’en croyez rien, monsieur le comte, n’en croyez rien, interrompit le podestat. Je suis à même, moi, dans ce petit coin, de savoir ce qui se passe, parce que monsieur le commandant espagnol du château, qui m’accorde quelque bienveillance, et qui, étant fils d’un familier du comte-duc, est informé de toutes choses… — Je vous dis que je suis tous les jours à portée de voir à Milan de bien autres personnages ; et je sais de bon lieu que le pape, qui attache un très-grand intérêt à la paix, a fait des propositions… — Cela doit être ; la chose est dans les règles ; Sa Sainteté fait son devoir ; un pape doit toujours mettre la paix entre les princes chrétiens ; mais le comte-duc a sa politique, et… — Et, et, et ; savez-vous, mon cher monsieur, quelle est en ce moment la pensée de l’empereur ? Est-ce que vous croyez qu’il n’y a que Mantoue au monde ? Il y a bien des choses auxquelles il faut songer, mon cher monsieur. Savez-vous, par exemple, jusqu’à quel point l’empereur peut actuellement se fier à son prince de Valdistano ou de Val’istai, ou comme soit qu’on l’appelle, et si…? — Son véritable nom en langue allemande, interrompit encore le podestat, est Vagliensteino|15 |, comme je l’ai entendu prononcer plus d’une fois par monsieur notre commandant espagnol du château. Mais soyez bien tranquille, car… — Voulez-vous m’apprendre ? reprenait le comte ; mais don Rodrigo, lui fit signe de l’œil pour le prier, à sa considération, de cesser de contredire. Le comte se tut, et le podestat, comme un navire remis à flot après avoir touché un bas-fond, poursuivit à pleines voiles le cours de son éloquence. « Vagliensteino m’inquiète peu ; car le comte-duc a l’œil à tout et partout ; et si Vagliensteino veut faire le crâne, il saura bien, par la douceur ou par la force, l’obliger à marcher droit. Il a l’œil partout, dis-je, et le bras long ; et s’il s’est mis en tête, comme il se l’est mis en effet, et justement, en grand politique qu’il est, que le seigneur duc de Nevers ne prenne pas racine à Mantoue, le seigneur duc de Nevers n’y en prendra pas ; et le seigneur cardinal de Riciliou aura donné un coup d’épée dans l’eau. Il me fait vraiment rire, ce cher cardinal, qui veut venir s’attaquer à un comte-duc, à Olivarès. En vérité je voudrais renaître d’ici à deux cents ans pour voir ce que dira la postérité de cette jolie prétention. Ce n’est pas tout que d’être envieux ; il faut de la tête : et des têtes comme la tête du comte-duc, il n’y en a qu’une au monde. Le comte-duc, messieurs, poursuivit le podestat, toujours avec le vent en poupe et un peu surpris lui-même de ne plus rencontrer d’écueil, le comte-duc est un vieux renard, sauf respect, qui ferait perdre la piste à qui que ce soit ; et quand il fait mine d’aller à droite, on peut être sûr qu’il prendra la gauche : d’où il arrive que personne ne peut jamais se vanter de connaître ses desseins ; et ceux-là même qui doivent les mettre à exécution, ceux-là même qui écrivent ses dépêches, n’y comprennent rien. J’en puis parler avec quelque connaissance de cause ; parce que notre digne commandant du château veut bien me témoigner quelque confiance dans les entretiens que nous avons ensemble. Le comte-duc, au contraire, sait de point en point ce qui bout dans la marmite de toutes les autres cours ; et tous ces grands politiques, parmi lesquels, on ne peut le nier, il y en a de très-fins, ont à peine conçu un projet que le comte-duc l’a déjà deviné avec sa forte tête, avec ses voies cachées, avec ses fils tendus de toutes parts. Ce pauvre homme de cardinal de Riciliou tente par-ci, tâche par-là, sue à la peine, s’industrie ; et puis ? quand il est parvenu à creuser une mine, il trouvé la contre-mine déjà faite par le comte-duc… » Dieu sait quand le podestat aurait pris terre ; mais don Rodrigo, quand ce n’eût été que pour les marques d’impatience qui se lisaient sur la figure de son cousin, se tourna à l’improviste, comme par une soudaine inspiration, vers un domestique et lui fit signe d’apporter un certain flacon. « Seigneur podestat, et vous, messieurs, dit-il ensuite, une santé au comte-duc ; et vous me direz si le vin est digne du personnage. » Le podestat répondit par une inclination, dans laquelle se laissait voir un sentiment de reconnaissance particulière ; car il regardait tout ce qui se faisait ou se disait en l’honneur du comte-duc comme fait en partie pour