Chapitre 14

329 Words
14La relève allait arriver. Il pouvait enfin ranger son guichet. Dans moins d’une demi-heure, il serait avec ses copains. Le postier ne rechignait jamais devant ces permanences de nuit. Il gagnait ainsi des heures à récupérer et y trouvait son compte. De toute façon, il n’avait pas le choix. Ses erreurs passées le rattraperaient vite s’il s’avisait de faire la mauvaise tête. Ce soir, la poste n’avait pas désempli. C’était souvent le cas, puisqu’il s’agissait du seul guichet ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pourtant assez méticuleux en temps ordinaire, il constata qu’il avait omis de ranger une quantité de papiers. Il saisit le tout d’un geste énervé: il devait trier cela rapidement avant l’arrivée de son collègue. Ses mouvements précipités lui rappelèrent l’époque de ses débuts au tri. Différentes piles eurent tôt fait de se dresser devant lui. Un récépissé retint son regard. Le document gris n’avait rien à faire là. Il aurait dû le remettre à l’expéditeur du recommandé. Soudain, il réalisa ce qu’il avait écrit. Car la plupart du temps, il recopiait machinalement les noms des destinataires comme des auteurs du courrier. Ici, il s’agissait de la même personne. Valentine Meyer. Quel nom banal pour une fille splendide! Il revoyait à présent la cliente. Elle lui avait remis son enveloppe avec un geste furtif qu’il avait un instant interprété comme quelque chose de désespéré. Elle venait de pleurer, c’était certain. Il avait même pensé qu’il s’agissait d’une lettre de rupture ou pire: d’une lettre avant suicide. Quel idiot! Un truc pareil n’arriverait pas à une fille comme ça! Obnubilé par elle, il n’avait pas vu ce qu’il écrivait… Peut-être fallait-il qu’il laisse le papier en vue au cas où elle viendrait le réclamer. Quoique. Il y en aurait encore pour dire qu’il avait mal fait son boulot. Il valait mieux jouer celui qui ne savait rien. Si elle revenait, il ne serait plus là. Et puis s’il la revoyait, il affirmerait lui avoir remis le papier. Dans l’état où elle était, il serait facile de lui faire croire qu’elle avait perdu ce foutu reçu. Il ne se gâcherait pas la vie avec ça. D’ailleurs, son collègue arrivait. Il mit sa veste en sifflotant.
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