Épisode 7

1165 Words
Lorsque j’eus achevé de me préparer, Roman dépêcha son assistant, Mason, pour venir me récupérer. Installée à l’arrière de la Maybach, je m’attendais à être conduite directement chez lui. Pourtant, le véhicule s’arrêta devant un vaste centre commercial. À peine entrée, une équipe entière de stylistes et de maquilleurs m’encercla. Mes cheveux, longs et soigneusement entretenus, furent travaillés en boucles parfaites, tandis qu’un maquillage sophistiqué soulignait mes traits avec une précision presque artistique. On m’enfila une robe de soirée somptueuse, confectionnée sur mesure, qui épousait chaque ligne de mon corps. Autour de mon cou, un collier de diamants, d’une valeur indécente, captait la lumière. Face au miroir, je détaillai mon reflet. L’image renvoyée était celle d’une femme distinguée, élégante, irréprochable. Et pourtant, je ne m’y reconnaissais pas. Cette apparence me rappelait Tara plus que moi-même. Si Griffon m’avait vue ainsi, il aurait pu croire que je cherchais à lui ressembler. Un sourire amer étira mes lèvres. Une fois la métamorphose achevée, Mason me conduisit au Nightshade, la plus imposante boîte de nuit d’Arcadia. Ce lieu n’accueillait qu’une élite soigneusement filtrée. Riches et puissants s’y mêlaient sans distinction d’espèce, humains et métamorphes confondus. Là-bas, l’origine importait peu ; seules comptaient la fortune et l’influence. Le Nightshade promettait une discrétion absolue. Les caméras y étaient presque inexistantes et, même si certaines subsistaient, il aurait été illusoire d’en extraire la moindre image compromettante. Les plus fortunés appréciaient cet endroit précisément pour s’adonner à leurs vices loin des regards. Roman avait sans doute choisi cet endroit pour les mêmes raisons. En imaginant ce qui m’attendait, une pression oppressante serra ma poitrine, au point que j’eus l’impression que mon cœur allait céder. Je suivis Mason hors de l’ascenseur lorsque celui-ci s’arrêta au dernier étage. Il me guida jusqu’à la porte d’un salon privé, passa une carte magnétique, et la lourde porte capitonnée s’ouvrit dans un silence feutré. Une lumière douce baignait la pièce, accompagnée d’une musique discrète. L’ensemble respirait un luxe mesuré, presque raffiné. J’en fus surprise ; j’aurais imaginé chez Roman des goûts plus tapageurs. Sans prévenir, un bras ferme se glissa autour de ma taille. Roman me ramena contre lui, se penchant pour déposer un b****r trop proche à mon goût. Il murmura que j’étais splendide. Un haut-le-cœur me traversa. Je me dégageai légèrement, cherchant à éviter son contact, et c’est alors que je remarquai l’homme assis sur le canapé. Il portait une chemise blanche, ouverte au col, laissant apparaître une partie de son torse, les manches roulées sur ses avant-bras. Dans sa main puissante, un verre de vin paraissait presque fragile. Le liquide sombre scintillait sous l’éclairage tamisé, rappelant la couleur du sang, aussi troublant que le regard qu’il posa sur moi. Je restai figée. Je ne m’attendais pas à trouver Griffon ici. Jamais je n’aurais imaginé qu’il évolue dans le même cercle que Roman. La meute des Chevaliers dominait l’économie des meutes du Midwest et, au-delà, de tout l’hémisphère nord, tandis que la meute Starke n’exerçait son influence qu’à Arcadia. Rien ne laissait supposer qu’ils aient des raisons de se rencontrer ainsi, en privé. Une pensée me traversa l’esprit et me fit frissonner : heureusement que je ne l’avais pas appelé l’autre jour. Autrement, je n’aurais pas seulement perdu la face, j’aurais été rejetée sans ménagement. Comment aurais-je pu espérer qu’il prenne le risque de froisser un allié pour moi ? Pourtant… pourquoi ce regard si sombre posé sur moi ? Était-ce de la colère pour m’avoir vue dans les bras d’un autre ? Presque aussitôt, Griffon détourna les yeux, comme si toute cette agitation sentimentale lui était parfaitement indifférente. La réalité me frappa de plein fouet. Bien sûr. Il n’avait que faire de mes gestes ou de mes choix. Son loup ne manifestait aucune impulsion protectrice à mon égard, aucune possessivité envers la femme qu’il avait pourtant tenue près de lui pendant près de cinq ans. Je baissai les yeux, puis me tournai vers Roman, cherchant à reprendre contenance. Je lui demandai pourquoi il m’avait amenée ici. Il effleura ma joue d’un geste faussement tendre et répondit qu’il souhaitait simplement me présenter à quelques amis, avant de rendre la soirée plus… intéressante. Un frisson glacé parcourut mon échine. Il fallait que je parte, et vite. Mais à cet instant précis, Roman posa sa main sur mon bras et m’entraîna résolument dans la direction de Griffon. Roman ne laissa aucune place au doute lorsqu’il me désigna d’un geste assuré. « Alpha Knight, je vous présente Taya Palmer, ma nouvelle compagne. » L’aisance avec laquelle il prononça ces mots me coupa le souffle. Je ne m’étais pas préparée à être ainsi exposée, surtout pas par lui. Une part de moi avait espéré entendre cette reconnaissance d’une autre voix… mais cette personne se contentait de faire tourner lentement le vin dans son verre, sans même m’accorder un regard. Son détachement était glacial, presque cruel, comme si la scène ne le concernait en rien. Il incarnait à la perfection l’Alpha distant, fermé à toute émotion. Constatant l’indifférence de Griffon, Roman se pencha aussitôt en avant et releva légèrement mon menton. « Alpha Knight, ne trouvez-vous pas qu’elle ressemble énormément à Tara ? » Lors de son passage à la Midwest Packs Corporation, Roman avait croisé Tara, dont les traits rappelaient étrangement les miens. Intrigué, il avait creusé la question et découvert que cette louve, récemment revenue au pays, était liée à Griffon. Sans perdre de temps, il s’était rendu chez les Knight Packs et avait insisté pour que Griffon assiste à cette rencontre, s’appuyant sur cette ressemblance troublante pour attiser son intérêt et, surtout, sécuriser le contrat qu’il convoitait. À ces mots, Griffon releva enfin la tête. Son regard noisette, voilé d’une froideur presque opaque, se posa sur moi. Aucune surprise, aucune reconnaissance n’y brillait. Le silence s’étira, pesant. Il m’observa longuement, comme s’il évaluait un objet sans valeur, puis lâcha d’un ton détaché : « Elle ne lui arrive pas à la cheville. » La phrase s’abattit sur moi avec une violence sourde. J’eus l’impression que l’air quittait mes poumons. « Évidemment, elle ne peut rivaliser avec Mademoiselle Thorin », renchérit Roman. Il serra mon menton entre ses doigts, son regard chargé de mépris. « Une orpheline sans statut, sans héritage, et même sans loup. À l’inverse, Mlle Thorin est l’unique fille de Thorin le Doyen, dotée d’un rang supérieur. » Il poursuivit sans ménagement, soulignant son éducation, son intelligence, tout ce qui, selon lui, me faisait défaut. Comment aurais-je pu prétendre à la moindre comparaison avec Tara ? Je gardai le silence, les lèvres crispées, tandis que la douleur montait en moi par vagues successives. Chaque mot de Roman, déguisé en flatterie à l’attention de Griffon, n’était qu’une manière de m’écraser davantage. Pourtant, Griffon ne sembla même pas entendre ces éloges appuyés. Il ne tourna pas la tête, n’offrit aucun signe d’approbation. Les yeux baissés, il continua de faire tourner son verre, enfermé dans son mutisme, comme si ni Roman ni moi n’existions réellement à ses yeux.
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