chapitre 8: le silence d'un cœur brisé

2865 Words
Quelques minutes après. Environ dix minutes venaient de s’écouler. Lorenzo était resté enfermé dans sa chambre, l’air sombre, tandis que Chloé gisait toujours au sol, immobile, dans la même position. Son visage pâle contrastait avec ses longs cheveux éparpillés autour d’elle. On aurait dit une poupée abandonnée, fragile, complètement vulnérable. Le couloir, plongé dans un silence lourd, résonnait à peine du souffle discret de la jeune femme. C’est à ce moment que des pas se firent entendre. Marco et Fabio, les deux potes inséparables de Lorenzo, firent leur apparition dans le couloir. Ils se figèrent aussitôt, yeux écarquillés, en découvrant Chloé étendue là, inanimée. Marco et Fabio (choqués, en même temps) _ C’est qui cette meuf ????? Fabio (curieux, fronçant les sourcils) _ Cette nana fait quoi allongée sur le sol comme ça ? Lorenzo est pas là ou quoi ? Sans attendre, les deux s’approchèrent. Marco s’accroupit lentement à côté de Chloé. Il écarta doucement une mèche de ses cheveux collée à sa joue pour mieux voir son visage. Son regard se figea. Il resta là, bloqué, détaillant chaque trait comme s’il cherchait à la comprendre rien qu’en l’observant. Une pointe d’inquiétude traversa son regard malgré son air dur. Fabio, lui, restait debout, les bras croisés, près de la porte de Lorenzo. Il allait l’ouvrir, mais celle-ci s’ouvrit d’un coup. Lorenzo apparut, déjà habillé d’un pantalon noir ajusté et d’une chemise blanche entrouverte, laissant entrevoir son torse. Son visage fermé, ses sourcils froncés, il imposait aussitôt sa présence. Fabio leva les yeux vers lui, toujours intrigué. Fabio (curieux, le fixant) _ Mec, c’est qui cette meuf ? Tu… Lorenzo (voix rauque, détachée) _ C’est la gamine que mon père m’a trouvée comme épouse. Les yeux de Fabio s’agrandirent aussitôt. Fabio (étonné, presque en riant) _ Wesh mon gars et tu l’as laissée inconsciente là, comme ça ? Sérieux, t’abuses. Elle t’a fait quoi cette jolie poupée ? Toi t’es vraiment méchant, frère. Lorenzo (agacé) _ Cette gamine me tape sur les nerfs. Je me casse d’ici. Son regard accrocha soudain celui de Marco. Ce dernier venait de glisser une main derrière le dos de Chloé et l’autre sous ses cuisses, la soulevant doucement comme une princesse. Chloé, inconsciente, laissait sa tête retomber légèrement contre son torse. Marco la serra un peu plus fort, son regard sombre braqué sur Lorenzo. Marco (sérieux, ton ferme) _ Eh mec… c’est pas cool du tout ce que tu fais là. La meuf est inconsciente, et toi tu balances juste que tu t’en fous ? Le silence s’abattit dans le couloir. Fabio lança un regard nerveux entre ses deux potes, sentant que l’ambiance pouvait vite déraper. Marco ne lâchait pas Chloé des yeux, ses traits adoucis par une inquiétude sincère, tandis que Lorenzo, bras croisés, affichait ce mélange d’arrogance et d’indifférence qui le rendait encore plus insupportable. Lorenzo (voix imposante) _ T’ai-je demandé de toucher ma femme ? Hein, répond petit. Est-ce que je t’ai donné la permission de la prendre dans tes bras, là, devant moi ? Marco soutint son regard sans ciller, serrant un peu plus Chloé contre lui. Le silence devint pesant jusqu’à ce que Fabio soupire et intervienne. Fabio (soupirant) _ Calme-toi boss, il essaie juste de l’aider. Toi t’es toujours en mode mec dur, mais sérieux, on allait pas la laisser crever dans le couloir. Fallait bien que quelqu’un s’en occupe, non ? Appelons au moins un médecin. Marco (fermement) _ Si ça t’intéresse pas de le faire, moi je vais m’occuper d’elle. Dis-moi juste, c’est où sa chambre ? Lorenzo (voix imposante) _ Dépose-la dans sa chambre. Et la prochaine fois, si tu la touches encore, je t’arrache les bras. Ma petite, vous la regardez de loin, mais vous la touchez pas. Marco et Fabio échangèrent un regard complice et soupirèrent presque en même temps, à moitié amusés par la jalousie brutale de leur pote. Mais Lorenzo, lui, ne rigolait pas. D’un geste sec, il ouvrit la porte de la chambre de Chloé. La poignée claqua, la porte cogna violemment contre le mur. Marco entra, serrant toujours Chloé contre lui. Il s’approcha du lit, monta dessus doucement et l’allongea sur le dos avec précaution. Son regard resta accroché quelques secondes au visage pâle de la jeune