_« Mon Dieu, madame, » fit le jeune homme en souriant, « c’est qu’il n’y a guère qu’un certain nombre d’histoires de chasse, et ils les auront bientôt toutes dites. Pourtant, je ne connaissais pas celle que vient de nous servir Prosny et qui dépasse un peu la permission… Mais il faut pardonner leurs gasconnades aux chasseurs, en pensant à ce que cette passion représente de vie saine et naturelle dans notre existence factice et frelatée de civilisés… » — « J’avoue ne pas saisir, » reprit Juliette, « ce qu’il y a de bien sain et de bien naturel à se poster sept ou huit au bord d’un bois pour fusiller, à bout portant, de malheureux lapins et des faisans, que vous ne faites même pas lever vous-même… » — « D’abord ce n’est qu’une espèce de chasse, » dit Casal, « mais c’est pourtant un commencement… On prend le goût d’un gibier plus difficile, et j’ai vu des camarades à moi, oh ! pas beaucoup, mais j’en ai vu partir de là et finir par aller chasser le tigre aux Indes, le buffle en Afrique, et le mouflon dans le Turkestan. Croiriez-vous cela, madame, que trois de mes amis ont eu le courage d’aller chercher là-bas, sur les frontières de la Chine, une bête dont parlait le voyageur Marco-Polo, l'ovis poli, et ils l’ont retrouvée et tuée. » — « Avez-vous fait vous-même de ces grandes chasses ? » demanda-t-elle. — « Quelques-unes, » répondit-il, « les plus faciles. Je suis allé aux Indes, et j’ai tué ma demi-douzaine de tigres, comme tout le monde. Mais j’ai gardé de ce voyage des impressions uniques… Quand on a vu se lever beaucoup d’aurores, par les fenêtres du cercle, cela vous change jusqu’au ravissement d’en voir d’autres à dos d’éléphant, et de traverser quelqu’une de ces vastes rivières qui coulent toutes roses et enluminées sous un ciel qui s’enflamme… Avec un peu de danger pour agrémenter le paysage, je ne dis pas que ça n’ennuierait pas à la longue, mais c’est exquis. Je vous jure qu’on trouve la vie de club et de fête bien mesquine à ces moments-là… » — « Mais alors pourquoi la menez-vous ? » interrogea-t-elle. Le petit frisson que donne à toutes les femmes la sensation du courage personnel de l’homme avait été si vif pendant ces quelques paroles de Casal, qu’elle avait cessé de se surveiller pour une seconde. Son exclamation la surprit elle-même, en la faisant un peu rougir. Elle se trouva trop familière et elle eut peur qu’il n’en profitât tout de suite pour se familiariser de son côté avec elle. Il eut la finesse de répondre en secouant la tête, avec une espèce de bonhomie gaie : — « C’est l’histoire des femmes mal mariées, madame. C’est joué, c’est perdu. On a commencé à s’amuser, ou ce qu’on appelle ainsi, à vingt ans, parce qu’on était jeune ; on continue à cinquante parce qu’on ne l’est plus… On est un inutile et un raté. Mais quand on le sait… » Il riait, en disant cela, du rire d’enfant qu’il avait gardé et qui était une de ses grâces. Il y a toujours quelque ridicule pour un homme aussi comblé que l’était Casal, très riche, fêté partout et libre de ses actions, à laisser entendre qu’il a manqué sa vie. Mais ce rire sauvait ce ridicule qui, d’ailleurs, n’est pas perceptible aux femmes. Les plus fines, pourvu qu’elles aient du cœur, sont disposées à croire un homme qui leur jouera la comédie des destinées avortées. C'est leur roman secret, à elles toutes, de consoler ces misères-là. D’ailleurs, peut-être Casal ne mentait-il pas en condamnant une existence avec laquelle il n’aurait cependant pas pu rompre. Lui aussi était saturé de ses sensations habituelles. Il y eut un silence entre eux, durant lequel il se commit une de ces fautes de tact que le langage parisien désigne du terme assez inexplicable de gaffe. On en était