Quelques jours plus tard.
Une semaine et trois jours s’étaient écoulés. Voilà désormais deux semaines que Chloé et Lorenzo s’étaient mariés. Mais depuis la nuit dernière, c’était le silence total. Pas un mot, pas un regard. Lorenzo avait quitté la maison deux jours après leur dispute nocturne et depuis, il n’avait plus donné signe de vie et Chloé s'en foutait.
De son côté, la jeune femme avait profité de cette absence pour reprendre ses cours et passer du temps auprès de son père. Ce dernier lui avait annoncé que son opération était reportée, promettant de la prévenir le moment venu.
Aujourd’hui, Chloé venait de sortir de l’université. Vêtue d’un jogging rose assorti à un haut de la même couleur, un pull léger par-dessus, ses cheveux relevés en chignon avec quelques mèches rebelles encadrant son visage, elle marchait d’un pas tranquille. Son sac sur le dos, elle poussa la porte du salon et… se figea.
Là, au milieu de la pièce, Lorenzo l’attendait. Les bras croisés, le regard sombre, le visage fermé par une colère sourde. Tout dans son attitude respirait la tension, une fureur contenue prête à exploser.
Chloé, imperturbable, referma doucement la porte derrière elle. Comme si de rien n’était, elle s’avança d’un pas calme, passa près de lui sans même lui adresser un regard, et se dirigea vers l’escalier.
Lorenzo (voix grave)
_ Tu sors d’où, gamine ?
La voix résonna dans la pièce, lourde, menaçante. Chloé s’arrêta une fraction de seconde, mais sans répondre, elle reprit sa marche tranquille vers les marches et commença à les grimper une à une, comme si la question ne la concernait pas.
Lorenzo (criant)
_ p****n, JE TE PARLE ! ARRÊTE-TOI !
Mais Chloé ne ralentit même pas. Elle disparut dans le couloir, laissant derrière elle Lorenzo, le visage rougi par la colère. Fou de rage, il monta à son tour les escaliers d’un pas pressé. En quelques secondes, il ouvrit brutalement la porte de la chambre et découvrit Chloé, en train de poser son sac sur le lit.
Le claquement v*****t de la porte fit trembler la pièce. Chloé se retourna aussitôt, le visage crispé de colère.
Chloé (furieuse)
_ Tu veux quoi au juste ? Tu peux arrêter de me saouler, là ?
Lorenzo (voix imposante)
_ Tu viens d’où ? T’étais où toi ? Qui t’a donné la permission de sortir quand je suis pas là ? Tu te fous de ma gueule, gamine ? Réponds-moi !
Chloé (rouge de colère)
_ Franchement, tu commences sérieusement à me taper sur les nerfs ! Ça fait une semaine que t’as quitté la maison sans me dire où tu partais, et maintenant tu débarques pour m’exiger des comptes ?! Mais t’es malade ou quoi ? Tu crois que t’es qui ? Mon père ? Je te rappelle qu’on cohabite juste. Toi et moi, c’est pas un vrai mariage, ok ? Donc arrête ton cirque. Comme toi tu fais ta vie sans m’en parler, laisse-moi faire la mienne. Et surtout, fous-moi la paix !
SPLASH.
Lorenzo( criant)
_ Ferme ta gueule, p****n !!!!
La gifle claqua violemment, résonnant dans toute la chambre. Chloé vacilla légèrement sous l’impact, mais resta droite, le visage impassible. Ses yeux plantés dans ceux de Lorenzo, son cœur battait à toute allure, mais elle refusait de montrer la moindre faiblesse. Ses bras se croisèrent, défiants.
Chloé (voix tremblante)
_ C’est bon ? T’es satisfait maintenant ? Tu veux quoi, m’étrangler en plus ? T’es rien qu’un animal dans la peau d’un homme. Je te hais.
Lorenzo (furieux)
_ T’as vraiment une grande gueule, toi. Tu crois que t’es encore avec tes potes de lycée, hein ? T’étais où ? T’as fait quoi pendant que j’étais pas là ?! Réponds, ou j’te jure que tu prends une autre claque !
Chloé (défiant)
_ Oh mais vas-y ! Si ça t’amuse, frappe ! Mais des explications, je t’en dois aucune. Alors, au lieu de perdre ta salive, utilise ta main, ça a l’air d’être ton seul moyen de communication.
Un silence pesant tomba dans la pièce. Lorenzo, les poings serrés, fixait Chloé avec une rage qui lui brûlait les entrailles. Elle, droite, les bras croisés, le regard insolent. Plus elle le défiait, plus il sentait son sang bouillir.
Lorenzo (voix intérieure)
_ Si seulement tu savais ce que moi je sais… T’es qu’une gamine. Tu comprends rien au monde dans lequel tu viens de mettre les pieds.
