Chapitre 8
Dans la demeure des Fuller, l’agitation régnait. Jean, déterminée à effacer toute trace de Sonia, ordonnait à la servante de nettoyer les draps, de ranger les pantoufles, de retirer les tabliers et même de s’occuper de la vaisselle et des baguettes. À son retour, Toby fronça les sourcils, intrigué par cette frénésie. Jean, un sourire moqueur sur les lèvres, expliqua : « Pourquoi conserver les affaires de cette femme ? C’est Tina qui prendra ta place bientôt. » Elle s’approcha, insistant : « Toby, n’oublie pas, tu as tout gagné par ton travail acharné. Ne lui offre rien ! »
L’homme répondit avec un calme feint : « Elle n’a jamais rien demandé. » Mais Jean, sceptique, répliqua vivement : « Impossible ! Comment pourrait-elle renoncer à ce qui pourrait lui appartenir ? Sans argent, comment subviendrait-elle aux besoins de son amant ? » L’idée de Sonia et du mannequin fit grimacer Toby ; sa tête lui semblait prête à éclater. Désireux d’échapper aux reproches de sa mère, il demanda à Tom de lui montrer l’accord de divorce.
En montant à l’étage, il aperçut Tina, assise devant la fenêtre, un livre entre les mains. Elle leva les yeux et lui offrit un sourire tendre, apaisant ses irritations. « Te voilà enfin. » Il répondit doucement, le ton se détendant : « Tu te sens mieux ? » Elle acquiesça, posant son livre sur la table de chevet avant de se lever et de l’enlacer par derrière. « Toby, regrettes-tu notre divorce ? » demanda-t-elle.
Sa voix basse, empreinte de retenue, lui répondit : « Non, je ne ressens rien. Elle m’a trompé en premier. » Les coins de la bouche de Tina se relevèrent légèrement et Toby l’attira contre lui. « Ne parlons plus de ça. L’essentiel, c’est ta santé. Oncle Gray organise un banquet en ton honneur le mois prochain, il te faut te rétablir. »
Tina sourit doucement : « Je sais. » Après son départ, elle composa le numéro de la gouvernante des Gray. « Dites à mon père ce qui s’est passé avec Sonia et ma voiture. » La gouvernante acquiesça immédiatement. Tina, laissant échapper un sourire en observant un cactus sur le rebord de la fenêtre, se sentit légèrement soulagée.
Toby retourna ensuite à son bureau et interrogea Tom : « Où en est le collier Cœur de l’Océan que j’ai commandé ? » Avec respect, Tom précisa que la livraison en provenance d’Italie était attendue dans environ une semaine. Ce collier, œuvre unique du célèbre designer K., représentait un joyau inestimable et serait l’élément central pour demander Tina en mariage lors du banquet.
Tom, conscient de la fortune dépensée, se remémora la froideur de Toby envers Sonia durant leurs six années de mariage : jamais un cadeau, jamais un geste tendre, pas même un collier ou des fleurs. À chaque visite de Sonia au bureau, elle avait été poliment, puis durement repoussée, devenant rapidement la cible de moqueries. Toby, lui, n’avait accordé aucune attention à son ancienne épouse, alors que le même homme se montrait aux petits soins pour Tina.
Toby se replongea dans ses dossiers lorsque son téléphone vibra. Il décrocha et entendit une voix jeune et enjouée : « Toby, regarde les dernières nouvelles en ligne. » Intrigué, il consultait distraitement son écran, jusqu’à ce qu’une image l’immobilise. Sur la photo, Sonia était avec le mannequin, tête inclinée vers lui, lui donnant l’impression d’un geste intime. Le titre en caractères rouges clamait : « Dernière minute ! Le président Fuller divorcé, un mannequin populaire prend sa place ! »
Pour la première fois depuis longtemps, Toby sentit une vague de colère mêlée d’incompréhension le traverser.