Chapitre 5

769 Words
Chapitre 5 Après s’être séparée de Charles et de Carl, Sonia rentra seule dans l’ancienne demeure de son père. La maison semblait figée dans le temps : une fine couche de poussière recouvrait les meubles, preuve qu’aucune présence n’y avait veillé depuis longtemps. Sans réfléchir, elle noua un tablier autour de sa taille et entreprit de nettoyer. En déplaçant le canapé, un objet glissa sur le sol. C’était une photographie. Elle se pencha pour la ramasser. Le cliché datait de son mariage avec Toby. Elle y apparaissait radieuse, souriante, presque éblouissante, tandis que l’homme à ses côtés affichait une expression fermée, comme pressé d’en finir. À côté de la photo reposait un carnet usé. En l’ouvrant, elle reconnut son écriture : des pages entières consacrées aux habitudes de Toby, à ses préférences, à ses loisirs. Toute sa vie avait été consignée là, tournée vers un seul homme. À l’époque, elle avait cru protéger un bonheur fragile, pensant qu’avec assez de patience, ce mariage finirait par devenir réel. Aujourd’hui, cette illusion lui paraissait cruellement dérisoire. Sonia redressa la tête, cligna plusieurs fois des yeux pour refouler l’émotion qui montait. Son téléphone vibra soudain. Un message venait d’arriver. *C’est Carl.* — *Tu m’as tendu la main il y a six ans. À présent, c’est à mon tour. Oublie le passé. Vis comme tu l’entends. Je serai toujours derrière toi.* Un léger sourire étira ses lèvres. Ces mots l’avaient touchée, mais elle savait qu’elle ne voulait plus s’appuyer sur qui que ce soit. Pendant six ans, elle s’était effacée, avait renoncé à son caractère et à sa liberté pour correspondre au rôle d’épouse idéale. Elle avait presque oublié la femme indépendante et insouciante qu’elle avait été autrefois. Elle composa alors un numéro qu’elle connaissait par cœur. — Sonia ? Qu’est-ce que tu veux encore ? répondit Toby, d’un ton froid. Sa propre voix ne contenait aucune émotion. — Demain, nous sommes lundi. N’oublie pas le bureau de l’état civil. Il faut finaliser le divorce. Un silence tendu s’installa. — Toi… commença-t-il. Elle raccrocha avant qu’il n’aille plus loin. Dans la chambre principale de la maison Fuller, Toby resta un instant immobile, le téléphone serré dans la main. — Qui c’était ? demanda Tina depuis le lit, d’une voix douce. Il jeta un bref regard vers le balcon, puis rangea l’appareil. — Personne d’important, répondit-il. Prends d’abord ton traitement. Il s’approcha pour ajuster la couverture. Tina, pâle et fragile, agrippa sa main. — Les médicaments sont trop amers… leur goût me donne la nausée, murmura-t-elle. Toby fronça légèrement les sourcils. — Pourtant, dans tes messages, tu disais que tu supportais l’amertume. Sois courageuse. Plus tu les prends sérieusement, plus vite tu iras mieux. Un éclat passa furtivement dans les yeux de Tina. Elle hocha la tête, les larmes au bord des cils. — D’accord… Tu sais bien que je t’écoute toujours. Elle était restée inconsciente pendant six longues années. Malgré son corps affaibli, son tempérament n’avait pas changé depuis l’adolescence. En la regardant, Toby sentit la compassion l’envahir. — La prochaine fois, je demanderai à Tom de remplacer le sirop par des comprimés, dit-il plus doucement. Tina sourit aussitôt, se blottissant contre lui avec enthousiasme. — Tu es le meilleur ! En quittant la chambre, Toby croisa Jean qui montait l’escalier avec un bol fumant. — Comment va Tina ? — Elle a pris ses médicaments. Elle parle avec ses parents, répondit-il. Jean sourit, satisfaite. — Le père de Tina dirige Triforce Enterprise. S’il accepte qu’elle vive ici, c’est qu’il approuve aussi votre union. Nous devons en prendre soin comme il se doit. Ces paroles firent remonter un souvenir chez Toby. L’année précédente, Sonia avait attrapé un simple rhume. Jean s’était mise dans une colère noire, avait renversé des objets au rez-de-chaussée, exigeant que Sonia prépare le dîner malgré sa fièvre. Sonia avait obéi, tremblante d’épuisement. Un trouble fugace traversa l’esprit de Toby, mais il le balaya aussitôt. *Après tout*, se rappela-t-il, *elle avait renversé Tina et profité de l’accident pour m’épouser*. Elle n’avait eu que ce qu’elle méritait. — Où est Tyler ? demanda soudain Jean en regardant autour d’elle. Je ne l’ai pas vu de la journée. Comme pour lui répondre, la porte s’ouvrit brusquement. Tyler entra, le visage sombre, l’air furieux. — Tyler ! s’écria Jean. Que s’est-il passé ? — Rien, maman, répondit-il en repoussant sa main. Il hésita, puis se tourna vers Toby. — Frère… aujourd’hui, j’ai vu Sonia dans un bar. Elle était très proche d’un mannequin. On aurait dit qu’ils… étaient ensemble. Les traits de Toby se figèrent. — Quel mannequin ? demanda-t-il d’une voix basse.
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