Il finit par se détourner brusquement et marcha vers la porte. La main sur la poignée, il s’arrêta en entendant sa voix.
Chloé (criant)
_ N’oublie pas ces trois mots : JE TE HAIS ! Espèce d’animal, de sauvage sans cœur ! Tu m’énerves de ouf !
Ces mots frappèrent Lorenzo comme un couteau. Son cœur se serra violemment, mais il ne se retourna pas. Sans un mot, il quitta la chambre, laissant derrière lui une Chloé tremblante de colère.
Elle claqua la porte derrière lui, avant de s'approcher et s’effondrer sur son lit, les yeux rivés sur le plafond.
Chloé (voix intérieure)
Il se prend pour qui, celui-là ? Monsieur disparaît une semaine et ose revenir pour me demander où j’étais… Il croit quoi ? Que j’allais l’attendre comme une femme docile devant la télé ? Jamais ! Qu’il me frappe s’il veut, mais je ne serai jamais sa marionnette.
De l’autre côté, dans son bureau, Lorenzo s’installa lourdement dans son fauteuil. Un verre de whisky à la main, il fixait le vide.
Lorenzo (voix intérieure)
Je viens de rentrer après une semaine. Une semaine à régler des affaires dont elle ignore tout. Des affaires qui concernent l’autre face de moi, celle que seuls Marco et Fabio connaissent. J’ai aussi découvert des choses sur cette gamine… des trucs lourds, bien trop graves, qui risquent de la foutre en danger tôt ou tard. Et ça, je peux pas l’ignorer. Après ma discussion avec son daron, tout s’est éclairci d’un coup. p****n… jamais je n’aurais imaginé qu’elle soit la fille de cet homme. Ça change tout. Maintenant, je suis obligé de rester dans l’ombre pour m’assurer qu’elle soit en sécurité, même si elle ne saura jamais à quel point je la protégerai malgré moi. Je suis un bad boy, oui, mais je ne suis pas censé perdre mon sang-froid comme ça avec une femme. Pourtant, cette fille me rend dingue. Chaque fois qu’elle me répond, j’ai envie de l’écraser avec mes mains. Moi, je donne des ordres, on obéit, point final. Mais elle… elle est tout l’inverse. Et ça, ça me fout en l’air.
Flashback.
Une semaine plus tôt.
Assis derrière le volant de sa voiture, Lorenzo filait à vive allure, les yeux fixés sur la route qui défilait devant lui. Ses mains agrippaient fermement le volant, ses muscles tendus, et chaque coup d’accélérateur résonnait comme une façon d’évacuer la colère et la tension qui l’habitaient. Sur le siège passager, son téléphone vibra, brisant le silence lourd de l’habitacle.
Sans détourner son regard de l’asphalte, il tendit une main rapide et assurée, attrapa l’appareil d’un geste sec. Sa mâchoire contractée, il décrocha, la voix grave et légèrement éraillée par l’agacement.
Lorenzo (voix rauque)
_ Allô, c’est qui ?
Une voix masculine, posée mais étrangère, résonna aussitôt à l’autre bout du fil.
Voix
_ Êtes-vous monsieur Lorenzo De Santis ?
Lorenzo fronça les sourcils, un rictus agacé lui traversant le visage. Il n’aimait pas qu’on l’aborde avec ce ton neutre, comme si on cherchait à tester son sang-froid. Il laissa échapper un soupir lourd, impatient.
Lorenzo (impatient)
_ Ouais, Il y a quoi ? T’es qui, toi ?
Un bref silence suivit, puis la voix reprit, plus ferme.
Voix
_ Je suis le père de votre femme, Chloé Martin.
Ces mots firent instantanément changer l’expression de Lorenzo. Ses doigts se crispèrent encore plus sur le volant avant qu’il ne freine brusquement, garand la voiture sur le bas-côté dans un crissement de pneus. Son cœur battait plus vite, non pas de peur, mais d’un mélange de méfiance et de surprise. Ses yeux sombres se plissèrent tandis qu’il se redressait lentement dans son siège, adoptant une posture plus droite, comme s’il faisait face directement à cet homme qu’il n’avait jamais entendu auparavant.
Il prit une inspiration contrôlée, chassant son ton brusque pour afficher une façade plus polie, mais sa voix conserva cette profondeur charismatique, imprégnée de son allure de mauvais garçon qui ne plie devant personne.
Lorenzo (calmement, maîtrisé)
_ Bonjour, monsieur Martin. Comment allez-vous ?
Giovanni (calmement)
– Je vais bien, mon fils. J’aimerais te voir… Est-ce possible que toi et moi nous nous rencontrions ?
