Chapitre 4

713 Words
Chapitre 4 Dès que la portière se referma, Sonia eut l’impression de reprendre possession d’elle-même. Son maintien redevint droit, son regard assuré, comme si la fragilité laissée devant la chambre d’hôpital n’avait jamais existé. Charles l’observa du coin de l’œil, amusé. — Tu sais quoi ? lança-t-il. Le Celestial est plein de nouvelles têtes aujourd’hui. Des garçons plutôt agréables à regarder. Ça te tente ? Elle resta silencieuse un instant avant de soupirer. — Tu as perdu la raison ? Je viens à peine de redevenir célibataire. Il afficha un sourire énigmatique. — Ce n’est pas pour ça. Quelqu’un veut te voir. — Qui donc ? — Une connaissance commune. Tu comprendras en arrivant. Après une courte hésitation, elle acquiesça. — Très bien. Allons-y. Le Celestial portait bien son nom. L’endroit baignait dans une lumière douce et irréelle, promesse d’évasion et d’oubli. Charles y possédait une salle privée, à l’écart du tumulte. Lorsqu’ils y entrèrent, l’homme assis sur le canapé se leva aussitôt. Il était jeune, mince, le visage sculpté de lignes nettes, avec des sourcils droits qui accentuaient son regard vif. — Sonia, dit-il avec un sourire franc. Je suis heureux de te revoir enfin. Elle fronça légèrement les sourcils. Ce visage lui évoquait quelque chose, sans parvenir à en saisir l’origine. — Tu ne te souviens pas ? intervint Charles. Il y a six ans, dans le comté de Jourdain. Tu accompagnais ton père. Tu avais aidé financièrement un étudiant sans ressources. Les souvenirs affluèrent soudain. — Carl Lee… murmura-t-elle. Le jeune homme sourit plus largement. — Exactement. Au fil de la conversation, Sonia apprit que Carl avait quitté depuis longtemps la pauvreté, qu’il était devenu mannequin professionnel et qu’il apparaissait régulièrement dans les plus grands magazines de Seafield. Elle écoutait avec une curiosité nouvelle. Pendant des années, son univers s’était limité aux Fuller. Découvrir que quelqu’un avait changé de destin grâce à un geste ancien la remplit d’un sentiment étrange, mêlé de fierté. Ils discutèrent longuement, jusqu’à ce que Charles annonce qu’il était temps de partir. À peine eurent-ils quitté la salle qu’un objet fendit l’air. Une bouteille verte vola au-dessus de la tête de Sonia. Elle n’eut pas le temps de réagir. Carl la tira brusquement contre lui. Un choc sourd résonna lorsqu’elle s’écrasa contre son dos. — Tu n’as rien ? demanda-t-il aussitôt. — Et toi ? répondit-elle, inquiète, en examinant son dos. Il secoua la tête. Pas de blessure. Alors Sonia se redressa, le regard glacial, et fixa l’endroit d’où provenait l’attaque. Tyler se tenait là, entouré de quelques amis, visiblement ivre. — Sale traînée ! hurla-t-il. Tu oses coucher avec d’autres hommes derrière le dos de mon frère ? Il avait vu Sonia entrer avec deux hommes et n’en ressortir qu’un long moment plus tard. Son imagination avait fait le reste. La colère l’avait poussé à lancer la bouteille. Charles s’avança, furieux. — Tu veux vraiment chercher les ennuis ? Sonia posa la main sur son bras. — Laisse. C’est à moi de régler ça. Elle s’approcha lentement de Tyler. Celui-ci ricana. — Arrête ton cinéma. De toute façon, je ne t’ai même pas touchée. Son calme à elle était glaçant. — J’ai quelque chose à te dire, dit-elle doucement. — Quoi encore ? — As-tu conscience d’à quel point tu es insupportable ? Elle ne haussa pas la voix. — J’ai été mariée à ton frère six ans. Pas une seule fois tu ne m’as appelée belle-sœur. Tu m’as traitée comme une servante, comme un punching-ball. Je m’occupais de toi chaque jour, et tu n’as jamais fait autre chose que m’insulter. Tyler serra les dents. — Tu— — Silence, le coupa-t-elle. J’ai divorcé de Toby. Il resta figé. — Je n’ai plus aucun lien avec ta famille, poursuivit-elle. Ma vie m’appartient désormais. Avec qui je parle, où je vais, ça ne te concerne pas. Elle se pencha légèrement vers lui. — Et si tu continues à me provoquer, rappelle-toi une chose : tu es mineur, ivre dans un lieu public. La police serait ravie de l’apprendre. Le visage de Tyler vira au rouge. Aucun mot ne sortit de sa bouche. Sans un regard en arrière, Sonia se détourna et s’éloigna, laissant derrière elle le bruit étouffé de la musique et un passé définitivement clos.
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