Chapitre 11

837 Words
Chapitre 11 Sonia demeurait silencieuse dans la voiture, les mains croisées sur ses genoux, tandis que Toby conduisait sans échanger un mot. La Maybach glissa le long des rues paisibles menant à l’ancienne résidence des Fuller, un manoir modeste en banlieue où régnait la quiétude. Rose Fuller, retirée du tumulte familial, vivait entourée de quelques servantes et consacrait ses journées à la prière et à la méditation. Sonia entendit de loin une toux fragile ; le visage de la vieille femme était émacié, son teint d’une pâleur inquiétante. La voix de Rose résonna, ferme malgré sa faiblesse : « Toby, reste près de la porte. » Sonia obéit, sentant son cœur se serrer. La vieille dame fit ensuite signe à Sonia d’entrer. « Qui aurait cru qu’un événement si drastique surviendrait si peu après mon départ ? Tu as été trop précipitée, cette fois. » Sonia comprit immédiatement que Rose faisait allusion à son divorce récent. S’avançant lentement, elle prit la main de Rose, habituellement glaciale, et esquissa un sourire sincère. « Grand-mère, je crois que vous devriez vous réjouir pour moi. Je peux enfin être moi-même, n’est-ce pas ? » Rose jeta un regard vers Toby resté dehors, une lueur de reproche traversant ses yeux, puis se détourna, légèrement attristée. « Toby, ce jeune homme… Comment a-t-il pu laisser filer une épouse si précieuse ? Et toi, Sonia, tu m’appelles même “Madame Fuller” maintenant ! » Les mots firent éclore des larmes au bord des yeux de Sonia. « Grand-mère… » murmura-t-elle, touchée. La vieille femme posa une main douce sur son dos. « Sonia, je connais les sentiments que tu as nourris pour Toby toutes ces années. Crois-tu vraiment pouvoir tourner la page ? » « Je n’ai pas le choix, Grand-mère… » souffla Sonia, ressentant l’amertume s’infiltrer dans sa poitrine. Et si le lâcher-prise lui était impossible ? Rose la serra tendrement contre elle, tapotant son dos pour apaiser sa douleur. « Je ne t’en tiendrai pas rigueur. Ce jour devait arriver. C’est Toby qui perd l’occasion d’être avec toi. » Sonia se laissa aller à ce réconfort, blottie contre la vieille dame qui, malgré les années, restait son refuge dans la tourmente de la famille Fuller. Depuis toujours, Rose avait été son unique alliée parmi les Fuller. Jean et Tyler, intimidés par sa présence, s’étaient toujours retenus de s’attaquer à Sonia lorsqu’elle se trouvait à proximité. Cette bienveillance avait forgé le sentiment d’appartenance de Sonia au sein de la famille. Elle ne regrettait pas son divorce, mais la douleur de ne pouvoir honorer son devoir filial lui pesait encore. « Sonia, j’ai vu Toby grandir et je le connais bien. Si jamais il venait à souhaiter ton retour, accepterais-tu ? » La vieille dame peinait à accepter que Sonia quitte la famille, mais elle nourrissait malgré tout l’espoir d’une réconciliation. Sonia, lucide, savait que seule Tina pouvait émouvoir Toby. Un sourire léger effleura ses lèvres. « Grand-mère, il ne m’aime pas… J’aurais dû le comprendre il y a six ans. » Rose parut comprendre le drame implicite et son visage s’assombrit. « Que je sois encore ta belle-petite-fille ou non, je resterai la même Sonia, respectueuse et fidèle à vous, Grand-mère. » Elle caressa doucement ses cheveux, un sourire doux sur le visage. « Restez en bonne santé et heureuse, et ne vous inquiétez de rien d’autre. » Dehors, Toby demeurait silencieux, conscient de la sincérité des liens entre Sonia et Rose. Il n’avait jamais éprouvé d’amour pour Sonia, mais il ne pouvait nier la délicatesse avec laquelle elle traitait la vieille dame, à égalité avec ses propres enfants, s’ils en avaient eu. Même face à la dureté de Jean et de Tyler, elle continuait de veiller sur eux. Lorsqu’il apprit que l’accident de Tina avait été causé par Sonia, Toby ressentit un mélange de dégoût et de respect : malgré tout, elle avait agi avec honnêteté envers Rose. Peut-être était-ce là son dernier geste de bonté envers lui. Après un long silence, Sonia et Toby quittèrent la maison. « Sonia, n’hésite pas à revenir me voir quand tu voudras. Je crains que mes jours ne soient comptés. » « Ne dites pas cela ! Vous pourriez vivre cent ans, et je viendrai souvent vous voir. » Toby s’avança alors pour proposer son aide. « Je peux vous raccompagner. » Sonia refusa catégoriquement : « Inutile. Quelqu’un viendra me chercher. » Elle se dirigea vers la Maybach noire déjà présente. À la vue de Charles et Carl à ses côtés, le regard de Toby se fit sombre. La scène, joyeuse et légère, les discussions et les rires de trois amis, lui semblait insupportable. Rose toussa plusieurs fois, le souffle court. « Je suis vieille maintenant… je ne peux plus m’immiscer dans tes affaires, mais Toby… j’espère que tu ne le regretteras jamais. » Déçue, elle rentra dans la maison, soutenue par la servante. Toby resta seul sur le seuil, le visage fermé et impassible. Les regrets ? Il ne connaissait pas.
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