Lorenzo (posément)
– Oui, bien sûr. Dites-moi simplement où et quand, et je viendrai.
Giovanni (ému)
– Bien, mon enfant. Je vais t’envoyer mon adresse par message.
Lorenzo (calmement)
– D’accord, J’irai là-bas au plus vite.
Giovanni (content)
– Merci, je te laisse alors.
L’appel prit fin. D’un geste brutal, Lorenzo jeta le téléphone sur le siège passager, ses mâchoires se crispant aussitôt. Il passa une main sur son visage, l’air furieux, son regard sombre chargé d’orage.
Lorenzo (parlant à lui-même, voix basse et dure)
– Il ne manquait plus que ça. Maintenant je dois jouer au gendre parfait. Je sais même pas à quoi ressemble ce vieux qui se dit être le père de cette gamine. Mon père m’a foutu dans un sacré merdier… J’ai des affaires bien plus importantes à régler, mais non, faut que j’annule tout pour aller écouter gentiment ce que mon “beau-père” a à me dire. Pfff… Pathétique.
Ses doigts serrèrent le volant avec violence. Sans plus attendre, il alluma le moteur et démarra en trombe, le vrombissement de la voiture résonnant dans la nuit. Un coup d’œil à son téléphone lui confirma le message reçu : l’adresse de la maison Martin. Le GPS s’activa, et Lorenzo prit la route, le visage fermé, les sourcils froncés, une lueur de rage brûlant dans ses yeux.
Quelques minutes plus tard.
La voiture freina sèchement devant la demeure de Chloé. Il coupa le moteur avec nervosité et bondit de son siège, claquant la portière d’un coup sec qui brisa le silence du quartier. D’un pas ferme et lourd, presque menaçant, il s’approcha du portail, le regard glacé. Ses jointures cognèrent violemment contre le métal, résonnant comme un avertissement.
Peu après, le portail s’ouvrit lentement, laissant apparaître l’infirmière chargée de Giovanni.
Infirmière (curieuse)
– Bonsoir, vous…
Lorenzo (voix imposante, regard froid)
– Je suis venu voir monsieur Martin. Je suis son gendre.
Un léger frisson parcourut l’infirmière face à la dureté de son ton et à la froideur de ses yeux. Sans protester, elle se décala pour lui laisser le passage. Lorenzo entra aussitôt, son pas résonnant sur le sol, lourd d’arrogance contenue.
Son regard se posa alors sur Giovanni, assis dans son fauteuil, installé sur la terrasse. Un choc brutal traversa Lorenzo. Ses yeux s’écarquillèrent : c’était le même homme qu’il avait arraché à la mort, quelques mois plus tôt.
Lorenzo (voix intérieure, troublée)
_ Mais… je le connais. p****n… c’est lui le père de Chloé ?
Son cœur s’emballa, mais son visage resta fermé. Derrière cette façade glaciale, il était assailli de pensées contradictoires. Cependant, il se força à se composer un masque neutre, un semblant de respect.
Giovanni (souriant chaleureusement)
– Bienvenue, mon fils. Prends place, je t’en prie.
Lorenzo (poliment, mais avec retenue)
– Merci bien.
Il tira le fauteuil en face de Giovanni et s’y installa, son corps tendu malgré sa posture posée. Ses mains se joignirent, ses jambes croisées dans un air faussement détendu. Mais au fond, son regard trahissait son impatience et sa colère contenue.
Lorenzo (calmement)
– Il se pourrait que je vous connaisse déjà. Je ne sais pas si vous avez oublié mon visage, mais moi je me souviens parfaitement de vous. J’espère que vous allez bien ?
Giovanni (ému, un léger sourire au coin des lèvres, les yeux brillants)
– Je vais bien, mon fils… et je me souviens aussi de ton visage. Comment pourrais-je oublier le visage de mon sauveur ? Si je suis encore en vie aujourd’hui, c’est grâce à toi. Sans ton aide ce jour-là, peut-être que je serais déjà mort à présent.
Lorenzo (doucement)
– Ne pensez pas ainsi. L’essentiel, c’est que vous allez mieux maintenant.
Giovanni (émotion contenue, hochant la tête)
– Tu as raison. Mais si je t’ai appelé, c’est pour te parler de ma fille. Tout est allé tellement vite entre vous… Vous n’avez pas eu le temps de vraiment vous connaître. Je dirais même que ce mariage n’était pas réellement un mariage. Ni toi, ni elle, n’avez eu la possibilité de décider par vous-mêmes. Vous étiez deux étrangers liés par une décision qui vous a échappé. Mais il est temps que tu connaisses la véritable raison pour laquelle j’ai laissé ma fille entre tes mains.
