Épisode 11

1154 Words
Roman saisit l’instant pour me glisser une bouteille de vin entre les mains, un sourire calculé aux lèvres. « Alpha Knight, pourquoi ne pas laisser Taya te servir un verre ? » Son intention était claire : il espérait me voir humiliée devant l’assemblée. Pourtant, il comprit aussitôt l’erreur de son stratagème. J’étais sa compagne pour la soirée, celle qu’il avait officiellement présentée comme sa petite amie. M’exposer ainsi, surtout en présence d’un Alpha, l’aurait couvert de ridicule. Ce retournement inattendu fut ma seule échappatoire. Preston réagit sans attendre et valida la proposition d’un ton faussement léger. « Qu’elle te serve un verre, ce sera bien suffisant comme sanction. » Il m’indiqua aussitôt de m’exécuter auprès de Griffon. Je demeurai interdite. Depuis quand un geste aussi banal pouvait-il être assimilé à une punition ? Je levai les yeux vers lui. Son expression demeurait parfaitement neutre, impénétrable, comme s’il s’était coupé de toute émotion. Il tenait un verre depuis le début de la réception, mais je ne l’avais pas vu y porter les lèvres. J’ignorais ce qu’il contenait, ni même s’il y avait quoi que ce soit à craindre. Rassemblant ce qu’il me restait de courage, je saisis la bouteille de vin rouge, manifestement coûteuse, et m’avançai vers lui. Je m’inclinai légèrement pour verser, lorsque sa main se leva brusquement et bloqua le bord du verre. Son regard s’abattit sur moi avec dureté. Un seul mot franchit ses lèvres, sec et tranchant : « Sale. » Mon cœur se contracta violemment. La douleur me coupa presque la respiration. Ma main tremblait encore autour de la bouteille, tandis que je restais figée face à lui. Nos regards se croisèrent. Il n’y avait aucune chaleur dans le sien, uniquement du dédain. Chez les métamorphes, il n’était pas rare que les humains, ou ceux privés de leur loup, soient considérés comme inférieurs. Mais cette hostilité dépassait l’entendement. S’il me jugeait impure, comment expliquer alors les années passées dans ses bras ? « Tu as partagé mon lit pendant cinq ans », pensai-je avec amertume. Peu importe les soins, les efforts pour me rendre acceptable, je ne serais jamais des leurs. Une colère sourde monta en moi. Je me redressai et tendis la bouteille à Roman, visiblement agacée. « Bêta Starke, puisque le Chevalier Alpha me trouve indigne, peut-être devrais-tu t’en charger toi-même. » Sa voix, lorsqu’elle reprit, se fit douce, presque apaisante. Le simple fait qu’elle s’adresse à lui en l’appelant ainsi sembla couper le souffle à Roman. Submergé par le désir, il la serra contre lui, cherchant à la rassurer. « Très bien, je m’en occupe. » Il récupéra la bouteille et servit Griffon sans hésiter. « Ne te fais pas de fausses idées, Chevalier Alpha. Ce n’est pas ce genre de femme. Elle est irréprochable. » Griffon émit un reniflement moqueur. « Vraiment ? » Son rire, bref et cruel, sembla vider Taya de toute assurance. Roman la dévisagea, troublé. La scène avait quelque chose de dérangeant. Pourquoi Griffon semblait-il prendre plaisir à la mettre mal à l’aise ? Était-ce un jeu de pouvoir, simplement parce qu’elle était humaine ? Craignant que cette tension ne nuise au projet tant convoité par sa meute, Roman s’empressa de clarifier la situation, affichant un sourire confiant. « Crois-moi, j’en ai la certitude. Elle est parfaitement saine. » Les doigts de Griffon se crispèrent autour de son verre, au point qu’on aurait cru qu’il allait le réduire en miettes. Il releva lentement la tête et planta sur Roman un regard glacé. « Et comment peux-tu en être si sûr ? » Roman, inconscient du malaise qu’il provoquait, répondit avec une fierté déplacée : « J’ai couché avec elle, évidemment. » Je n'avais jamais imaginé que Roman puisse mentir, ce qui me laissait sans réaction. Griffon était incroyablement méticuleux et possessif. Aucun autre homme ne pouvait toucher à mon corps, ni même m'approcher de manière intime, tant que notre contrat était en cours. Bien que nous n'entretenions aucune relation amoureuse – bien que j'aurais tellement voulu qu'il m'accorde ses sentiments – cela n'avait pas d'importance. Tout ce qui appartenait à Alpha Knight, même de manière indirecte, était strictement protégé, et Griffon veillait à chaque détail de ses possessions. Leur apparence, leur parfum, leur texture... L'importance du contrôle qu'il exerçait sur tout était difficile à décrire sans exagérer. J'avais l'envie irrésistible de lui expliquer, mais après tout ce qui s'était passé entre nous, cela ne servirait à rien. De toute façon, je n'étais plus à sa portée, et je ne lui devais plus aucune explication après avoir été écartée si facilement de sa vie. Lorsqu'une hésitation m'a traversée, Griffon m'a donné un signe de tête et a lancé : « Qu'elle serve le vin. » Roman m'a tendu la bouteille sans perdre un instant, ajoutant : « Dépêche-toi. » Je ne comprenais pas cette nouvelle attitude de Griffon, mais je me suis exécutée. J'ai pris la bouteille, me suis penchée et, avant même de verser, il a de nouveau recouvert le bord du verre de sa main. Ses yeux se plissèrent légèrement, et un sourire narquois se dessina sur ses lèvres. « À genoux », ordonna-t-il, d'une voix grave et autoritaire. Je me sentis désarçonnée par cette demande. Bien que je fusse, en quelque sorte, son amante secrète, je n’étais pas sa soumise. Jamais il ne m’avait adressé une telle requête. Une partie de moi, malgré tout, était prête à céder à son désir, prête à me soumettre pour lui plaire. Je désirais tant qu'il m'accorde toute son attention. Sa simple présence éveillait en moi une multitude de sensations puissantes, un désir brûlant, un besoin d'être près de lui. Mais en me souvenant de la manière dont il m'avait rejetée, comme si je n'étais qu'une personne parmi tant d'autres, sans valeur, sans sentiments, je pris une grande inspiration. Il m'avait traité comme une simple distraction, sans plus. Je redressai la tête et, d'un ton ferme, je dis : « Alpha Knight, je ne sais pas ce qui vous a déplu chez moi, mais je perçois bien qu'il y a un malaise. » Je me retournai et reposai la bouteille sur la table. Prenant mon sac, je fis un pas vers la porte. « Je m'en vais, et je n'oserai plus vous importuner. » Mais avant que je puisse franchir le seuil, Roman m'agrippa le bras. « Inutile de partir. Reste, et profites de la soirée. » Sa voix, plus basse maintenant, murmura à mon oreille : « N'oublie pas de penser à ton meilleur ami. » Je repris rapidement contenance. J'avais espéré que la colère de Griffon me donnerait une occasion de fuir, mais l'attitude persévérante de Roman, désirant absolument satisfaire Griffon pour ses propres intérêts, commençait à me fatiguer. Cependant, je ne pouvais pas, sous aucun prétexte, entraîner Harper dans cette histoire. Je me retournai, pris la bouteille de vin et, dans un geste empli de résignation, je m'agenouillai devant Griffon.
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