aux trois quarts du dîner. C’est le moment habituel où éclatent ces étourderies que l’entraînement de la conversation et quelques verres de vin fin rendent presque inévitables. Le baron d’Artelles s’était mis à parler de Mme de Corcieux, que toutes les personnes présentes savaient avoir été la maitresse de Casal. Il n’en disait rien de très méchant, mais ce rien suffisait à mettre le jeune homme dans une position un peu fausse. — « Quelle diable d’idée, » continuait-il, « cette pauvre Pauline a-t-elle eue de se teindre subitement en blond ? Elle n’a donc pas une amie pour lui dire que ça lui donne dix bonnes années de plus, et elle commence à n’en plus avoir besoin, de ces dix années-là, ni même de cinq… » — « C’est comme le vieux Bonnivet, que vous avez dû voir souvent, madame, » dit le politique Mosé en s’adressant à Gabrielle de Candale afin de couper la conversation, « vous savez s’il se teignait ? » — « Vous voulez dire s’il se cirait, » dit Candale. — « S’il se salissait, » dit Mme d’Arcole. — « Bref, » reprit Mosé, « qu’il fût teint, ciré ou sali, il cachait la chose à tout le monde, y compris son coiffeur, qui me disait d’un ton si comique: « Si j’osais lui en parler seulement, monsieur, je lui ferais ça si bien. » Bref, notre Bonnivet tombe malade. Ses rhumatismes lui nouent tous les membres. Je vais le voir et je le trouve blanc comme neige. Devinez son premier mot : « Voyez comme j’ai souffert, Mosé, j’en ai « blanchi. » — « Cela n’empêche pas, » insista d’Artelles, lequel, comme tous les gaffeurs, tenait à son idée, « que Mme de Corcieux pourrait bien se tenir tranquille. Voyons, quel âge a-t-elle à peu près ? Vous devez savoir ça, vous, Casal ?… » Ces mots n’eurent pas plus tôt été prononcés que l’imprudent causeur sentit leur indiscrétion, et, s'arrêtant tout court, il devint pourpre au milieu du silence de toute la table, ce qui acheva de rendre l’attitude du jeune homme plus délicate. Il ne pouvait ni attaquer ni défendre son ancienne amie. Il fut naturel et dit simplement : — « Mme de Corcieux ? Mais quand je l’ai saluée à l’Opéra l’autre semaine, elle avait l’âge d’une très jolie femme, et Bonnivet, lui, tout ancien pair de France qu’il fût, étalait sur les fauteuils de l’Agricole un très vieil homme, et terriblement cassé, quoiqu’il eût l’habitude de dire avec son grand air : « Il n’y a pas d’âge, il n’y a que des forces… » Tout le monde rit et la causerie tourna. Casal, qui avait eu la sensation de plaire à sa voisine, très particulièrement, prit soin que l’entretien restât général pour raconter avec un joli tour deux ou trois anecdotes de son voyage au 6o Japon. Il trouva le moyen d’être si gentiment spirituel, qu’une fois sortis de table, la comtesse s’approcha de lui, et, malicieusement : — « En avez-vous fait des frais pour mon amie, » lui dit-elle, « et, soyez content, vous lui avez plu. Et maintenant, allez fumer en paix… Mais vous ne fumez pas, vous ? Seulement, je vous connais, vous voulez causer avec ces messieurs un peu plus librement et boire votre eau-de-vie en paix… N’en buvez pas trop, et reveneznous vite… » Le jeune homme sourit en s’inclinant. Mais quand, une heure plus tard, ses compagnons revinrent du fumoir, Mme de Candale chercha en vain parmi eux sa mâle et spirituelle figure. Il avait eu la coquetterie de disparaître sur son succès. Elle regarda Juliette, qui, elle aussi, venait de constater cette absence et qui, ne se sachant pas observée, fronçait ses jolis sourcils. Lorsque à onze heures moins un quart on annonça la voiture, ce petit mouvement d’humeur durait encore, et la malicieuse question de la comtesse au b****r d’adieu n’était pas faite pour dissiper cette humeur : — « Tu ne t’es