À chaque région ses réalités : la découverte.

1093 Words
ÉPISODE 07 KEN AMANDÉ Kandi est un coin pas mal du tout. Moi qui croyais retrouver des gens à l'âge de pierre qui marchaient encore les seins nus et autres. Je fus surpris. Il y a beaucoup d'étranger là-bas. Vous savez le genre d'étranger qui le crie à qui veut entendre qu'ils sont d'ailleurs et qu'ils rentreront chez eux. Je me suis toujours demander pourquoi font-ils ça ? Est-ce parce qu'ils ne sont pas heureux là où ils se trouvent ou c'est juste une manière de vouloir montrer une certaine supériorité aux locaux ? Je ne sais pas. Les jours suivants, papa m'amena au CEG 1 pour mon inscription. Tout s'est bien passé. Le censeur est un ami à lui. Cette année, je ferai la Première. J'ai tellement hâte que les cours commencent et voir de nouvelles têtes. Ce matin, je suis particulièrement heureux. C'est la rentrée. Déjà ce premier jour, nous avons commencé les cours. Autant dire que ces gens ne perdent pas le temps. Il n'a échappé à personne que j'étais le nouveau de la classe. Les professeurs nous demandent en présentant de dire d'où nous sommes venus. Dire que je venais de Cotonou m'attira de la sympathie et de l'antipathie aussi. Dans ces milieux, la plupart des autochtones ne vous aiment pas pour une raison très particulière. En effet, ils pressentent que vous allez leur faire le civilisé, les citadins. Pour eux, vous êtes forcément orgueilleux. Je trouve cela très étrange, car dans le même temps, certains vous adulent pour les mêmes raisons. Ce matin par exemple, notre professeur de Français m’a demandé d'où j'étais venu. Quand je lui ai répondu Cotonou, il a ironisé en disant que même quand nous venons d'un petit village à quelques kilomètres de Cotonou, nous venons dire chez eux que nous étions de Cotonou pour faire genre. Cela a amusé la classe et bien-sûr m'a frustré. Je n'ai pas compris l'attaque d'un vieux professeur à ma personne. Je savais que ce professeur allait me pourrir la vie. Ce professeur était très cultivé. Il m'impressionnait. Dans d'autres circonstances, j'aurais été son ami, mais là, c'est peine perdue. On dirait qu'il me voyait comme un rival. J'avais cessé de réagir à son cours pour ne pas le contrarier, mais on dirait que c'est simplement ma présence dans cette classe qui le contrariait. L'Harmattan dans cette zone est une calamité. On aurait dit que nous sommes dans une zone du Tibet tellement le froid est rude. Le paradoxe c'est que a midi il faisait plus de 40°C. Le soleil tape si fort que pour faire la prière de d'après-midi dehors, ils arrosaient le sol avant d'y mettre la natte. L'accès à internet est uniquement chez les religieux, il y avait un cyber là-bas. Cet après-midi je m'y suis rendu pour donner de mes nouvelles à mon ami Fabrice. Malheureusement il n'était pas connecter, je pris quand même le temps de lui narrer ma vie ici et combien j'aimerais qu'il soit là avec moi. Ma relation avec les parents s'est améliorer et je n'arrive pas vraiment a savoir à quoi cela est dû. Peut-être qu'ils se sont enfin rendus compte que j'étais un bon garçon ou c'est parce-que désormais c'est moi l'aîné et qu'ils transposent cela sur moi. En tout cas, papa me sollicite pour frapper mes petits frères quand ils font une bêtise. La relation entre mes parents ne cesse de se dégrader. Papa avait une maitresse là-bas et qu'il n'arrive pas à quitter ou je ne sais quoi. Maman l'appris de la bouche des uns et des autres avides des ragots et du malheur des autres. Je crois que cette fois-ci leurs séparations est imminente. Mis à part cette situation, maman n'arrive pas à s'intégrer ici. Son atelier de coiffure ne marche pas tant que ça et ses stocks de savons ne s'écoule pas comme il faut. Demain c'est le réveillon, L'Harmattan est à son paroxysme. Bon Dieu que je déteste L'Harmattan, j'ai les lèvres fendus, les mains fendues et les pieds aussi. Ma peau ne ressemble à rien. C'est le réveillon le plus triste de ma vie. Après minuit, on a même pas pu festoyer tellement on avait froid, c'est un thé au lait que nous avions pris et hop tout le monde sous la couette. Les gens ici on une drôle de façon de fêter, les enfants sont en uniforme dans toutes les rues, des uniformes vraiment bizarre et flashi, de couleur intense quoi. Kandi est la définition même du chaque région à ces habitudes. Après les fêtes, maman et papa ont convenu qu'il vaudrait mieux que maman retourne à Cotonou, puisque ses affaires ne marchent pas ici. Et aussi, Joinel est tout seul à Calavi. Il doit se sentir abandonné. Ils m'ont dit que si on n’était pas en pleine année scolaire, je partirai avec elle. Maman allait donc partir la semaine qui suivra. J'ai décidé d'écrire à mon meilleur ami une lettre. Une lettre dans laquelle je lui racontais mes calvaires avec L'Harmattan, au collège et autres. Je lui fis savoir comment être à Kandi pouvait donner des complexes puisqu’ici, la plupart des filles sont très élancées. Les filles sont de véritable beauté qui s'ignore. Hormis leur taille, elles sont sveltes avec de beau teint brillant. Si les filles de Cotonou les voyaient, elles mourraient de jalousie. À quelques jours de la saint Valentin, maman partit. Je pus découvrir que mes frères étaient amoureux. Je suis tombé sur une lettre de Genesis qu'il a caché dans un livre. Ah l'amour ! Quand tu nous tiens. Je ne le savais pas si cultivé. Tout est écrit dans cette lettre avec délicatesse et soin. J'en étais ému. Cela me ramenait à une époque de ma vie, à des souvenirs de Flora. Qu'est-elle devenue ? Elle est déjà sûrement mariée ou au moins avait-elle déjà trouvé un autre amoureux ? Cette pensée me fendit le cœur. L'idée que quelqu'un puisse toucher son corps ! Oh m***e ! Seigneur délivre-moi. Cette nuit avec elle, que nous avons partagé fut comme un pacte pour moi. Comme si je signais un engagement de lui appartenir pour l'éternité. Depuis notre séparation, je n'ai plus dragué une fille, même quand je trouvais une fille jolie ou que je deviens proche d'une femme, j'en culpabilisais. Depuis le départ de maman, papa est un peu bizarre et ça chuchote dans notre dos. Et là maintenant, il demande à nous parler ce soir. Je sens que ce qu'il compte nous dire va changer à jamais nos vies et j'en ai peur…
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