CHAPITRE 7

1373 Words
Je retire ma robe qui colle à mon corps, puis mes collants que je laisse dans le salon. J’allume la télé pour avoir un fond sonore : un reportage sur les dérivés de la drogue dans le sud de la France passe. J’ai juste besoin de ne pas entendre le silence. Je me démaquille. Ma peau me semble terne, seul le grain de beauté au-dessus de ma lèvre embellit mon visage. Je fais un chignon grossier et je passe sous la douche sans trop d’envie. J’ai envie de garder l’odeur de Lysandre, mais à quoi bon s’attacher à une personne que je ne reverrai jamais ? Je sors de la douche. Toujours aucun message. Je regarde l’heure : 3h45. Je m’assois devant la télé et je finis par m’endormir sans difficulté. Le lendemain matin, mon téléphone sonne. Je me suis endormie devant la télé… Je regarde mon téléphone, espérant voir Lysandre… Maman. — Allo maman ? — Allo Emma, tu as fait la fête ou quoi ? Ma mère est une sorcière, elle sait tout. Je bafouille : — Non, pas du tout. — Mouais… elle ne me croit pas mais a très envie de me dire ce qu’elle a à dire. — Tu te rappelles que je t’ai parlé de mon ami hier ? — Oui… — Bon alors, tu serais disponible demain pour faire un tour avec lui ? Il connaît bien Paris mais ne connaît pas grand monde. — Maman… je… — Allez Emma ! — Je n’ai pas envie. — Tu te rappelles du sac Coach que tu voulais absolument ? Je pouffe de rire. — C’est du chantage, mère. — Il faut ce qu’il faut. Allez, il t’appellera dans la journée. — Mmm… je le fais, mais que pour le sac. — Je t’aime. — Oui, moi aussi. Ma mère est un sacré phénomène… Ça me fera une distraction. La soirée d’hier me donne envie de sortir de ma tanière, peut-être aller prendre un café en extérieur. J’enfile un jean boyfriend un peu trop grand, un petit haut blanc et ma veste. Toujours aucun message de Lysandre, je suis un peu déçue. Je décide de sortir sans mon téléphone pour profiter de la journée ensoleillée. Je prends ma carte bleue et mes clés. Je me surprends à penser à l’odeur et au sourire parfait de Lysandre. Allez, ma vieille, il s’est bien amusé, il t’a servie sa sérénade… et basta. Je claque la porte. Derrière, j’entends mon téléphone vibrer. Encore ma mère… Je descends les escaliers. Il y a un café sympa pas très loin. J’ai pris un bouquin, Les Amants Maudits de Michel Peyramaure, et mon paquet de Vogue bleu. M’asseoir sur une terrasse, savourer un bon café-crème et lire une histoire fatale d’un amour impossible me semble une idée fabuleuse. Je m’installe à la terrasse. Il n’y a pas grand monde. Je commande mon café, mais je n’arrive pas à lire… Je repense aux mains douces de Lysandre, à son odeur… il me hante. Je secoue la tête et essaie de me remettre à lire. Au bout d’une heure et de trois cafés, dont un décaféiné, je décide de rentrer chez moi. En rentrant, j’enlève mon jean pour être à l’aise. Je garde mon t-shirt et ma petite culotte en dentelle rouge que j’aime tant. Je regarde enfin mon téléphone. Lysandre : 2 messages et 5 appels manqués. Numéro inconnu : 1 appel. Je suis surprise. Lysandre : — Bonjour Emma jolie, je t’ai répondu hier mais je n’ai pas vu que le message ne s’était pas envoyé. Ma douce Emma. — Elle, nous nous voyons toujours aujourd’hui, Emma ? Je décide d’attendre avant de répondre. J’appelle le numéro inconnu. — Bonjour, vous avez cherché à me contacter ? — Oui, bonjour, je suis Paul. Mon père a insisté pour que je rencontre Emma, la fille de son amie. — Ah… c’est donc toi le fameux ? Il laisse sortir un rire gêné. — Oui, pour faire plaisir à nos parents respectifs, je te propose un rendez-vous au Bisous Paris, 15 boulevard du Temple, demain à 18 heures. — Euh… j’hésite, puis je me résigne. Oui, d’accord, demain. — Super, à demain. Je