pas trop ennuyée ? » demanda-t-elle. « Tu vois que Casal vaut mieux que sa réputation. » — « Mais, » dit Juliette, en riant d’un rire un peu forcé, « il ne m’a pas beaucoup laissé le temps de le juger. » — « C’est tout de même vrai qu’elle est blessée qu’il soit parti si vite. A-t-il été maladroit ! » pensa Gabrielle quand son amie eut disparu. En quoi, toute fine qu’elle était, elle se trompait, car, dans son coupé, en train de rouler vers la rue Matignon, Mme de Tillières ne songeait qu’à ce prétendu maladroit, et ce lui fut une surprise presque douloureuse quand le valet de pied qui ouvrit la porte de l’appartement lui dit, en la débarrassant de son manteau : — « M. le comte de Poyanne est là qui attend Madame la marquise. » Elle l’avait absolument oublié.
Juliette n’aimait rien tant d’habitude que les longues causeries au coin du feu à ces heures un peu défendues. Ce goût lui était si naturel qu’elle recevait de la sorte, non seulement l’homme qui avait tous les droits sur son intimité, mais encore les plus platoniques d’entre ses fidèles : et d’Avançon et Félix Miraut et de Jardes et Accragne, — les uns et les autres toujours isolément. Il y avait bien là quelque prudence féminine, car la multiplicité de ces visites interdisait tout commentaire aux domestiques. Il y avait surtout cet art d’amitié qui a rendu cette femme inoubliable aux privilégiés pour lesquels il s’est exercé. Elle avait deviné combien est fort sur un homme, dans cette vie de Paris si banale et si foulée, le charme d’un coin de salon où il trouve, à une heure fixée, une créature jeune, élégante et fine, qui l’écoute longuement ; et elle le console ou le consulte tour à tour, avec cet air de n’avoir d’intérêt dans son existence que pour les minutes ainsi passées dans un tête-à-tête innocent et vaguement clandestin. Le cœur s’ouvre alors avec plus de liberté. Les secrètes confidences arrivent aux lèvres, et, par nature, Mme de Tillières avait la passion des confidences. Elle possédait ce tendre penchant qui, perverti en pédantisme ou en vanité, crée les Muses et les Égéries des hommes célèbres, qui, tourné en sainteté, fait les grandes religieuses. Elle se plaisait à envelopper d’une influence intelligente les personnes auxquelles elle s’intéressait. L’amour avait redoublé en elle ce délicat plaisir auquel elle avait dû les plus douces heures de sa liaison avec Poyanne. Que de soirées elle avait passées ainsi dans la première période de leur affection, et avant qu’elle ne devînt sa maîtresse, à l’écouter indéfiniment raconter les misères de sa vie !… Il disait son enfance mélancolique dans l’ombre du vieil hôtel Poyanne, à Besançon, sa mère morte, et la sévérité si dure de son père qui lui avait endolori toute sa jeunesse. Il disait son mariage avec une jeune fille longtemps aimée, ses premières jalousies, sa honte de ses propres défiances, puis l’évidence de la trahison — et quelle trahison ! avec l’ami d’adolescence qu'il avait le plus chéri. Les heures d’autour le minuit paraissaient trop courtes alors à Juliette pour suivre ce drame, scène par scène, sentiment par sentiment, et le duel entre les deux amis, où tous deux avaient été blessés, et la fuite de Mme de Poyanne, et les désespoirs du comte, puis sa reprise à la vie par l’énergie du devoir, sa campagne en 1870 comme capitaine des mobiles du Doubs, son entrée dans la politique lors de l’Assemblée de Bordeaux.
