Épisode 6

1415 Words
Roman se moquait de ce que je pouvais ressentir. Il tira brutalement sur mon pyjama et, lorsque sa paume rugueuse glissa contre le creux de mes reins, un cri incontrôlable m’échappa. La peur me transperça. Je l’appelai par son nom, d’une voix si forte que son geste se figea net. L’arrêt ne dura qu’un instant. Presque aussitôt, il recommença à s’acharner sur mes vêtements. Je percevais clairement la domination de son loup, prête à engloutir ce qu’il restait de raison. Je savais ce que cela signifiait : lorsque la bête prenait le contrôle, aucun mot ne pouvait l’atteindre. J’avais déjà connu cela avec Griffon, et cette mémoire me glaça. À cet instant, je regrettai amèrement de ne pas avoir une arme pour me défendre, quitte à l’abattre. Je rassemblai le peu de courage qu’il me restait. Je le menaçai, la voix tremblante mais ferme, jurant que s’il osait me forcer, je le traînerais devant le tribunal de la meute dès le lendemain. Sa main s’immobilisa encore, puis il éclata d’un rire moqueur, comme si ma menace l’amusait profondément. Il me lança que je pensais vraiment l’effrayer, avant de me rabaisser avec cruauté, rappelant mon statut dérisoire face à lui. La rage me serra la poitrine. Je lui répondis que, quelle que soit la puissance de sa meute, je dévoilerais son scandale au grand jour. Il se contenta de hausser un sourcil, un sourire arrogant aux lèvres, affirmant que la publicité ne lui faisait pas peur. À cet instant, le sentiment d’impuissance m’écrasa. Roman n’était pas seulement un dépravé : c’était un loup riche, influent, capable de modeler la vérité à sa guise. Je n’avais aucune chance en l’affrontant directement. Ni ma force ni ma position ne pouvaient rivaliser avec les siennes. La seule issue passait par la ruse. Je fis donc retomber ma voix, la rendant presque douce, et lui dis que je ne cherchais pas à le menacer. J’expliquai simplement mon malaise à l’idée de partager un lit sans amour. Cette déclaration sembla piquer sa curiosité ; ses sourcils se relevèrent légèrement. Il répondit avec une vulgarité assumée, avouant son impatience, avant de déposer un b****r sur ma clavicule. Le dégoût me souleva le cœur, mais je l’avalai de force. Je lui demandai du temps, quelques instants de répit pour m’habituer à lui. Je prétendis que, lorsque des sentiments naîtraient, tout serait plus simple, plus agréable. Je soulignai que la contrainte ne lui apporterait pas le même plaisir. Il resta sceptique, indifférent au désir ou au consentement des femmes qu’il prenait. Seul comptait son propre plaisir. Je retins l’envie de le frapper et continuai à plaider, parlant des différences entre un corps pris sans émotion et une union nourrie par des sentiments véritables. Il me fixa longuement, conscient de ma tentative pour gagner du temps. Selon lui, le s**e restait le même, avec ou sans amour. J’insistai, décrivant des moments plus intenses, réservés à ceux qui s’aiment réellement. Il s’approcha encore et me demanda si j’avais déjà connu cela. Je demeurai silencieuse. L’image de Griffon m’enlaçant traversa mon esprit, serrant douloureusement mon cœur. Je me demandai ce qu’il ressentirait s’il savait ce qui se passait. De la colère, de la jalousie, ou peut-être rien du tout. Cette pensée me vida de toute force. Roman ricana devant mon mutisme, trouvant l’idée que je puisse tomber amoureuse de lui presque attendrissante. Pour lui, les femmes n’étaient que des proies, et les sentiments une perte de temps absurde. Je me sentais proche de la défaite, mais je remarquai que la lueur brûlante de son regard avait faibli. J’en profitai. Je l’appelai par son titre, puis par son prénom, et lui proposai un délai. Trois mois. Je lui promis qu’alors, si des sentiments naissaient, je viendrais à lui de mon plein gré. Il refusa sèchement, un grondement rauque dans la voix, affirmant que son loup ne pouvait patienter aussi longtemps. Pourtant, je percevais encore une ouverture. Je réduisis ma demande à deux mois. Il me saisit alors le menton, la pression de ses doigts presque douloureuse, laissant apparaître la pointe de ses griffes. Son verdict tomba, implacable : trois jours. Trois mois, c’était ce que j’avais proposé, persuadée que je ne serais plus là à l’issue de ce délai. Et si, par miracle, Roman éprouvait encore un quelconque