Interlude 2— Voilà, ça s’est passé comme ça. Je vous montrerai l’endroit où je l’ai enterré, et je signerai mes aveux complets sans problème… Mais sortez-moi d’ici.
— Minute papillon, me répond brutalement Andrew. Pas besoin de nous montrer quoi que ce soit, on a déjà trouvé le pauvre Big Jim. Par contre, ton histoire ne colle pas avec les faits. D’accord, tu avoues ton crime, et ça, ça nous fait déjà avancer. Mais pourquoi nous raconter toute cette fable autour ? T’en avais marre qu’il te ridiculise et tu as fini par le flinguer, non ? N’est-ce pas plus simple de dire la vérité ?
— Mais je dis la vérité. C’est une incroyable méprise, j’ai cru abattre un bigfoot…
— Stop !! Tu fais chier tout le monde avec ton grand poilu. Ça n’existe pas, bon sang, c’est juste du folklore et ça fait venir les gogos du monde entier en mal de frissons exotiques. Comment un adulte vivant dans la région peut croire à ces histoires ?
— Faut croire qu’il y en a d’autres qui y croient, puisque j’aurais de toute façon v***é la loi en tuant un Sasquatch. On ne protège pas ce qui n’existe pas quand même ? Pourquoi perdrait-on son temps à voter de telles lois si…
— Arrête de déconner, Jack. Si, dans leur grande sagesse, nos sénateurs ont voté une loi interdisant l’abatage de bigfoots qui n’existent pas, c’est précisément pour que des tarés comme toi, qui croient encore au Père Noël, ne finissent pas dans la m***e où tu te trouves par stupidité. Pigé ?
—… Pigé, fis-je en baissant la tête. C’était tellement évident que j’étais vraiment un abruti pour n’y avoir jamais pensé. Je devais admettre cette démonstration limpide. Non, les bigfoot n’existent pas. Il n’y a que des tarés qui se déguisent et d’autres tarés qui leur tirent dessus. Et des sages ont essayé d’empêcher ça en votant une loi pour protéger une chimère quitte à passer aussi pour des idiots. Quel gâchis !
Andrew me sortit de mes pensées :
— Bon, mais tout ça ne m’explique pas la scène du crime, les incohérences de ton récit. Et puis que faisais-tu cloîtré depuis des jours dans ta cabane comme un insecte ?
— Cloîtré ? Oui… Je ne sais pas combien de jours… sans manger… ni me changer… je suffoquais, noyé dans un océan de terreur.
— Pourquoi ?
— Les remords… Les fantômes de mon crime.
Andrew se tourna vers son adjoint d’un air navré.
— Bon, je crois qu’il a compris pour bigfoot, mais à présent il voit des fantômes.
— Andrew, tu n’imagines pas le poids de la culpabilité.
— Non. Moi les coupables, je les arrête. Mais vas-y, explique-moi !