Chapitre 5.

1933 Words
Ils se taisent tous. Sûrement ont-ils eu les informations qu'ils voulaient. Mon dieu j'ai l'impression d'avoir été décortiquée et qu'on a essayé de m'analyser. Je ne savais pas qu'il y avait de telles rumeurs sur Matthew et moi. J'en reste sans voix. Je continue de sourire tant que je suis encore et toujours sous les flashs des paparazzis. Ne veulent-ils pas me foutrent la paix ? Ils ont eu ce qu'ils voulaient non ? Ils ont pris un milliard de photos c'est suffisant je pense. Et puis merde en plus je ne suis même pas photogénique. Ça sera les gros titres de demain. "La petite française venue réaliser son rêve américain fait peur aux objectifs". Je déteste toutes ces singeries. Il n'y a rien de naturel là-dedans. On est obligé de jouer un rôle. Inconsciemment on s'y plie et on ne sait pas faire autrement. Est-ce que les fans le comprennent ça ? Non quand je l'étais moi aussi, je pensais que c'était une seconde nature pour eux de faire ça. Qu'ils étaient naturels quoiqu'il arrive mais je comprends que non, on ne peut pas l'être tant qu'on est observé et analysé dans nos moindres détails. Là je vois un fast food qui vend des hamburgers, eh bien c'est parfait, voilà ce qu'il me fallait. Je décide donc de prendre un gros hamburger, avec des frites et un soda. Un repas digne d'un américain. J'aurais bien aimé aller au restaurant français mais j'ai peur que ce ne soit pas aussi bon que ce qu'on fait sur place. Une fois finie je rentre chez moi et j'attends alors que le temps passe. Je lis et je regarde la télé. À 19 heures je décide d'appeler ma famille. -Coucou ma chérie ! Alors comment c'était ce concert hier ? -Bien bien, mais j'étais complètement crevée alors je suis allée dormir tôt. Matthew m'a raccompagné et puis comme j'ai le mal du pays on a regardé Notre dame de Paris. -Il est gentil ce Matt. Il s'occupe bien de toi. -Et vous, vous allez bien ? -Oui oui, sauf que tu nous manques un peu. Enfin c'est normal. Je vois mes deux parents face à moi, merci la technologie d'avoir au moins créer la cam. Même si voir la maison derrière eux et mon pays sans pouvoir y être, réveille en moi une nostalgie des plus profondes. -Rien de nouveau alors ? -Si ton cousin va être à nouveau papa, elle est enceinte ! -Oh c'est génial ça ! -C'est sûr ! -Tu vas bien Mégane ? Tu n'as pas l'air bien. Mon père prend la parole et je vois dans leurs yeux à tous les deux qu'ils s'inquiètent pour moi et qu'ils voient que je ne me sens pas trop bien. -Oui ne vous en faites pas. J'ai juste le mal du pays. J'espère que cette tournée va très vite s'achever. Il me tarde de prendre le premier vol en direction de la maison. -Tu sais ma chérie si ça ne va pas abandonne. Tu n'es peut-être pas faite pour cette vie. -Mais non, ce n'est qu'une question d'adaptation tu le sais bien. C'est ma première tournée laisse moi le temps. C'était pareil au début pour beaucoup moins que ça. Jongler entre mes deux maisons, c'est pas toujours facile. -Et la construction de ton chez toi en Californie c'est comment ? -Super ! Je serai à dix minutes de chez Matthew. -Tu sais ma chérie... fais attention. Tu sais qu'il est marié. -Hein ? -Je sais que tu l'aimes beaucoup, depuis que tu es toute petite, mais tu vois bien que... enfin il faut savoir saisir d'autres occasions sinon tu vas finir seule. -Je préfère ne pas relever c'est complètement ridicule ce que tu dis. -Tu en es sûre ? -Oui. Ça se voit tant que ça que je suis follement amoureuse de lui ? Si tout le monde le voit. Alors lui aussi doit le voir. Mais je ne comprends pas pourquoi dans ce cas il ne dresse pas de barrières ? Pourquoi me laisse-t-il entrer dans son monde et dans son intimité ? Peut-être est-il aussi aveugle que moi, moi qui pense si bien les cacher. Peut-être que je ne les cache bien qu'à lui. Peut-être n'arrive t-il pas à saisir ce regard amoureux que j'ai pour lui parce que j'ai le même depuis mes dix ans. Par ce fait n'ayant connu que lui il ne peut pas l'interpréter réellement. Il est vrai que mon amour pour lui m'est tombé dessus comme un coup de massu, je n'ai pas appris à aimer cet homme il a fait parti de moi dès le commencement. C'est comme si mon coeur l'avait reconnu comme le seul être au monde à pouvoir me rendre heureuse. -C'est mon meilleur ami maman et je n'ai que lui ici. Je ne suis pas intégrée dans ce groupe pourtant ça fait deux ans que j'y suis. Je sais que c'est ma faute mais ils ne me poussent pas non plus à aller vers eux. -Tu dois faire des efforts, tu dois aller vers les autres, c'est ta faute tout ça. Je sais que c'est ton caractère mais parfois il faut savoir changer, c'est pour ton bien. Tu veux continuer non ? -Oui, bien entendu. -Alors bouges toi nom de dieu ! -Promis. -Et arrêtes de te reposer sur Matt. Laisses le souffler pour une fois. -Oui. -Allez ma chérie reposes toi ! Passes une bonne nuit et fais de bons concerts. C'est bientôt fini tu pourra rentrer à la maison. -Oui plus que deux semaines et demi ! -ça passera vite. -Passez une bonne journée tous les deux. Après avoir raccroché je me dis