Et quand la pitié l’eut menée à la tendresse d’abord et ensuite à l’abandon entier de sa personne, quand elle fut devenue l’épouse mystérieuse de cet homme malheureux, que de soirées encore elle avait connues, où elle recueillait avec l’avidité d’une compagne aimante le récit de la journée du courageux orateur, — lui rendant la foi en lui-même aux crises de lassitude, éveillant sa prudence sur tel ou tel écueil caché, l’admirant avec un enthousiasme ému quand cet athlète invincible de la cause conservatrice déployait devant elle, et pour elle seule, l’horizon de ses projets et la générosité de ses doctrines ; — et tout cela sans jamais dépasser son rôle de femme, avec une légère et caressante façon d’écouter ou de parler qui excluait jusqu’à l’ombre d’une prétention. En étant ainsi, elle ne calculait pas, elle cédait à sa nature, tout simplement. Comme certaines organisations ont, d’instinct, le sens et le goût de la musique ou de la peinture, de la mécanique ou de la poésie, elle avait, elle, le sens et le goût du cœur des autres, — charmante faculté, car elle permet d’exercer la plus rare des charités, la plus bienfaisante : celle de l’âme, — mais faculté dangereuse, car elle confine à la coupable curiosité de l’expérience sentimentale, et surtout elle nous entraîne vite aux compromis de conscience, aux dédales des situations fausses. Dans les déclins de passion, par exemple, comment trouver en soi la loyauté nécessaire à la noblesse des ruptures, si l’on continue, victime de ce pouvoir de sympathie, à sentir souffrir l’être que l’on a cessé d’aimer d’amour ? Percé jusqu’à l’âme par l’âcre sensation des chagrins que l’on cause, on se laisse aller à mentir pour épargner ces chagrins-là. On recule un aveu qui eût été moins cruel proféré durement. On prolonge des agonies dont on est l’auteur par de déshonorantes complaisances. On devient perfide pour avoir été trop tendre. Ironie étrange des contradictions du cœur qui tourne au vice nos meilleures vertus et nous fait mal agir pour avoir senti trop vivement ! Ces réflexions sur les avantages et les périls de son propre caractère, Juliette ne se les était jamais formulées, quoiqu’elle se fut dit souvent. « Je suis trop faible, » ou « J’aurais dû parler nettement, » à propos de telle ou telle petite circonstance qui eût exigé un « non » précis et désagréable à quelqu’un de ses amis. Il en est de notre caractère comme de notre santé. Nous en souffrons longtemps avant de nous savoir malades. Mme de Tillières ne savait pas davantage pourquoi bien des choses qui faisaient sa joie, les autres années, faisaient maintenant son malaise ; par exemple ces tête-à-tête du soir avec Poyanne, où ils demeuraient l’un et l’autre silencieux pendant des dizaines de minutes ; — et les efforts qu’ils tentaient, ou lui ou elle, pour rouvrir la causerie, marquaient mieux le contraste entre les soirées d’aujourd’hui et celles de jadis. Elle trouvait chaque fois, pour s’expliquer cette gêne, qu’elle jugeait momentanée, une raison tirée d’un détail quelconque. Ainsi, quand, à son retour de l’hôtel de Candale, la simple phrase du domestique sur la présence de Poyanne lui infligea un petit sursaut de réveil presque douloureux, elle attribua tout de suite ce frisson pénible à la peur d’avoir froissé son amant ; d’autant plus qu’à un second regard, et tandis qu’on la débarrassait de son manteau, elle reconnut le valet de chambre du comte debout dans un coin de l’antichambre. A sa question, cet homme répondit : — « J’attends les épreuves du discours de Monsieur pour les porter à l’imprimerie… » — « C’est vrai, il a parlé, » se dit Juliette « il va m’en vouloir de ce que je rentre si tard. Je ne l’ai pas habitué à lui montrer si peu d’intérêt. » En réalité cette visite lui était rendue désagréable par le besoin qu’elle éprouvait de continuer la solitaire rêverie de sa voiture et de penser librement à Casal. Telle était la profondeur de l’impression produite sur elle par cette rencontre. Mais comment aurait-elle admis cette cause à sa contrariété, quand elle était si persuadée qu’elle aimait Poyanne pour toute sa vie ? C’était l’honneur de sa faute que cette persuasion-là. Combien on se fait illusion à soi-même, et des années, sur ces fins de sentiments !