raccroche, un peu blasée par ces méthodes archaïques de rencontre forcée. Au tour de Lysandre, je décide de l’appeler. Le téléphone sonne à peine qu’il décroche. — Emma, enfin ! J’ai cru que tu étais en colère contre moi. — En colère pour quelle raison ? — Ma réponse tardive. — C’est vrai, mais je lâche d’un ton détaché. — Je ne m’attendais pas à une réponse, tu sais ? Il laisse échapper un sourire ennuyé, comme s’il connaissait la vérité. — Emma, Emma, Emma… — C’est toujours bon pour aujourd’hui ? — Tu es toujours aussi ? — Laisse tomber. Oui, c’est toujours bon. — Alors donne-moi ton adresse, je viens te chercher. — On peut se rejoindre ? — Non, j’insiste. — 131 rue Gambetta, Paris 20. — À tout à l’heure. Je serai là à 20h. Merde, j’avais oublié ! — Ah, c’est décidé, je n’ai pas mon mot à dire ? Il rigole. — Non, Emma jolie, j’ai décidé. Bizarrement, ce côté entreprenant me plaît, me fascine. J’ai l’impression d’être un petit être fragile dont il prend soin… et j’adore. Je prépare mon sac Longchamp, le pliage originel noir, en vitesse pour gagner du temps. J’allume une cigarette et laisse tomber ma tête sur le canapé. Lysandre… j’ai un petit sourire. Moi qui déteste les gens en général… lui m’attire. C’est presque chimique. Je dois filer à la douche. Sous la douche, je me mets à rêvasser : son odeur, ses mains, sa voix… tout chez lui me fascine. — Ooooh là là, ma vieille, arrête ! Je ne dois pas me permettre de déclencher des sentiments. Je sais déjà où cela va me conduire : soit à l’asile, soit en prison… ou pire, dans ma tombe ! HORS DE QUESTION. Je sors de la douche, encore mouillée. L’eau de mes cheveux ondulés ruisselle sur mon dos. Je tire ma serviette du sèche-serviette et me dirige vers mon téléphone. 19h15… j’ai encore du temps. Ce soir, je n’ai pas envie d’être attirante. Je mets une brume au parfum sucré sur mon corps. Ça fonctionne toujours. J’enfile des sous-vêtements couleur émeraude, ça fait ressortir mes yeux. Une jupe brune, un haut blanc, des collants et une paire de bottes. Un petit trait d’eye-liner, je rosi mes lèvres. Le grain de beauté au-dessus de la lèvre embellit ma bouche. Je plaque mes cheveux en arrière en queue de cheval, laissant tomber la cascade dans mon dos. J’ai à peine le temps de finir que mon téléphone vibre. Lysandre : — Je suis en bas, Emma jolie ! Quoi ? Déjà ? Mon cœur palpite. Que veut-il de moi ? C’est vrai… je n’ai rien de spécial. Pourquoi veut-il que je passe la soirée avec lui ? Tout est tellement rapide. Je secoue une fois de plus la tête pour m’ôter ces idées… Ça fait des mois que je n’ai rencontré personne. Pour une fois qu’il y a un peu d’action dans ma vie… Mon téléphone sonne à nouveau. — Alors, tu descends ? — Oui, j’arrive ! Pardon, j’essayais de me faire jolie. Il laisse échapper un sourire que j’entends à travers le téléphone. Un silence s’installe… mais un silence qui fait du bien. Puis je repense : j’arrive, Lysandre. Je m’empresse de sortir, mais avant, je regarde par la fenêtre qui donne sur la rue. Je remarque une Jaguar rouge bourgogne, magnifique. Elle doit dater des années 90, vu la coupe. Il est là, cheveux coiffés-décoiffés, chemise blanche et jean. Il est à couper le souffle. Je me sens rougir. Allez, ressaisis-toi, ma vieille. Je descends les escaliers en trombe. J’ouvre la porte d’entrée… et tombe nez à nez avec lui. — Madame ? Je glousse. — Monsieur. Il ouvre la portière, laissant apparaître des sièges en cuir bien entretenus. Il prend mon sac et le met dans le coffre. — Il est lourd, ton sac. — J’ai tout le matériel pour te découper à l’intérieur… Merde, il va me prendre au sérieux… Mais non, il rigole à gorge déployée.
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