chapitre 3

785 Words
Chapitre 3 Charles, compagnon de jeux de son enfance et héritier choyé d’une famille fortunée, conduisait la Ferrari avec une prudence inhabituelle. Après un long silence, il jeta un regard en coin à Sonia et osa enfin poser la question qui le brûlait depuis qu’elle avait franchi le portail des Fuller : avait-elle réellement arrêté son choix ? Elle répondit sans la moindre hésitation, avec une certitude tranquille qu’elle ne s’était jamais connue auparavant. Depuis son départ, un sourire ne quittait plus son visage. Elle avait toujours été belle, mais cette expression nouvelle transformait ses traits. Comme si un lourd nuage s’était dissipé, laissant paraître une lumière qu’elle avait perdue depuis des années. Charles poussa un soupir mêlé de soulagement et de reproche. Il lui avoua qu’il avait craint, durant tout ce temps, qu’elle ne sorte jamais de cet engrenage, et que ces six années l’avaient inquiété bien plus qu’il n’osait l’admettre. Il ne comprenait toujours pas ce qu’elle avait pu trouver à Toby, qu’il qualifia sans détour d’individu détestable. Sonia reconnut son aveuglement passé avec une lucidité presque cruelle. Elle se demanda elle-même comment elle avait pu être aussi crédule. Charles tenta de détendre l’atmosphère par une plaisanterie, affirmant qu’à rester encore six ans auprès de cet homme, elle se serait flétrie prématurément. Il alla même jusqu’à dire, sur le ton de la boutade, que s’il avait fallu la recueillir un jour, abandonnée et vieillissante, il aurait accepté de l’épouser par pure camaraderie. Sonia leva les yeux au ciel et lui intima de se taire. Charles éclata de rire, puis retrouva son sérieux en lui tendant le dossier qu’elle lui avait demandé de préparer. Les documents du divorce. Elle les parcourut rapidement, sans émotion apparente, et déclara qu’elle ne réclamerait rien à Toby. Elle n’avait jamais vécu à ses crochets et ne souhaitait pas garder la moindre dette morale ou matérielle envers lui. Elle signa aussitôt, sans pause ni regret. Charles observa la scène avec admiration et souligna son absence totale d’hésitation. Sonia reposa le stylo avec calme. Elle lui demanda ensuite de la conduire à l’hôpital populaire. Charles s’inclina théâtralement, promettant d’obéir. Les étages supérieurs de l’établissement étaient réservés aux patients privilégiés. Devant la porte numérotée 1203, Sonia frappa brièvement avant d’entrer. Sur le lit, Tina se redressa brusquement, comme prise au dépourvu. Elle se recroquevilla sous la couverture, le visage livide, les yeux humides, manifestement terrorisée par cette apparition inattendue. L’expression de Toby se durcit aussitôt. Son ton, sec et glacial, trahissait son irritation lorsqu’il lui demanda la raison de sa présence. Sans répondre directement, Sonia sortit les papiers de son sac et les lui tendit, lui demandant de signer pour qu’elle puisse disparaître immédiatement. Il parcourut le document du regard, et une froideur encore plus marquée s’installa sur ses traits. Il confirma, d’une voix sans chaleur, qu’elle demandait bien la séparation. Sonia répliqua avec ironie que l’évidence parlait d’elle-même. Elle ramena calmement une mèche de cheveux derrière son oreille et esquissa un sourire distant. Elle fit remarquer que ces années avaient dû être pénibles pour lui et que ce document mettrait fin à son calvaire. Toby l’observait avec méfiance, persuadé qu’elle jouait un jeu qu’il ne comprenait pas encore. La voix faible de Tina s’éleva alors, l’appelant doucement. Toby se tourna vers elle, puis revint à Sonia, visiblement troublé. Il lui demanda de sortir pour ne pas déranger la malade, promettant d’en reparler plus tard. Sonia répondit avec un sourire figé. Elle insista, soulignant qu’il comptait de toute façon ramener Tina chez lui et qu’il serait plus simple de régler cela sans attendre. Elle affirma qu’une fois le divorce acté, elle disparaîtrait de leur vie. Le visage de Toby se ferma. Il prononça son nom avec dureté, comme un avertissement. Il suggéra alors, sur un ton presque moqueur, que sous le regard de Tina, elle n’osait peut-être plus divorcer parce qu’elle aurait fini par s’attacher réellement à lui. Sonia répondit par un sourire d’une élégance glaciale. Tina, quant à elle, observait Toby avec inquiétude, tentant de comprendre ses pensées. Un long silence s’installa. Sonia soutint son regard, attendant sa décision. Finalement, Toby céda. Il annonça qu’il signerait. Sans changer d’expression, il apposa sa signature. Sonia récupéra les documents, visiblement satisfaite, et quitta la chambre sans se retourner, le pas léger, comme libéré. Mais dès qu’elle se retrouva dans le couloir, ses yeux se remplirent de larmes. Six années de mariage, huit années d’amour silencieux… tout s’était achevé sans retour possible. Elle aurait menti en prétendant que cela ne lui faisait rien. La douleur s’abattit sur elle, vive et insistante, semblable à une succession de piqûres plantées au cœur, rappelant que même les décisions les plus justes peuvent laisser des blessures profondes.
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