femme, à ses lèvres entrouvertes, à ses cils collés par les larmes. Il avala difficilement sa salive puis détourna les yeux, sentant le regard brûlant et menaçant de Lorenzo planté dans son dos. Il se redressa, quitta la chambre et ferma doucement la porte avant de se retourner pour faire face à Lorenzo. Marco (sérieux) _ Maintenant tu comptes la laisser comme ça et sortir ? Tu te rends compte qu’elle est pas en train de pioncer, mec, elle est inconsciente ! Et cette marque rouge dans son cou, tu l’as étranglée ou quoi ? Lorenzo (furieux) _ Occupe-toi de tes affaires, bro ! C’est ma femme. Ce que je lui fais ou pas, c’est pas ton p****n de problème ! Marco leva les mains comme pour calmer le jeu, son ton redevenu posé. Marco (calme) _ Ok, relax mec, j’suis pas là pour t’énerver. Alors, on bouge ou pas ? Lorenzo inspira bruyamment, les veines de son cou encore gonflées, puis finit par lâcher dans un ton plus froid que vraiment calme : Lorenzo (un peu apaisé) _ On bouge. Les trois amis quittèrent le couloir, descendirent les escaliers et traversèrent le salon avant de sortir de la maison. Quelques secondes plus tard, ils s’engouffraient tous dans la voiture de Lorenzo. Au volant, Lorenzo serrait le volant à s’en blanchir les jointures. Ses yeux fixés sur la route, son visage fermé, il conduisait comme un furieux, avalant le bitume à toute allure. À l’arrière, Fabio, scotché à son téléphone, rigolait en silence à des messages, indifférent à la tension qui régnait. Marco, lui, restait bras croisés, le regard perdu dans le vide, incapable de chasser l’image de Chloé de son esprit. Sa voix intérieure résonna, lourde et confuse. Marco (pensée intérieure) Putain… elle est trop mignonne cette meuf. Et c’est ça que son daron a refilé à Lorenzo ? Sérieux, ce gars-là… il sait même pas aimer. Lui, il impose, il possède, il b***e et après il jette. C’est pas un mari, c’est un bad boy pur et dur. Franchement, son père a déconné en mariant une nana comme elle à un mec comme lui. La pauvre… elle est trop innocente, trop canon pour supporter Lorenzo. Éclipse de quelques heures. Dans la chambre de Chloé. Un homme âgé, en blouse de médecin, se tenait debout au chevet du lit. Son visage fermé trahissait l’impatience et l’inquiétude. Il fixait la jeune femme avec attention, attendant le moindre signe d’éveil. Chloé, toujours allongée, paraissait fragile et brisée. Une perfusion était fixée à son bras, un masque à oxygène recouvrait son visage délicat. Sa poitrine se soulevait doucement, comme si chaque respiration lui coûtait un effort immense. Flashback. Quelques heures plutôt. Après sa douche, Lorenzo sortit de la salle de bain, une serviette enroulée autour de la taille. Des gouttes d’eau glissaient encore le long de son torse sculpté. Il marcha nonchalamment vers la porte de sa chambre, l’ouvrit et s’arrêta quelques secondes sur le seuil. Son regard sombre se posa sur Chloé, étendue au sol, inerte. Ses lèvres se pincèrent à peine, mais aucune émotion réelle ne traversa son visage. Juste ce mélange d’indifférence et de froideur qui faisait de lui ce qu’il était : un mec dur, imprévisible, un bad boy pur sang. Puis, sans un mot, il détourna les yeux, claqua la porte derrière lui et marcha jusqu’à son lit. Il attrapa son téléphone posé sur les draps, composa rapidement un numéro. Quelques secondes plus tard, la ligne décrocha. Lorenzo (voix imposante, froide) _ Venez chez moi immédiatement. Ma femme s’est évanouie. Voix (respectueuse) _ Bien, monsieur. J’arrive dans quelques minutes. Lorenzo raccrocha net, balança le téléphone sur le lit d’un geste sec puis commença tranquillement à s’habiller, comme si rien ne s’était passé. Fin du flashback. Le docteur, toujours debout près du lit, remarqua soudain un léger mouvement. La main de Chloé venait de bouger. Aussitôt, il s’approcha, ses yeux rivés sur elle. Elle ouvrit lentement les paupières, ses prunelles encore embuées et floues. Il s’assit sur le bord du lit, retira délicatement le masque à oxygène de son nez. Docteur (curieux, penché vers elle) _ Madame, vous arrivez à respirer correctement ? Chloé hocha faiblement la tête. Son souffle était court, mais régulier. Docteur (professionnel) _ Bien, Vous avez mal quelque part ? La jeune femme leva une main tremblante jusqu’à son cou. L’endroit où