Chapitre 3

507 Words
3La jeune Sofia se tenait droite, les seins pointés vers le miroir. Docile, elle attendait que Marcelle mette la dernière touche à sa tenue. La styliste ne défilait pas ce soir, puisque l’événement était consacré aux jeunes créateurs de mode. Toutefois, elle se rendrait au Casting Café, entourée d’une petite cour, et tenait à ce que ses filles soient impeccables, comme d’habitude. Pour que le monde de la beauté sache qu’il devait toujours compter avec elle. Menue, les cheveux roux sombre, Marcelle était plutôt discrète; c’étaient les autres qu’elle aimait mettre en avant. Elle restait aux yeux de tous la femme qui avait provoqué une véritable révolution avec sa ligne «fEmme», pour toutes celles qui n’ont pas la taille mannequin. Sa grande victoire. Marcelle reporta son regard sur Sofia. Sa vue se brouilla. Mon dieu, qu’elle ressemblait à Val! Les mêmes cheveux, les mêmes lignes fines. Sauf ce petit air de défi que Val avait toujours eu et qui faisait fondre les hommes. Et pas seulement les hommes. Val que Marcelle avait formée comme sa propre fille, Val qui lui avait tant donné. Mais Val aussi qui lui devait tant, songea-t-elle soudain avec rage. Val qui avait osé malgré tout prendre son envol. Val qui lui avait sorti de grandes phrases sur la liberté, l’indépendance, des bêtises, oui! Sans elle, Val ne serait rien. Et aujourd’hui, aujourd’hui qu’elle, Marcelle, avait plus que jamais besoin de Val et de ses relations, de sa notoriété, voilà que cette petite sauterelle oubliait son pygmalion. Sofia sursauta lorsque Marcelle serra un peu trop la ceinture de son ensemble. — Pardon, ma chérie, s’excusa la styliste. Je ne pensais pas à ce que je faisais… — C’est à cause de Val? demanda la jeune fille. — Quoi! Que veux-tu dire? — Tu sais, Marcelle, j’ai entendu votre discussion tout à l’heure… — Ah bon… Ce n’est peut-être pas plus mal. Tu pourras toujours dire que tu l’as entendue se moquer de moi. J’aurai un témoignage en ma faveur… — Pourquoi dis-tu ça? Vous allez vous battre au tribunal? Marcelle restait songeuse, les yeux rivés sur la moquette. Une larme se mit à rouler sur sa joue. Sofia n’en croyait pas ses yeux. — Tu pleures? Toi? Marcelle nia d’un geste de la main. La gamine poursuivit néanmoins: — Alors ça! Val disait toujours que t’avais pas de cœur… — Elle a dit ça? Et tu l’as crue? — Je dois dire que j’ai pas cherché à savoir… mais cet après-midi… (Elle avait une moue dubitative.) — Eh bien, dis, va jusqu’au bout! — Te fâche pas, Marcelle, mais quand j’ai entendu les menaces que tu formulais, je pouvais pas croire que t’étais capable de ça. La gosse ne savait plus où regarder. Son aveu spontané la mettait très mal à l’aise. Marcelle alla fermer la porte de la boutique. Avec une petite tape sur la fesse, elle congédia la jeune fille. — Ne t’en fais pas, je vais arranger ça. Ne dis rien à personne pour le moment. Rendez-vous comme prévu. Allez va! Quand elle se retrouva seule, Marcelle se précipita sur son téléphone. Comme d’habitude, pour être tranquille, Val avait enclenché son répondeur. Ce qu’elle voulait dire n’y avait pas sa place. Elle regarda sa montre: elle aurait le temps de passer lui parler avant la soirée. Val n’avait pas tous les droits, elle allait bientôt le savoir.
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