12La cigarette qu’il allumait devait être la quarante-cinquième de la journée. Décidément, il faudrait qu’il arrête. Mais après l’amour, c’était quelque chose dont il avait médicalement besoin.
Dans ce lit de satin gris, Serge s’étira. Il entendait des bruits d’eau dans la pièce à côté. Une fois de plus, il avait cédé et fait l’amour sans en avoir envie, par automatisme. Comme s’il s’était glissé depuis quelques années dans un costume de séducteur et qu’il fallait en respecter les caractéristiques. En plus, il avait la réputation d’être un bon amant. Ça le faisait toujours rire. Ne dit-on pas qu’il faut aimer la cuisine pour être un bon cuisinier? Lui faisait cela comme une machine, et elles se pâmaient toutes. C’était à n’y rien comprendre. Il avait bien essayé d’être lamentable, mais elles roucoulaient davantage et lui trouvaient toutes les excuses.
Il éloigna le drap et regarda son corps nu sur ce lit. Il avait un beau corps, c’était une évidence. Le genre qu’il aurait voulu aimer. C’était bien là tout son problème.
— Tu viens? gargouilla une petite voix de la salle de bains. L’acte ne leur suffisait jamais, il y avait l’après. Ce moment où elles croyaient toujours avoir désormais une complicité avec lui. f****e manie. Comme si c’était là leur seul dialogue. Chasser, séduire, attraper, se soumettre. Mais qui était le vainqueur? Pas lui en tout cas. Une vague de dégoût monta à ses lèvres. Un jour, il ne pourrait plus.
Même l’image de Steph, un jour, n’y suffirait plus. Les fantasmes perdent leur effet stimulant si on les utilise trop souvent.
Et puis Val ne voulait toujours pas comprendre. Val avec qui il se forçait, et Steph avec qui il se retenait. Sans comprendre pourquoi elle continuait à lui résister. Val en était aux préparatifs d’un mariage qui lui faisait peur.
— Alors, tu viens? répéta la voix.
Il s’assit sur le lit, ferma les yeux et inspira très fort. «J’en ai marre, chuchota-t-il. Val, il faut vraiment que ça se termine.»
Il se leva et entra dans la salle de bains.