VII J’étais depuis longtemps tourmenté d’une idée qui me revenait toutes les fois que j’avais faim ou que mon oncle m’avait trop rudement secoué, c’est-à-dire tous les jours ; c’était de m’échapper de Dol et de m’en aller au Havre m’embarquer. Pendant les heures d’absence de mon oncle, je m’étais bien souvent amusé à me tracer mon itinéraire sur une grande carte de la Normandie qui était accrochée dans l’escalier ; à défaut de compas, je m’en étais fabriqué un en bois, et j’avais mesuré les distances comme M. de Bihorel m’avait appris à le faire. De Dol, en passant par Pontorson, j’irais coucher à Avranches ; d’Avranches j’irais à Villedieu, Villers-Bocage, Caen, Dozulé, Pont-l’Évêque, Honfleur. C’était huit jours de marche au plus ; le pain coûtait alors trois sous la livre ; si je pouva