… Puis il suffit d’une heure pour que cette illusion ne soit plus possible. Juliette devait l’éprouver ce soir même. — « Vous êtes fâché contre moi, mon ami, » dit-elle en rentrant dans le petit salon Louis XVI, plus doucement pâle encore aux clartés mêlées du feu et des lampes. Le comte se tenait assis au bureau d’où elle lui avait écrit cette après-midi. Quand il la vit, il se leva en hâte pour lui b****r les doigts, et, lui montrant les papiers qui encombraient la mince tablette : — « Fâché ? » répondit-il, « vous voyez que je n’ai pas eu le temps de l’être. Je travaillais chez vous en vous attendant, ce dont vous m’excuserez, n’est-ce pas ? Nous sommes sortis de séance si tard, et j’avais les épreuves de mon discours à corriger pour l’Officiel. J’ai dit à Jean de me les apporter chez vous, et fort heureusement, » ajouta-t-il avec la bonne humeur de la corvée accomplie, « elles sont presque finies… Vous permettez ? » II acheva, en se rasseyant, de tracer quelques signes dans les marges, puis il réunit les feuillets épars, qu’il glissa dans une grande enveloppe déjà préparée, et il alla luimême remettre le paquet au valet de chambre qui l’attendait dans le vestibule. Tout ce manège ne dura pas dix minutes. Pourquoi Juliette, qui, dans l’appréhension d’un froissement de son ami, s’était faite d’avance tendre et caressante, se trouva-t-elle presque froissée elle-même et en tout cas déconcertée par le calme de cet accueil ? Certes, la faute qu’elle avait commise en s’intéressant à Casal toute la soirée, au point d’oublier Poyanne, était bien vénielle dans l’ordre des faits. Il n’en allait pas ainsi dans l’ordre du cœur. Quoiqu’elle ne s’en rendît compte qu’obscurément, elle aurait souhaité que son amant, par une mauvaise humeur un peu injuste, l’acquittât de cette faute et lui permît de la réparer en gentilles câlineries. Le contraste entre son trouble intime et la tranquillité apparente de Poyanne lui infligea en même temps une sensation de froideur. A maintes reprises et depuis que son amour commençait de dépérir, il lui avait semblé qu’Henry n’avait plus vers elle les mêmes élans de tendresse. C’est le premier signe et le plus singulier mirage d'une passion décroissante et qui ne le sait pas : nous reprochons à ceux que nous aimons moins de ne plus nous aimer autant, — et nous sommes de bonne foi ! Jamais Mme de Tillières n’avait éprouvé cette impression de quelque chose de mort entre elle et Poyanne comme à ce moment. Elle s’était approchée de la cheminée, et, tendant au feu ses pieds chaussés de bas de soie à jour, elle suivait dans la glace les moindres mouvements du comte qui vaquait, avec une minutie d’auteur, aux derniers soins de ses épreuves. Pourquoi une autre image s’interposa-t-elle soudain, jusqu’à lui remplacer celle de son amant ? Pourquoi, dans l’éclair d’une demi-hallucination, vit-elle l’homme à côté de qui elle avait dîné, le « beau Casal, » comme Gabrielle l’avait appelé, — avec sa silhouette robuste et svelte, avec ses gestes souples dont chacun disait la force, avec son masque si viril dans sa lassitude ? Et voici que, cette image du souvenir s’étant effacée pour laisser la place à celle de la réalité, elle aperçut de nouveau dans la glace celui à qui elle appartenait par son libre choix et depuis des années. Il lui apparut tout d’un coup et par le contraste, si gauche, si chétivement souffreteux que cette comparaison lui causa un malaise presque insoutenable.