Lorenzo l’avait soulevée et serrée était rouge, marqué comme si une corde avait laissé son empreinte. Le médecin fronça légèrement les sourcils, mais resta professionnel. Docteur (rassurant) _ Ne vous inquiétez pas. La douleur va s’estomper. Je vous ai déjà injecté un antidouleur, dans quelques jours ce sera parti. Chloé hocha simplement la tête, incapable de prononcer un mot. Ses paupières s’alourdissaient déjà, la fatigue prenant le dessus. Elle referma doucement les yeux. Le médecin, rassuré, rangea ses affaires et quitta la chambre. Avant de fermer la porte, il jeta un dernier regard vers elle, puis disparut sans bruit. Chloé (voix intérieure) Je viens de me réveiller et première nouvelle: Je suis pas morte. Merci Seigneur, t’as pas voulu que je claque bêtement dans les mains de ce monstre. Sérieux, je comprends pas… qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Depuis que je suis dans cette baraque, c’est gifle sur gifle, comme si c’était son sport préféré. Mes joues, elles sont devenues des radiateurs tellement elles brûlent tout le temps. Et comme si ça suffisait pas, monsieur le bad boy a décidé aujourd’hui de tester mes limites en mode strangulation. Non mais allo ! Le gars veut carrément m’étrangler, tranquille, comme si c’était normal. Et son père ose dire que cet homme-là va me protéger… lui ? Ce monstre ? Je flippe à mort de lui maintenant. J’ai cru que j’allais mourir, j’ai vu ma vie défiler en accéléré. Franchement, j’étais pas prête. Heureusement, le médecin est venu… mais une question : c’est qui qui l’a appelé ? La mère de Lorenzo ? Ou alors la ménagère ? En tout cas, que Dieu bénisse cette personne. Parce que si ça dépendait de Lorenzo, j’aurais déjà eu droit à un enterrement express dans son jardin. Une chose est sûre : je le déteste. Je le déteste du plus profond de mon être. Ce mec est incapable de protéger ni aimer, il connaît que la violence. Il me fait flipper de ouf, mais il me trouvera pas faible, pas question. Pendant ce temps, dans la maison de Chloé, son père Giovanni était assis sur son fauteuil, un petit carnet entre les mains, un stylo tremblant entre ses doigts. Son visage rougi n’était pas celui de la colère, mais celui de la douleur. Chaque battement de son cœur résonnait comme un coup de marteau dans sa poitrine, soulevant son torse de manière irrégulière. La sueur coulait à grosses gouttes sur son front et son corps entier semblait secoué par une fièvre invisible, malgré la ventilation qui brassait l’air de la pièce. Ses mains tremblaient si fort qu’il avait du mal à écrire, mais il s’acharnait, comme si chaque mot posé sur le papier représentait son dernier espoir. Ses yeux brillaient de larmes qu’il n’arrivait plus à contenir. Giovanni (pleurant, d’une voix brisée) _ Pardonne-moi ma puce… Pardonne-moi, ma fille. Je t’ai pas dit la vérité, mais je sais… je sais que cet homme saura te protéger… de ta mère. Sa gorge se serra, et il s’effondra légèrement contre le dossier du fauteuil, les mains crispées sur son carnet. Flashback. Quelques mois en arrière. Sur une route bordée d’arbres, Giovanni conduisait calmement, une main posée sur le volant, l’autre reposant près du levier de vitesse. Le moteur ronronnait doucement, l’air semblait paisible. Sur le siège passager, son téléphone vibra. Il jeta un coup d’œil rapide, fronça les sourcils en voyant un numéro inconnu. Après une hésitation, il tendit la main, décrocha, tout en gardant les yeux sur la route. Giovanni (curieux) _ Allô ? C’est qui ? Une voix féminine, grave, assurée, s’éleva de l’autre côté de la ligne. Voix _ C’est moi, Giovanni… tu me reconnais ? À l’instant où il entendit ces mots, ses doigts se crispèrent sur le volant. Son cœur rata un battement. Dans un geste brusque, il freina, la voiture s’immobilisa au milieu de la route. Son souffle se bloqua, ses yeux s’écarquillèrent. Giovanni (voix tremblante, presque étranglée) _ Aurore ? Aurore, c’est… c’est toi ? Aurore (voix imposante, teintée d’un sourire froid) _ Oui, c’est bien moi. Le temps passe, mais tu ne m’as pas oubliée, à ce que j’entends. Ça me fait plaisir. Giovanni sentit son cœur se serrer douloureusement. Une larme glissa sur sa joue malgré lui. Sa gorge nouée l’empêchait presque de parler. Mille questions lui traversaient l’esprit, toutes celles qu’il avait