Chapitre 9

1432 Words
Chapitre 9: Le Palais face au Monde Point de vue de Malia L’aube n’avait pas encore totalement chassé les ombres du jardin que le palais était déjà en effervescence. Ce matin-là, l’air semblait plus frais, chargé d’une promesse de liberté qui me faisait trembler les mains. Dans mon immense dressing, j'hésitais. Yunus m’avait offert des dizaines de tenues, mais je savais que chaque choix envoyait un message. J’optai pour un ensemble chic mais sobre : un pantalon à taille haute crème et un chemisier de soie bleu azur qui rappelait la couleur de mes yeux. Pas de bijoux ostentatoires, juste mon alliance et le saphir qui ne quittait plus mon doigt. Safi, elle, sautillait d’excitation dans son nouvel uniforme d’école privée. Elle ressemblait à une petite poupée avec ses tresses impeccables et son cartable brillant. — Malia, est-ce que les autres enfants vont m’aimer ? demandait-elle sans cesse. Je n'eus pas le temps de répondre. La porte s'ouvrit sur Yunus. Il était déjà prêt, imposant dans son costume sur mesure noir. Il dégageait une autorité naturelle qui semblait faire rétrécir les murs de la pièce. — Tout le monde est prêt ? La voiture attend. Point de vue de Yunus Je regardais Malia ajuster son sac. Elle était magnifique, d'une beauté pure qui me serrait le cœur. En acceptant qu'elle reprenne ses études, j'avais l'impression d'ouvrir la porte d'un coffre-fort contenant mon diamant le plus précieux. Ma jalousie était une bête tapie dans l'ombre, prête à bondir au moindre regard de travers d'un inconnu. J'avais organisé ce matin comme une opération militaire. Je voulais que le monde sache. Je voulais que chaque étudiant, chaque professeur, chaque parent d'élève comprenne que ces deux êtres m'appartenaient. — Safi, viens ici, dis-je en soulevant la petite. Aujourd'hui, tu commences ta nouvelle vie. Sois la meilleure, comme ta sœur. II. L'École de Safi : La Protection du Lion Point de vue de Malia La Range Rover blanche s'arrêta devant l'école internationale. C'était un établissement magnifique, réservé à l'élite. En descendant de voiture, Yunus ne se contenta pas de laisser Safi au portail. Il lui prit la main et nous guida jusqu'à la salle de classe. Les regards des autres parents — des diplomates, des riches commerçants — s'attardaient sur nous. Ils reconnaissaient Yunus. Ils murmuraient sur son passage. Je sentais la fierté de Safi grandir à chaque pas. Yunus s'accroupit devant elle, ignorant la poussière sur son pantalon coûteux. — Travaille bien, ma petite princesse. Si quelqu'un t'embête, tu le dis à ton maître, et ton grand-frère s'en occupera. Il l'embrassa sur le front. C'était une image puissante : l'homme d'affaires le plus redouté de la ville agissant comme un père dévoué. En quittant l'école, je vis Yunus glisser un mot à un homme en costume sombre posté près de l'entrée. Un garde du corps. Safi était en sécurité, mais elle était aussi sous surveillance. Point de vue de Malia Le trajet vers l'université se fit dans un silence tendu. Yunus tenait ma main, serrant mes doigts un peu trop fort. Quand nous arrivâmes devant le campus, mon cœur manqua un battement. Des centaines d'étudiants discutaient, riaient, portaient des sacs à dos. C'était la vie que j'avais failli ne jamais connaître. Yunus gara la voiture juste devant l'entrée principale, ignorant les panneaux d'interdiction. Il sortit et fit le tour pour m'ouvrir la portière, un geste de gentleman qui attira tous les regards. — Je viendrai te chercher à 16h pile, Malia. Pas une minute de plus. Ton chauffeur restera garé en face du bâtiment B. