Taya leva lentement la main pour effacer la trace poisseuse de vin rouge qui maculait sa joue. Sa voix, à peine audible, trembla lorsqu’elle répondit simplement : « Oui. » Roman se pencha vers elle, scrutant chaque détail de son visage, comme s’il cherchait une faille dans son récit. « Comment ça ? » demanda-t-il d’un ton bas. Après une courte hésitation, elle reprit, le regard fuyant. Elle expliqua qu’elle savait sa ressemblance frappante avec Mlle Thorin et qu’un soir, chargée d’apporter des dossiers à Alpha Knight, elle avait glissé de l’aconit dans son verre. Son intention était de le troubler, de l’attirer à elle, de provoquer une nuit entre eux. Mais rien ne s’était passé comme prévu. Il n’avait montré aucun signe de faiblesse et l’avait expulsée sans ménagement. Selon elle, c’était sans doute pour cette raison qu’il l’avait ensuite insultée, la réduisant à une fille légère et sans valeur.
Ces aveux dissipèrent une grande partie des soupçons de Roman. Jusqu’alors, il avait imaginé l’existence d’une intimité cachée, peut-être même d’un attachement secret, entre Griffon et elle. Après tout, lorsqu’un homme et une femme se côtoyaient, il n’était pas rare que les limites se brouillent. Toutefois, il n’avait jamais envisagé Taya comme une opportuniste cherchant à s’élever en séduisant Griffon, échouant lamentablement et récoltant en retour son mépris. Malgré cela, une question continuait de le troubler : pourquoi s’en prendre à Griffon ? Alpha Knight était connu pour son caractère impitoyable et distant. Si elle avait voulu compenser l’absence de louve ou améliorer sa condition, ou encore soutirer de l’argent à un homme puissant, comment avait-elle pu croire une seule seconde que Griffon serait une cible accessible ? Peu à peu, Roman en vint à une conclusion plus crédible. Elle ne recherchait ni richesse ni statut, mais nourrissait pour lui un sentiment mal dirigé, voué à rester à sens unique face à un homme aussi glacial. Comme pour confirmer cette pensée, Taya murmura : « Je l’ai toujours voulu. » Une lueur fragile, proche de l’amour, traversa son regard, et Roman se surprit à la croire. « Vraiment ? » souffla-t-il, plus apaisé.
Rassuré pour l’instant, Roman l’aida à se redresser avant de la tirer contre lui et de l’installer sur ses genoux. Qu’importait qu’elle éprouve quelque chose pour un autre homme ? Il n’avait aucune intention de la garder à ses côtés une fois ses propres désirs satisfaits. De toute manière, elle ne correspondait pas à ce qu’il considérait comme une compagne idéale. Une femme dépourvue de loup n’avait, à ses yeux, rien d’exceptionnel. Du bout de ses doigts froids, il effaça les dernières traces de vin sur son visage et le long de son cou, tandis que son autre main glissait lentement sur sa silhouette. « Ma chère… je ne t’imaginais pas assez téméraire pour tenter de piéger Griffon et de chercher à partager son lit. » Il eut une pensée fugace : à la place de Griffon, il n’aurait pas résisté. Diable, il n’aurait même pas eu besoin d’aconit pour céder au charme troublant de la ravissante Taya.
Mon corps se tendit sous la pression, comme un fil prêt à casser. La peur d'aggraver la situation me paralysait. Chaque mouvement, chaque souffle, semblait risquer de pousser Roman à en faire plus. Je luttais intérieurement pour maintenir une façade de calme, mais l'inquiétude me rongeait.
« Si un jour je venais à t’aimer, Bela Starke, je ferais sans doute ce que tu désires. » Ses mots résonnèrent dans mes oreilles, tandis qu’il m’attirait contre lui, ma robe encore imbibée de vin rouge se collant à sa peau. Puis, sa tête se pencha lentement vers mon cou, un frisson glacé parcourant ma peau.
« Je ne peux pas attendre aussi longtemps. » Ces paroles, à peine chuchotées, étaient suivies de gestes qui me firent pâlir. Il releva ma robe, la faisant glisser jusqu'à ma taille, avant de déboutonner son pantalon. Un froid glacial s’empara de moi, mes mains se tendirent désespérément vers son torse dans une tentative futile de repousser l'inévitable. Mais cela ne fit qu'accroître son excitation. Ses bras m’enserrèrent plus fermement, et une douleur aiguë me traversa le cou alors qu’il y mordait plus fort.
