Chapitre 2

752 Words
Chapitre 2 Si Toby avait consenti à épouser Sonia autrefois, ce n’était pas par amour ni par gratitude sincère. Les médecins affirmaient alors que Tina ne sortirait jamais de son coma, et cette certitude avait suffi à le pousser à honorer sa promesse. Depuis ce jour, son attitude envers Sonia n’avait jamais varié : distante, froide, presque cruelle. Sonia releva la tête. Pour la première fois depuis longtemps, elle soutint son regard sans faiblir. Sa voix était posée, ferme. Elle lui demanda pourquoi elle devrait quitter la maison alors que l’autre femme s’y installait, elle qui portait pourtant son nom. À ces mots, Toby pivota brusquement. Son expression s’assombrit, ses traits se durcirent, et une lueur inquiétante envahit ses yeux. Il répondit sans détour : selon Tina, l’accident survenu six ans plus tôt n’était pas un hasard. Elle affirmait que Sonia l’avait renversée volontairement. Un bref silence suivit. Sonia resta interdite, puis un rire amer lui échappa. Elle lui demanda calmement s’il la croirait si elle niait cette accusation. La réponse ne tarda pas. Toby avança lentement, jusqu’à réduire l’espace entre eux à néant. Il la força à reculer contre le mur et la fixa avec un mépris glacé. Jamais il ne pourrait croire une seule de ses paroles. À ses yeux, elle n’était qu’une femme instable, et il brûlait de lui faire payer la douleur endurée par Tina, cent fois plus encore. Face à cette hostilité brute, Sonia sentit son cœur se fissurer. Elle avait espéré, naïvement, qu’avec le temps, elle parviendrait à attendrir cet homme. Six années s’étaient écoulées, et pourtant, il demeurait inaccessible, figé dans sa rancune. Elle protesta, affirmant avec force qu’elle n’avait jamais causé cet accident. Toby la toisa avec hauteur, sans la moindre compassion. Il déclara qu’elle était suffisamment intelligente pour comprendre ce qu’on attendait d’elle, puis il quitta la pièce sans se retourner. Le silence retomba lourdement. Sonia s’approcha du miroir. Le visage qui s’y reflétait était livide, marqué par l’épuisement. Elle avait du mal à reconnaître la jeune femme fière qu’elle avait été autrefois. Cette relation l’avait lentement détruite. Tout cela n’était qu’une farce absurde. Après un long moment d’immobilité, elle laissa échapper un soupir, comme si un poids immense quittait enfin sa poitrine. Elle se dit qu’il était temps d’arrêter de lutter. Le lendemain, Toby accompagna Tina à l’hôpital pour des examens. Dans la chambre silencieuse, Sonia se tint devant la glace. Elle retira le tablier qu’elle avait porté quotidiennement pendant six ans, comme un symbole de servitude. Elle enfila une robe blanche, simple et élégante, prit sa valise et descendit l’escalier. Dans le salon, Tyler était affalé devant la télévision. En la voyant passer, il l’interpella d’un ton moqueur, lui demandant où elle croyait aller. Sonia ne répondit pas et continua vers la sortie. Irrité, il bondit et s’empara de sa valise, lui reprochant de l’ignorer. Il enchaîna aussitôt les ordres : le ménage, le petit-déjeuner, ses obligations habituelles. À seize ans à peine, il se comportait déjà comme un tyran. Sonia se retourna. Sans hausser la voix, elle écarta un à un ses doigts de la poignée et le fixa froidement. Elle lui déclara qu’elle ne supporterait plus jamais son insolence. Tyler, loin d’être intimidé, se mit à hurler volontairement pour appeler sa mère, l’accusant de l’agresser. Jean surgit, furieuse. Sans chercher à comprendre, elle se mit à insulter Sonia et leva son plumeau pour la frapper, comme elle l’avait déjà fait tant de fois auparavant. Autrefois, Sonia encaissait en silence, persuadée que c’était le prix à payer pour rester aux côtés de Toby. Mais cette fois-là, quelque chose se brisa définitivement. Elle attrapa le plumeau au vol, le jeta violemment par terre et lança d’une voix tranchante qu’on ne devait plus jamais la toucher. Jean resta figée de stupeur, puis explosa de rage, la traitant de folle et jurant qu’elle ferait divorcer son fils. Autrefois, Sonia aurait tremblé à cette menace. Elle aurait cédé pour préserver la paix, pour ne pas déplaire à Toby ou à sa grand-mère. Désormais, elle s’en moquait. Elle répondit simplement que Jean pouvait agir comme bon lui semblait. Ignorant les cris derrière elle, Sonia franchit le seuil de la maison Fuller, sa valise à la main. À peine quelques secondes plus tard, une Ferrari rouge s’arrêta devant le portail. À l’intérieur, un homme séduisant lui adressa un signe complice et l’invita à monter. Sans hésiter, Sonia prit place à ses côtés, et la voiture démarra, l’emportant loin de cette maison qu’elle laissait définitivement derrière elle.
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