Épisode 14

1010 Words
La colère me secouait jusqu’aux os. Comment avait-il pu utiliser Harper comme une arme, la mêler à cette histoire alors qu’elle n’y était pour rien ? Je ne pouvais pas me permettre la moindre erreur. La seule certitude qui me restait, c’était qu’il ne fallait prendre aucun risque. Plus pour longtemps. Lorsque je ne serais plus là, tout s’arrêterait enfin, et Harper serait hors d’atteinte. Cette pensée me força à serrer la mâchoire. « Ne t’en fais pas. » Ce n’est qu’alors que Roman relâcha son emprise. Une nuance indéchiffrable passa dans sa voix, presque un regret, tandis que ses doigts s’attardaient sur mon menton et qu’il me scrutait avec insistance. « J’avais vraiment envie de toi… mais maintenant… » Ses griffes s’allongèrent, il passa lentement sa langue sur une canine, m’observant avec un sourire chargé de provocation. « Concentrons-nous plutôt sur le projet de Westen City. Il compte davantage pour ma meute que tes soupirs. Quand ce sera réglé, nous verrons ce qu’il advient de nous. » Je déglutis péniblement, luttant pour ne pas frémir sous la pression de sa main. Il se pencha, m’embrassa avec une fougue calculée, puis se détourna brusquement et s’éloigna. Bo n’était plus là. Étendue sur le sol, je laissai échapper un long souffle, soulagée d’être encore entière. Je finis par me redresser en prenant appui sur le canapé, chaque muscle tremblant. J’ignorais désormais lequel des deux me glaçait le plus le sang : Roman ou Griffon. Les doigts instables, je fouillai mon sac, en sortis mes médicaments et avalai plusieurs comprimés pour apaiser les battements affolés de mon cœur, avant de me traîner hors de la maison. Lorsque je franchis enfin les limites de Nightshade, une bourrasque glaciale fouetta ma robe, sans pourtant parvenir à me faire frissonner. Le corps vidé, je marchai mécaniquement vers chez moi, avançant comme une ombre. Une berline surgit et se plaça devant moi. André en descendit, s’approcha et déclara d’un ton mesuré : « Mademoiselle Palmer, Alpha Knight souhaite vous voir. » Je poursuivis ma route, le visage fermé, feignant de ne pas l’entendre. Il posa alors la main sur mon coude pour m’arrêter. « Mademoiselle Palmer, vous savez comment est Alpha Knight. Il vaut mieux éviter de le contrarier. » Évidemment. L’idée me fit presque sourire intérieurement. Comment une orpheline sans loup ni influence aurait-elle pu offenser un homme tel que Griffon ? Pourtant, je n’osais imaginer les conséquences d’un refus. Ce qui m’attendait risquait d’être bien plus éprouvant que les jeux cruels de Roman. Résignée, je montai dans la voiture. À ma surprise, Griffon se trouvait déjà à l’intérieur ; je m’étais attendue à ce qu’André me conduise jusqu’à lui. Le contraste entre nous avait quelque chose d’irréel : l’alpha impeccable, parfum rare et costume taillé sur mesure, face à moi, encore imprégnée de vin et d’humiliation. Sa montre luxueuse brillait, tandis que je n’avais rien d’autre que mon épuisement. Je ne désirais qu’une chose : disparaître, en finir. « Alpha Knight, » lançai-je d’une voix sèche, « que me voulez-vous ? » Il tourna légèrement la tête, les lèvres pincées par mon ton. Jamais, lorsque j’étais à ses côtés, je ne m’étais permis une telle froideur. Son regard sombre sembla sonder jusqu’à mon âme, m’obligeant à me rappeler de respirer. Je détournai les yeux, mais il se pencha soudain vers moi, réduisant l’espace entre nous. Le parfum doux de l’eau de Cologne de Griffon se mêlait à celui du vin sucré qui imprégnait ma robe, un mélange enivrant qui me provoquait une légère sensation de vertige. Alors qu’il se rapprochait de moi, je ressentis une montée de panique. Je tentai de me dégager, cherchant frénétiquement la poignée de la portière, mais l'espace dans la voiture était trop étroit. Mon corps se retrouva piégé contre la paroi métallique, et ma main errante ne parvint pas à saisir le loquet. Griffon s'avança davantage, me bloquant contre la portière, une main appuyée contre la vitre, l’autre tenant fermement mon bras. Son regard glissa sur mon corps, s’attardant un instant sur le collier en diamants qui décorait mon cou. Après ce qui me sembla une éternité, un rire froid s’échappa de ses lèvres. « On dirait que ton nouveau sugar daddy prend soin de toi. » Un sourire, qui n’atteignait pas ses yeux, se dessina brièvement sur son visage. Cependant, ce sourire, rare et calculé, n’avait rien de rassurant. Il semblait plus menaçant que son expression habituelle. J’aurais voulu répliquer, mais ses paroles me figèrent. "Nouveau sugar daddy", voilà ce qu’il venait de dire. Dès l’instant où Roman m’avait introduite comme sa femme, je n'avais plus aucun argument à opposer. Il ne me croirait pas, et de toute façon, pourquoi perdre mon temps à défendre l’indéfendable ? À quoi bon ? Ne recevant aucune réponse, Griffon perdit patience. Il effaça instantanément son sourire, et une ombre froide envahit ses traits. Il leva la main, effleurant ma joue, ses doigts glissant lentement vers l'arrière de mon oreille. La froideur de sa peau contre la mienne me fit frissonner. Comparé à l’écœurement que m’avait causé le contact de Roman, celui de Griffon me glacait d’effroi. La force brute qui émanait de lui, sa présence d'Alpha, était imposante. Même sans l'influence d'un loup, il régnait par sa seule domination. Sa main se faufila plus profondément autour de mon oreille, puis il saisit ma nuque avec une autorité qu'il n'avait même pas besoin d'exercer pour être ressentie. Il força ma tête à se tourner vers lui, et, baissant la voix, il me demanda d’un ton tranchant : « Quand avez-vous couché ensemble, et combien de fois ? » Il me tira plus près de lui, l’air lourd de son parfum envahissant mes sens. Ma peau frissonna de nouveau sous l’intensité de sa proximité. Je me détestai, moi qui avais laissé Roman m'approcher ainsi, et je détournai soudainement la tête, fuyant le contact. Mais sa main se ferma sur ma gorge, ses doigts se posant là où Roman m’avait laissée marquée. Sa voix devint menaçante. « Tu viens de coucher avec lui. »
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