attachement après cela… il pouvait bien aller au diable. Mais trois jours seulement ? Cette exigence m’a coupé le souffle. J’étais sur le point de protester quand il m’a relâchée sans ménagement. J’ai ravivé mes mots dans ma gorge. Peu importe. Au moins, cette nuit m’offrait une échappatoire. « Très bien, mon amour. » Il s’est penché vers moi et a déposé un b****r sur ma joue. « Je te laisse tranquille ce soir. On se retrouve dans trois jours. » J’ai porté la main à l’endroit qu’il avait touché, luttant contre l’envie de frotter ma peau, écœurée. J’ai forcé mes traits à rester soumis et j’ai acquiescé. Satisfait, Roman s’est dirigé vers la sortie. « Au fait… » Il s’est immobilisé, puis s’est retourné, son regard lourd de sous-entendus. « Harper est bien ton amie, n’est-ce pas ? » Mon masque s’est fissuré une fraction de seconde. « Qu’est-ce que tu lui veux ? » « Rien du tout. Reste ici et attends-moi. Ne fais rien d’inutile. » Il a laissé échapper un rire doux. Aucune menace formulée, pourtant le message était limpide. Si je tentais de disparaître, Harper en paierait le prix. Une vague de détresse m’a submergée, m’obligeant à desserrer les poings. « Ne la mêle pas à ça. Je resterai. » Roman m’a envoyé un b****r moqueur. « Sage décision. » Dès qu’il a quitté la pièce, j’ai claqué la porte et tiré le verrou avant de me précipiter dans la salle de bain. Dans la baignoire, j’ai saisi un gant et me suis acharnée sur ma peau, frottant chaque endroit où ses lèvres et ses mains s’étaient posées. Même lorsque ma chair est devenue douloureuse, marquée de rougeurs et d’ecchymoses, la sensation persistait. J’ai lavé encore, puis encore, jusqu’à l’épuisement. Lentement, ma respiration s’est apaisée. Je n’avais pas le choix. Désobéir signifiait condamner Harper. Trois jours. C’était tout ce que j’avais pour trouver une issue, faute de quoi je redoutais ce qu’il serait capable de lui infliger. Enveloppée dans une serviette, je suis retournée dans la chambre et j’ai attrapé mon téléphone, l’idée d’appeler la police me traversant l’esprit. Mais l’influence de Roman m’a glacée. J’ai abandonné. Ma vie comptait peu désormais. La fin approchait. Harper, elle, avait encore tout à vivre : un mariage, un compagnon, des enfants… l’existence que j’avais toujours espérée. Je ne pouvais pas la sacrifier. Je suis restée immobile longtemps, perdue dans mes pensées. Finalement, j’ai parcouru mes contacts jusqu’à m’arrêter sur un numéro bloqué. Ce nom faisait battre mon cœur trop vite. Il était le seul capable de tenir tête à Roman. Pourtant, il ne voulait plus entendre parler de moi. Si j’appelais… décrocherait-il ? L’hésitation m’a paralysée. Je connaissais Griffon. Lorsqu’il tournait la page, il ne revenait jamais en arrière. Je n’ai pas insisté. Il aurait pu croire que je cherchais à le manipuler. J’avais choisi de partir sans bruit, avec ce qu’il me restait de dignité. Je suis sortie pour faire faire un double de clé et acheter mes médicaments. Le médecin insistait pour une hospitalisation, pour attendre un hypothétique donneur compatible. J’ai refusé. Ma maladie cardiaque était présente depuis la naissance. Un temps, l’intervention chirurgicale avait amélioré mon état, mais les deux violents chocs reçus au cœur cinq ans plus tôt avaient tout aggravé. Les rechutes s’étaient enchaînées, malgré les traitements. J’avais tant rêvé de trouver mon loup… Les métamorphes de mon âge n’enduraient pas ce genre de faiblesse. Depuis quelques mois, les œdèmes et l’essoufflement annonçaient l’insuffisance cardiaque terminale. Je savais ce que cela signifiait. Je n’espérais plus de greffe. Je n’espérais plus la bénédiction d’un loup. La déesse m’avait abandonnée, me laissant humaine jusqu’au terme de ma brève et pitoyable existence. Les médicaments que je prenais servaient surtout à calmer la douleur et contenir l’œdème. Mon apparence restait l’un de mes rares atouts, et je refusais de finir défigurée par la maladie. J’ai avalé une poignée de comprimés d’un seul geste, puis glissé une bombe lacrymogène et un pointeur laser dans mon sac. Je n’avais pas trouvé de meilleure solution. Il me faudrait affronter Roman directement. Une vie contre une autre. Le marché était clair. De toute façon, je n’avais plus rien à perdre.
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