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu l'appelles. Il me prit le visage entre les mains, ignorant la foule qui nous entourait. — Étudie bien, mon doudou. Mais garde tes yeux sur tes livres, pas sur les garçons qui traînent ici. Ils n'ont rien à t'offrir que des ennuis. Moi, je t'offre le monde. Il m'embrassa avec une possession marquée, un b****r qui disait à tout le campus : « Elle est mienne. » Point de vue de Yunus La voir s'éloigner vers les bâtiments de l'université fut une torture. J'avais envie de la rappeler, de l'enfermer à nouveau dans le confort soyeux de notre chambre. Je voyais déjà les regards des jeunes hommes se poser sur sa silhouette, sur ses cheveux, sur ses yeux d'azur. J'appelai immédiatement mon chef de sécurité sur mon deuxième téléphone. — Elle est entrée. Je veux un rapport toutes les heures. Si un homme s'approche d'elle de trop près, je veux savoir qui il est dans les dix minutes. Et assurez-vous que le chauffeur ne la quitte pas du regard quand elle sort. Je savais que je passais pour un paranoïaque, mais Malia était ma rédemption. Je ne pouvais pas laisser le désordre du monde extérieur ternir sa pureté. IV. La Naissance d'une Amitié Point de vue de Malia Une fois à l'intérieur, je me sentis d'abord perdue. Les gens parlaient de cours d'économie, de statistiques, de soirées. Je me sentais comme une intruse avec mon alliance luxueuse et mon passé de fille pauvre. Dans l'amphithéâtre, je m'assis au milieu. Une jeune femme aux cheveux courts et au look rebelle s'assit à côté de moi. — Salut, moi c'est Leila. T'es nouvelle ? T'as l'air de sortir d'un magazine de mode. Je souris, intimidée. — Je m'appelle Malia. Oui, c'est mon premier jour. — Malia... joli nom. Dis donc, le gars qui t'a déposée en Range Rover, c'était qui ? Ton père ? Il a l'air super flippant mais carrément beau. Je sentis mes joues brûler. — C'est... c'est mon mari. Leila manqua de laisser tomber ses notes. — Ton mari ? Mais t'as quel âge ? T'es déjà mariée à un magnat ? Ma pauvre, tu dois vivre dans une cage dorée ! Nous avons discuté pendant toute la pause. Leila était drôle, libre, et elle ne semblait pas impressionnée par l'argent de Yunus. Pour la première fois de ma vie, j'avais une amie qui ne me jugeait pas par rapport à ma famille ou à ma pauvreté passée. Elle me raconta ses rêves de devenir directrice de banque. En l'écoutant, je sentis une étincelle s'allumer en moi. Je ne voulais pas seulement être "la femme de Yunus". Je voulais être Malia, la gestionnaire. Point de vue de Malia À 16h pile, la Range Rover était là. Je dis au revoir à Leila, qui me fit un clin d'œil en voyant le chauffeur m'ouvrir la porte. Dans la voiture, Yunus m'attendait, déjà assis à l'arrière. L'ambiance était lourde. — Alors ? demanda-t-il sans me regarder, les yeux fixés sur sa tablette. — C'était... instructif. J'ai pris beaucoup de notes. — Tu as parlé à des gens ? Je marquai une hésitation. Si je lui disais pour Leila, allait-il m'interdire de la revoir ? — Une fille, Leila. Elle est très sympathique. Elle m'a aidée à trouver la bibliothèque. Yunus se tourna vers moi. Son regard était froid, scrutateur. — Une fille seulement ? Aucun garçon n'a essayé de faire le "sympathique" avec toi ? — Non, Habibi. Je n'ai vu que mes professeurs. Point de vue de Yunus Elle mentait. Ou du moins, elle ne me disait pas tout. Mon équipe m'avait déjà envoyé une photo de Malia riant avec cette "Leila" sur les marches du campus. Mais ils m'avaient aussi signalé un groupe de garçons qui la regardaient avec insistance de loin. La colère montait en moi, mais je la contins. Je voulais qu'elle se sente libre, pour mieux la contrôler. — Tant mieux. Parce que j'ai horreur que l'on touche à mes affaires, Malia. Et tu es mon affaire la plus précieuse. Je la ramenai contre moi, l'embrassant avec une force qui lui fit pousser un petit gémissement. C'était ma façon de lui rappeler la réalité. Le campus était un rêve de quelques heures, mais ce palais, ce lit, et cet homme étaient sa seule véritable demeure. Le soir, après avoir aidé Safi avec ses premiers devoirs, je retrouvai Malia dans notre chambre. Elle étudiait ses cours, assise sur le lit. Elle était si sérieuse, si déterminée. Une partie de moi l'admirait, mais l'autre partie redoutait le jour où elle n'aurait plus besoin de moi pour comprendre le monde. Je m'approchai d'elle et refermai brusquement son livre. — C'est assez pour aujourd'hui, mon doudou. La reine a assez travaillé. Maintenant, c'est au tour du Roi de s'occuper d'elle. Dans l'obscurité de la chambre, Malia comprit que ses études auraient un prix : celui d'une dévotion encore plus totale à son mari une fois les portes du palais refermées.
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