que oui je suis effectivement très fatiguée pourtant il n'est que 20 heures. Je suppose que toute cette agitation me fatigue réellement, cependant demain midi je vais retrouver tout mon repos et mon souffle car je vais manger chez Matthew. Il faut que je tienne en pensant que d'ici demain au soir je vais à nouveau pouvoir lui parler et dormir près de lui. Cela fait presque 24 heures que je ne lui ai pas parlé, il me manque et je ne parviens pas à me sentir à l'aise dans ce monde si je ne peux pas rester près de lui et le voir me sourire. Son regard qui me couvre est la seule raison pour laquelle j'ai envie de vivre. Je pense à lui mais je ne devrais pas, il est marié et face à ça je n'ai aucune chance. Je me demande ce qu'il fait, il est si près et si loin de moi, je voudrais juste me sentir encore plus proche de lui que je ne le suis déjà et ne plus avoir cette distance entre nous. Que fait-il ? Est-il dans son lit ? Je suppose qu'il doit faire l'amour à sa femme. Ou alors il est lui aussi complètement crevé et il pense à moi. Peut être est-il en train de se demander ce que je fais et si je pense à lui. Je ne devrais plus penser à ça, pourtant c'est plus fort que moi. De fil en aiguille j'en viens à me remémorer nos premières retrouvailles parce que je sais que demain, malgré les années passées, l'émotion sera toujours la même. -Maman je m'en vais. -Tu vas faire quoi dehors ? -Je vais lire ou écrire une histoire. -Très bien mais tu vas où exactement ? -à mon banc préféré. -Ok et bien amuses toi bien. Je me suis bien gardée de dire à ma mère que j'avais rencontré un garçon de dix-sept ans. Un garçon qui est à un an de la majorité. Un garçon qui a tout de même six ans de plus que moi. Je ne sais pas pourquoi j'ai tenu à venir aussi tôt. Je suis sûre qu'il ne viendra pas. Du moins si il vient il sera très en retard. Je vais donc devoir rester seule mais ça ne me dérange pas, pourtant à la simple pensée qu'il puisse ne pas venir je suis déçue et ma poitrine semble me faire souffrir. -Tu es en avance Megan. Il est là, assit sur le banc, il me regarde et sourit. Je ne sais pas pourquoi il aime autant prononcer mon prénom. Peut-être qu'il l'aime bien tout simplement. -Toi aussi et bien plus en avance que moi. -J'avais hâte de te revoir. Tu es la première personne que j'ai rencontré et à qui je parle et malgré tes dix ans tu es une petite fille très intelligente. Oui pardon, je sais, ne me jette pas ce regard, tu n'es pas une petite fille. -Je ne suis pas particulièrement intelligente. Je suis juste très seule du coup je réfléchis plus. -Oui très intelligente. -C'est pour ça que tu parles avec moi ? Sinon tu ne m'aurais pas parlé ? -Si tu n'avais pas été toi je ne serais peut-être pas revenu mais tu es étrange à ta manière. -Toi aussi tu es seul Matthew. Aussi seul que moi. Tu es là, seul, à parler avec une, je le sais bien dans le fond, gamine de dix ans. Tu étais seul hier et comme je ne suis pas d'une grande compagnie tu as été seul le reste de la journée. Son regard infiniment triste me transperce, il jure avec ce léger sourire qu'il plaque sur son visage comme une protection, mais je le vois moi, je le comprends. -Je ne me sens pas seul quand tu es là, même si tu ne parles pas. Mais tu as dix ans alors ? -Je vais faire onze ans dans quelques jours. Pourquoi ? C'est quand ton anniversaire ? -Je suis né le 21 juin et toi ? -Je suis née le 10 juillet. Il me regarde avec son petit sourire puis il lève un sourcil et je dois admettre que je trouve que cette expression le met drôlement en valeur. -Tu as emmené quoi avec toi ? -Un cahier et un stylo. -Tu écris quoi ? -J'aime bien écrire de la poésie mais je ne suis pas douée alors j'écris des petites histoires en attendant d'en trouver une de bien. -C'est super ! -Et toi c'est quoi ta passion ? -Je chante dans un groupe punk. -Ah oui ? C'est super ! J'aimerais t'entendre chanter. -Pas ici, je ne veux pas faire peur à tous ces gens mais je t'enverrai. -Comment ? -Par MSN. -Je n'ai pas le droit à ça. Je suis trop jeune. -Comment on va faire pour continuer à parler ? -On peut toujours s'envoyer des lettres et un jour j'aurais MSN ou un truc comme ça. Et puis tu es sûr de vouloir continuer à me parler ? -Oui après tout je reviendrai ici. À 18 ans par contre, j'arrête tout et je vais essayer de percer dans la musique. J'espère que je pourrais venir te voir. -C'est vrai alors ? Tu m'aimes bien pour de vrai ? -Oui. Je pose alors ma tête sur son bras et c'est là que je comprends que je serai liée à cet homme pour l'éternité. Par sa promesse non formulée comme tel j'ai senti que je tomberai très vite amoureuse de lui. Je voulais lui écrire encore et encore, toujours plus de lettres. Je ne voulais pas ne plus jamais le revoir, mais il vit si loin de moi. Ce qu'il prétend être possible, est-ce que ça sera vraiment le cas ? Pourtant pour la première fois je voulais y croire, je venais de rencontrer mon premier rêve et de formuler mon premier souhait que je réitèrerai à chaque occasion.
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