Pris au piège, je n'avais d'autre choix que d'essayer de lutter encore, de toutes mes forces. Mais la tension, l'angoisse, me paralysaient à chaque mouvement.
Je balayai la pièce du regard, mes yeux cherchant mon sac. Il était là, sur le canapé, juste hors de portée. La panique m’envahit alors que mes mains devenaient moites, couvertes de sueur froide. Pourtant, il me fallait garder mon calme. Je n'avais pas d'autre choix.
« Roman… Tu veux le projet d'Alpha Knight, n’est-ce pas ? Laisse-moi faire et je pourrais t'aider à l’obtenir. »
Il s’arrêta de manipuler son pantalon, ses doigts suspendus dans l'air. Son regard se fit plus intense. « Tu pourrais m'aider à l’obtenir ? »
Je pris une profonde inspiration avant de poursuivre, espérant que mes mots aient l'impact nécessaire. « J’ai échoué dans mon plan pour séduire Alpha Knight, mais il y a eu un moment où il m’a prise pour Mlle Thorin. Il m’a embrassée. Et j’ai tout enregistré. Si je l’utilise pour le faire chanter, il obéira, sans hésiter. Je peux t'aider à obtenir le projet en l'utilisant. »
Roman parut soudainement plus attentif, comme si mes paroles avaient éveillé un intérêt tout à fait nouveau. Ce projet, qui débuterait le mois suivant, pourrait être la clé de sa montée en puissance. Si son père réussissait à obtenir ce contrat pour la meute Starke, il lui confierait le titre d'Alpha. Mais l’opposition était de taille : la meute Collins, l’une des plus puissantes du pays, n’allait pas se laisser faire. Ils étaient plus riches, mieux équipés, et capables de réaliser le projet à un prix beaucoup plus bas.
Dans cet environnement féroce, la seule chance de Roman était d’établir des liens solides avec Griffon, de l’amadouer, de gagner sa confiance. Mais y parvenir était une tâche bien plus complexe qu’il ne l’avait imaginé. Sans l’aide de Preston, il n’aurait même pas eu l’occasion de rencontrer l’Alpha. Se rapprocher de lui devenait presque une mission impossible. Mais si Taya pouvait l’aider… Ses talents tactiques pourraient bien être sa seule option.
Un doute s’immisça alors dans l’esprit de Roman. Il la fixa avec suspicion. « Pourquoi ne pas l’avoir déjà fait chanter pour qu’il soit avec toi ? »
Elle haussait les épaules, décontractée. « Je l’ai déjà menacé. Je lui ai dit que je voulais être sa petite amie, mais il a refusé. »
Roman plissa les yeux, cherchant à comprendre. « Et si ce n’était pas suffisant pour qu’il accepte, qu’est-ce qui te fait croire qu’il changera d’avis maintenant ? »
« Si cette fois il refuse encore, j’enverrai la vidéo à Mme Thorin », répondit-elle avec une détermination froide.
Une lueur d’intérêt traversa les yeux de Roman. « C’est donc parce que tu ne veux pas coucher avec moi que tu fais ça. » Il marqua une pause, surpris par sa franchise.
Elle lui lança un regard direct. « Oui, c’est exactement ça. Je t’ai déjà dit que je ne pouvais pas avoir de relations intimes avec quelqu’un que je n’aime pas. Mais pour l’instant, je peux t’aider. »
Les paroles de Taya résonnèrent dans l’esprit de Roman. Loin de la femme qu’il pensait être, elle ne semblait intéressée ni par le pouvoir, ni par l’argent. Et en entendant sa confession à propos d’Alpha Knight, une révélation le frappa : elle était attirée par un homme beaucoup plus puissant. Rien d’étonnant à ce qu’elle ne lui accorde pas d’attention. Elle n’était pas une simple joueuse dans ce jeu, mais une tacticienne de haut niveau.
Roman ne put s’empêcher de l’observer différemment. Elle avait impressionné sa réflexion il y a quelques jours, mais aujourd’hui, elle éveillait en lui un respect inattendu. Taya n’était pas une femme à sous-estimer. C’était une redoutable alliée. Si quelqu’un pouvait l'aider à décrocher le projet de Westen City, c’était bien elle. Mais, avant toute chose, il devait la convaincre.
Il la fixa intensément, attrapant son menton pour la forcer à le regarder. « Je vais m’y engager, juste cette fois. Mais sache ceci : si tu fais une erreur, tous les membres de ma meute s’en prendront à Harper. »
Il savait que Harper était le talon d’Achille de Taya, son point faible. Et c’était précisément ce qu’il lui fallait pour s’assurer de sa soumission.