Preston lui effleura la main d’un geste apaisant, cherchant à désamorcer la tension. Il lui murmura que Roman n’agissait jamais avec de mauvaises intentions et qu’il n’avait sans doute pas mesuré la portée de ses paroles. Khloé, cependant, n’était pas disposée à lui accorder une indulgence aussi rapide. Jadis figure reconnue de Nightshade, elle refusait désormais que l’on évoque ce passé sous l’angle de la p**********n depuis qu’elle partageait la vie de Preston. S’opposer frontalement à Roman n’était pas une option, mais sa femme, elle, restait à portée. Elle trancha finalement, d’un ton faussement léger, qu’il valait mieux passer à autre chose et profiter de la soirée.
Elle observa l’assemblée, puis ajouta que rester immobile à discuter finirait par lasser tout le monde. Pourquoi ne pas proposer une distraction ? À l’évocation d’un jeu, l’attention générale se raviva aussitôt et plusieurs voix demandèrent de quoi il s’agissait.
Khloé sortit alors un paquet de cartes qu’elle posa soigneusement sur la table basse. Elle suggéra une partie en équipes, avec une règle simple et provocante : le camp perdant devrait se délester d’un vêtement. Roman accueillit l’idée avec un enthousiasme à peine dissimulé et donna immédiatement son accord. Les autres hommes, amusés et curieux, ne cherchèrent pas à se dérober.
Craignant que Griffon ne se sente mal à l’aise face à ce genre de divertissement, Preston se tourna vers lui et lui glissa à voix basse qu’il n’était pas obligé de participer s’il préférait s’abstenir. Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Griffon avait déjà saisi une carte que Khloé lui tendait, lui demandant simplement comment se déroulait la partie. Preston en resta interdit. Son cousin, habituellement distant et peu enclin à fréquenter ce type d’endroits, s’était montré réticent à l’invitation. Et pourtant, ce soir-là, attiré par la promesse de rencontrer une femme évoquant Tara, il s’était joint au groupe et semblait désormais parfaitement à l’aise. La situation avait quelque chose d’inattendu.
Khloé, de son côté, fut agréablement surprise. Les rumeurs prétendaient que Griffon n’éprouvait aucun intérêt pour les femmes, et pourtant il affichait une décontraction naturelle et une volonté sincère de jouer. Un sourire éclaira son visage tandis qu’elle entreprenait d’expliquer les règles, claires et accessibles à tous. Une fois les consignes données, elle procéda au tirage au sort afin de former les équipes.
De mon côté, je demeurais droite sur le canapé, les mains crispées, incapable de décider comment me soustraire à cette idée sans créer de malaise. Alors que je cherchais une échappatoire, Khloé sembla deviner mes pensées. Elle déclara que la participation était obligatoire et me lança, avec une politesse teintée de défi, que je n’allais tout de même pas refuser devant tout le monde. Elle m’appela par mon nom, ce qui attira aussitôt les regards vers moi.
Je sentis la gêne m’envahir, comme si mon refus pouvait gâcher l’ambiance générale. Offenser qui que ce soit n’était pas envisageable. À contrecœur, je me résolus donc à accepter. Constatant ma décision, Khloé se contenta d’un hochement de tête satisfait et n’insista pas davantage.
« On procède par tirage au sort. Les duos qui obtiennent le même chiffre échangent leurs cartes, et défense absolue de s’installer l’un à côté de l’autre. » Khloé déposa les petits papiers pliés au centre de la table, puis associa sans hésiter ceux qui avaient tiré un numéro identique. Quatre participants entreraient en jeu pour la première manche, tandis que les autres attendraient en file. Les numéros un et deux donnaient accès au premier tour. Le hasard m’avait attribué le deux.
Je relevai la tête vers l’autre côté de la table. Griffon tenait le numéro un, ce qui annonçait d’emblée une partie sous tension. Khloé, elle aussi porteuse du même chiffre, arqua légèrement les sourcils, comme si elle savourait déjà la suite. « Et les autres chiffres ? Qui les a ? » Après un court silence, Preston déplia enfin son papier. Il m’adressa un sourire presque implorant. « Les cartes ne sont pas mon fort, je vais devoir m’en remettre à toi. » Je lui rendis un sourire crispé, plus proche d’une grimace que d’un encouragement.
Depuis l’enfance, j’avais toujours été l’élève modèle, obéissant à la directrice de l’orphelinat, puis aux enseignants, plus tard à mon employeur et même à mon compagnon. Les jeux de cartes n’avaient jamais fait partie de ma vie. Lorsque Khloé avait expliqué les règles un peu plus tôt, elle les avait débitées à toute allure, sans me laisser le temps de les assimiler. Preston, pourtant habitué à ce genre de divertissement, semblait lui aussi complètement désorienté. Était-ce vraiment un hasard ? L’idée que Khloé ait manipulé le tirage s’imposa à mon esprit.
Elle fit tourner ses doigts avec lenteur avant de me tendre la dernière carte. « Mademoiselle Palmer, à vous de jouer. » Le timbre soudainement suave de sa voix me donna un frisson d’inconfort. Mon cœur se mit à battre trop vite : perdre signifiait me défaire de ma robe, l’unique vêtement que je portais. L’image de moi exposée aux regards me traversa l’esprit avec une brutalité humiliante.
Il était évident qu’elle se servait de cette partie pour assouvir son ressentiment, depuis que Roman l’avait blessée par ses paroles. J’en avais conscience, mais ma main était désastreuse. À cela s’ajoutait le jeu hésitant de Preston, qui accentuait mon stress jusqu’à me faire perler de sueur. Griffon, de son côté, se montrait inflexible, ne laissant passer aucune occasion de me dominer. Même lorsque je posais une carte insignifiante, il répliquait avec la plus forte, écrasant chaque tentative. La colère et la honte me montèrent au visage.
Roman s’en aperçut aussitôt. Sans un mot, il me tira contre lui et m’installa sur ses genoux, cherchant à m’apaiser. « Ne t’en fais pas, je vais te guider », murmura-t-il, comme une promesse chuchotée au milieu du tumulte.