Chapitre 8

745 Words
Chapitre 8 Dans la résidence des Fuller, l’air était chargé d’agitation. Jean arpentait le salon en donnant des ordres secs à la domestique. — Emporte tout. Absolument tout. Les draps, les pantoufles, les torchons, même la vaisselle qu’elle utilisait. Je ne veux plus la moindre trace de cette femme sous ce toit. À peine avait-elle fini que Toby entra. En voyant les allées et venues précipitées, il fronça légèrement les sourcils. — Qu’est-ce que tu fabriques encore ? demanda-t-il. Jean ricana, visiblement satisfaite. — À quoi bon conserver les affaires d’une étrangère ? Celle qui portera bientôt le nom Fuller, ce sera Tina. Pas elle. Elle se rapprocha aussitôt, baissant la voix comme si elle confiait un secret précieux. — Tu as signé le divorce, n’est-ce pas ? Souviens-toi d’une chose : tout ce que tu possèdes, tu l’as bâti seul. Ne lui laisse pas le moindre centime. — Elle n’a rien demandé, répondit Toby sans émotion. Jean éclata d’un rire incrédule. — Allons donc ! Une femme sans ressources qui refuse l’argent ? Tu crois vraiment à ça ? Elle doit bien financer son petit amant d’une manière ou d’une autre. Le souvenir de Sonia aux côtés du mannequin lui traversa l’esprit comme une écharde. Une douleur sourde pulsa à ses tempes. Ne souhaitant pas prolonger cette conversation, il demanda simplement : — Tom, apporte-moi l’accord de divorce. En montant à l’étage, il aperçut Tina assise près de la fenêtre, un livre ouvert entre les mains. Elle leva les yeux et lui offrit un sourire paisible. — Tu es rentré. Ce simple sourire suffit à apaiser l’agitation qui l’habitait. — Comment te sens-tu ? demanda-t-il. — Bien mieux. Je me suis un peu ennuyée, alors j’ai lu, répondit-elle doucement. Elle posa le livre, se leva et passa ses bras autour de lui par-derrière. — Dis-moi… est-ce que tu regrettes ta décision ? La voix de Toby se fit grave. — Non. Je ne l’aimais plus. Et puis, elle m’a trahi la première. Une lueur satisfaite passa dans les yeux de Tina. Il se retourna et la serra contre lui. — Oublions tout ça. Ce qui compte, c’est ta santé. Mon oncle organise un banquet le mois prochain en ton honneur. Tu dois être en pleine forme d’ici là. — Je ferai de mon mieux, répondit-elle en souriant. Lorsqu’il quitta la chambre, Tina prit son téléphone et composa un numéro. — Gouvernante, c’est moi. — Oui, mademoiselle ? — Prévenez mon père que Sonia m’a percutée avec sa voiture. Vous savez comment présenter les choses. — Bien compris. Elle raccrocha, puis se tourna vers le cactus posé près de la fenêtre. Un sourire lent, calculé, étira ses lèvres. De retour à l’entreprise, Toby convoqua Tom dans son bureau. — Où en est le collier que je t’ai demandé de suivre ? — Nous avons reçu une confirmation d’Italie, répondit Tom avec sérieux. La livraison est prévue dans environ une semaine. Le *Cœur de l’Océan*. Une pièce unique, signée par le célèbre créateur K, introuvable ailleurs dans le pays. Tom savait combien Toby avait investi pour l’obtenir. Il comptait l’offrir à Tina et la demander officiellement en mariage lors du banquet des Gray. Cette pensée ramena à l’esprit de Tom une autre femme. Pendant six ans, Sonia avait été l’épouse officielle du président Fuller. Pourtant, jamais il ne lui avait offert le moindre bijou, ni même un bouquet. Un jour, elle était venue jusqu’à l’entreprise avec un panier-repas, et Toby l’avait renvoyée sans ménagement. Les employés s’en étaient moqués longtemps. Par la suite, dès qu’elle se présentait à l’accueil, on la faisait repartir aussitôt. Tout le monde savait à quel point elle comptait peu à ses yeux. Tom soupira intérieurement. La tendresse que Toby réservait à Tina n’avait jamais existé pour Sonia. — Très bien, répondit simplement Toby, avant de replonger dans ses dossiers. Le silence fut brisé par la sonnerie de son téléphone. Il jeta un regard à l’écran et décrocha. — Oui ? — Regarde les actualités en ligne, lança une voix familière à l’autre bout du fil. Intrigué, Toby déverrouilla son téléphone. Son regard se figea. Une photo occupait l’écran : Sonia, trop proche du mannequin, leurs visages presque collés. L’angle suggérait une intimité troublante. En lettres écarlates, un titre criard s’étalait sous l’image : **« Rupture choc : le président Fuller évincé, un mannequin enflamme le cœur de son ex-épouse ! »** Les doigts de Toby se crispèrent lentement autour de l’appareil.
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