refoulées depuis ce jour où sa femme l’avait quitté. Giovanni (voix brisée, haletante) _ Pourquoi, Aurore ? Pourquoi tu es partie ? C’était parce que j’étais pauvre, c’est ça ? Tu sais… notre fille va avoir dix-huit ans. Tu penses jamais à elle ? Elle te manque pas ? Un léger rire amusé résonna dans le combiné, froid et cruel. Aurore (amusée, presque moqueuse) _ Ah, Giovanni… arrête de me poser des questions inutiles. Tu sais très bien que j’ai jamais supporté cette vie misérable avec toi. Et cette enfant, je ne l’ai jamais désirée. Si ça n’avait pas été toi, jamais j’aurais gardé cette grossesse. Mais bon… aujourd’hui, elle va enfin me servir à quelque chose. Elle sera mon arme ultime dans le monde qui lui est destiné. Le visage de Giovanni se décomposa. Ses doigts blanchirent autour du téléphone. Giovanni (hurlant, la voix tremblante de rage et de peur) _ QUOI ??? Tu racontes quoi là ?! Quel monde ?! Tu dis quoi pas là, Aurore ? Aurore (voix imposante, glaciale) _ Si je t’ai appelé, Giovanni, c’est pour t’informer. Le jour de ses dix-huit ans, je viendrai chercher ma fille. Et ni toi, ni personne ne pourra m’en empêcher. Giovanni (le cœur battant, la voix brisée) _ Tu… tu vas faire quoi ? Mais qu’est-ce que tu racontes, Aurore ? Tu… Pi… pi… pi… L’appel venait de se couper. Le silence dans la voiture était assourdissant. Le téléphone toujours collé contre son oreille, ses mains commencèrent à trembler, son souffle devint court. Les paroles de son ex-femme tournaient en boucle dans sa tête, résonnant comme un écho maudit. Son corps tout entier fut pris de convulsions et ses yeux se révulsèrent. Quelques secondes plus tard, il s’effondra contre son siège, inconscient. Mais il avait oublié une chose : quand il avait freiné brusquement, sa voiture s’était immobilisée en plein milieu de la route. Derrière lui, une longue file de véhicules s’était formée. Les klaxons se mirent à hurler, stridents, couvrant presque le bruit du moteur. Conducteur (dans une autre voiture, furieux) _ Hé ! Avance, bordel ! Les insultes fusaient, certains conducteurs hurlaient par leurs vitres ouvertes, d’autres tambourinaient sur leur volant, excédés. Personne ne s’imaginait une seule seconde que le conducteur de la voiture bloquée venait de perdre connaissance. C’est alors qu’une portière claqua plus loin. Un jeune homme sortit de son véhicule, le visage fermé, les poings serrés. Son regard noir brûlait d’impatience et de colère. Chaque pas qu’il faisait résonnait de détermination alors qu’il fendait la file de voitures, se glissant difficilement entre les klaxons et les cris. Arrivé à hauteur de la voiture de Giovanni, il se pencha vers la vitre côté conducteur. Ses yeux s’écarquillèrent en découvrant le visage blême de Giovanni, inerte derrière son volant. Homme (étonné, fronçant les sourcils) _ C’est quoi ce délire ? Il est mort ou quoi ? Sans attendre, dans un geste aussi rapide que brutal, il attrapa la poignée de la portière… et l’arracha littéralement d’un seul coup. Le métal grinça, la portière s’écrasa au sol avec fracas, arrachant des cris de surprise dans la file d’attente. Un murmure parcourut les voitures arrêtées. On aurait dit un robot, ou pire un monstre. L’homme pencha la tête, vérifia le pouls de Giovanni avec une précision glaciale. Un souffle de soulagement traversa ses lèvres. Homme (froid, sec) _ Il respire encore. Sans plus réfléchir, il passa ses bras sous le corps inconscient et le souleva comme si de rien n’était. Giovanni semblait être une plume dans ses bras pourtant puissants. Il se retourna vivement, traçant son chemin sous les regards médusés des autres conducteurs. Il ouvrit la portière arrière de sa propre voiture, allongea Giovanni avec une douceur surprenante comparée à sa brutalité précédente, puis referma sèchement la portière. Ensuite, il retourna vers la voiture de Giovanni, monta à l’intérieur, la démarra et la déplaça rapidement sur le bas-côté, libérant la route. Sans perdre une seconde, il ressortit, courut vers sa propre voiture, s’installa derrière le volant et démarra en trombe, disparaissant dans un crissement de pneus, laissant derrière lui une route à nouveau dégagée et des témoins complètement abasourdis par ce qu’ils venaient de voir. À suivre...
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