Lorenzo resta silencieux, le visage fermé mais les yeux attentifs, absorbant chaque mot.
Giovanni (calmement, posant une main tremblante sur l’accoudoir de son fauteuil)
– J’avais surpris ton père en pleine discussion. Il disait qu’il te fallait une femme au plus vite, parce qu’il voyait les risques inconsidérés que tu prenais. Selon lui, avoir une responsabilité à la maison te permettrait d’être plus prudent, de réfléchir avant d’agir. C’est là que j’ai saisi ma chance… J’avais besoin d’argent pour une opération qui coûtait énormément cher. Alors j’ai demandé à ton père de m’aider. Il a accepté… à condition que je donne ma fille en mariage.
Sa voix se brisa un instant. Il détourna les yeux, comme honteux.
Giovanni (plus bas, douloureusement)
– Ton père m’a promis de prendre en charge mon opération et de m’assurer une vie plus paisible. En contrepartie, ma fille… Chloé devait devenir ton épouse. Mais j’avais un autre espoir derrière ce choix : qu’elle puisse continuer ses études, qu’elle vive dans le confort et la sécurité, tout ce que je ne pouvais plus lui offrir à cause de ma santé fragile. Elle ne savait rien. Elle a découvert que je souffrais d’un cancer du poumon seulement la veille de votre mariage.
Il marqua une pause, la gorge nouée. Ses yeux, humides, se posèrent intensément dans ceux de Lorenzo, qui ne bronchait pas mais dont le souffle se faisait plus lourd.
Giovanni (d’une voix grave et lente)
– Mais il existe une vérité plus cruelle derrière cette décision. Cette opération… je n’en avais pas réellement besoin. Je savais déjà qu’elle ne changerait rien, que mes jours étaient comptés. En vérité, ce que je voulais… c’était assurer l’avenir de ma fille. La laisser entre les mains d’un homme capable de la protéger. Car lorsque je ne serai plus là, elle devra affronter sa mère. Et crois-moi… sa mère est bien plus dangereuse que tu ne l’imagines.
Lorenzo (surpris)
– Sa mère ? Je pige pas ce que vous essayez de dire.
Giovanni (calmement)
– La mère de Chloé nous a abandonnés quand elle avait deux ans. Et aujourd’hui, elle menace de revenir la chercher quand elle en aura dix-huit. Mais c’est pas le pire… Le pire, c’est ce que j’ai appris sur elle et sur ce qu’elle comptait faire avec ma fille une fois qu’elle l’aura entre ses mains.
Lorenzo fronça les sourcils, ses yeux sombres fixés sur Giovanni. La surprise se mélangeait à une sorte d’impatience glaciale. Il voulait savoir la suite, même si une part de lui redoutait déjà ce qu’il allait entendre. Giovanni, avec une inquiétude palpable dans la voix, se mit à raconter tout, dans les moindres détails.
À mesure que les mots tombaient, Lorenzo sentait une boule de colère lui brûler la poitrine. Quand Giovanni eut terminé, il resta figé, le regard perdu. Il avait du mal à y croire, mais au fond, il savait que c’était réel. Tout bascula dans sa tête. Son monde était déjà une p****n de jungle pleine de dangers, et il s’était toujours juré de ne pas traîner une femme dans ce merdier. Mais là… Chloé, avec son sale caractère de gamine rebelle, venait de se retrouver dans une merde encore plus grosse que la sienne. Et ça, c’était une bombe prête à exploser.
Giovanni (suppliant)
– Je sais que tu connais à peine ma fille… Pour toi, elle est encore une étrangère. Et je sais aussi que ce mariage précipité vous mettra du temps avant de vous comprendre. Mais je t’en supplie… ne l’abandonne pas. Chloé est têtue, c’est vrai, mais quand elle s’attache à quelqu’un, elle devient douce, aimante. C’est une bonne fille. Et toi… toi aussi tu es un bon garçon. Tu m’as sauvé la vie, Lorenzo. Et je suis sûr que ma fille sera en sécurité avec toi.
Lorenzo (voix intérieure)
Putain… j’suis choqué. J’pensais vraiment pas tomber sur un délire pareil. Moi qui croyais que ce mariage allait être une simple mascarade, histoire de quelques mois avant que je libère cette gamine… Maintenant je suis complètement piégé, C’est foutu.
Il resta silencieux, les mâchoires serrées, incapable de trouver quoi répondre à Giovanni. Ses pensées tournaient en boucle. Une seule chose était claire : impossible maintenant de se débarrasser de Chloé. Pas après ce qu’il venait d’apprendre. Pas avec ce danger qui planait au-dessus d’elle.
Fin du flashback.
À suivre…