lui-même. « Vive mille ans don Gasparo Guzman, comte d’Olivarès, duc de San-Lucar, grand-privato du roi don Philippe le Grand, notre seigneur ! » s’écria-t-il en élevant son verre. Privato, nous l’apprenons à ceux qui ne le sauraient pas, était le terme alors en usage pour désigner le favori d’un prince. « Qu’il vive mille ans ! » répondirent tous les autres. « Servez le père, dit don Rodrigo. — Veuillez m’excuser ; répondit le père : mais j’ai déjà fait une petite débauche, et je ne pourrais… — Comment ! dit don Rodrigo, il s’agit d’un toast au comte-duc. Voulez-vous donc faire croire que vous tenez pour les Navarrins ? » C’est le nom qu’on donnait alors, dans un sens ironique, aux Français, à cause des princes de Navarre qui avaient commencé, en la personne d’Henri IV, à régner sur eux. À une telle sorte d’instances, il fallut répondre en buvant. Tous les convives éclatèrent, à qui mieux mieux, en éloges du vin : tous, à l’exception du docteur qui, la tête en l’air, les yeux fixes, les lèvres serrées, exprimait ainsi beaucoup plus qu’il n’eût pu le faire par des paroles. « Hein ! qu’en dites-vous, docteur ? » demanda don Rodrigo. Tirant du verre un nez plus vermeil et plus luisant que le verre même et son contenu, le docteur répondit en appuyant avec emphase sur chaque syllabe : « Je dis, je déclare et je prononce que c’est l’Olivarès des vins ; censui et in eam ivi sententiam, qu’une liqueur semblable ne se trouve point dans les vingt-deux royaumes du roi notre seigneur, que Dieu veuille garder ; je décide et je proclame que les dîners de l’illustrissime seigneur don Rodrigo l’emportent sur les soupers d’Héliogabale, et que la disette est exilée et bannie à perpétuité de ce château où siège et règne le magnifique. — Bien dit ! bien décidé ! s’écrièrent unanimement les convives ; mais ce mot de disette, que le docteur avait jeté là par hasard, tourna subitement tous les esprits vers ce triste sujet, et tous parlèrent de la disette. Ici tous étaient d’accord, au moins quant au fond ; mais le vacarme était peut-être plus grand encore que s’il y avait eu dissidence. Tous parlaient à la fois. Il n’y a pas de disette, disait l’un, ce sont les accapareurs… — Et les boulangers, disait un autre, qui cachent les grains. Il faut les pendre. — C’est cela : les pendre, sans miséricorde. — De bons procès ! criait le podestat. — Bah ! des procès ! criait plus fort le comte Attilio : justice sommaire. En saisir trois, ou quatre, ou cinq, ou six de ceux que la voix publique désigne comme les plus riches et les plus chiens, et les pendre. — Des exemples ! des exemples ! sans exemples on ne fera jamais rien. — Les pendre ! les pendre ! et le blé surgira de toutes parts. » Celui qui, passant dans une foire, a été à même de goûter l’harmonie que fait une troupe de musiciens ambulants, lorsque, entre deux morceaux de leur musique, chacun accorde son instrument, en le faisant crier le plus qu’il peut afin d’en distinguer le son au milieu du bruit des autres, celui-là peut se figurer, comme chose toute semblable, le concert de ces discours, si tant est qu’on les puisse appeler de ce nom. Le fameux vin n’en allait pas moins se versant et se reversant ; et ses louanges venaient, comme de raison, s’entremêler aux sentences de jurisprudence économique, en sorte que les mots qui se faisaient entendre le plus haut et le plus souvent étaient : « Ambroisie » et « les pendre. » Don Rodrigo cependant jetait de temps en temps un coup d’œil sur le seul qui ne dît rien, et le voyait toujours là immobile, ne montrant ni hâte ni impatience, ne faisant aucun mouvement qui tendît à rappeler qu’il attendait, mais ayant l’air d’un homme qui ne voulait pas quitter la place sans avoir été écouté. Il l’aurait volontiers envoyé promener et se serait fort bien passé de ce colloque ; mais congédier un capucin sans lui avoir donné audience n’était pas selon les règles de sa politique. Ne pouvant donc échapper à cet ennui, il se détermina à l’affronter tout de suite et à s’en délivrer ; il se leva de table, et avec lui se leva de même la rubiconde compagnie, sans toutefois interrompre le tapage. En ayant demandé permission à ses hôtes, il s’approcha d’un air froidement poli du religieux qui s’était aussitôt levé avec les autres ; il lui dit : « Me voilà à vos ordres, » et le conduisit dans un autre salon.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD