La discrimination systématiqueUpdated at Oct 20, 2026, 02:04
LES ENFANTS DE WHITE CITY
Dans un monde où la couleur de la peau détermine la valeur d'une vie, White City est présentée comme la ville parfaite. Ses rues sont propres, ses immeubles brillent sous le soleil et ses habitants blancs vivent dans le luxe.Mais sous leurs pieds se cache une autre ville. Une ville que personne ne doit voir.C'est là que vivent les Noirs, arrachés à leurs familles dès leur naissance, condamnés à travailler dans des départements souterrains où chaque journée est une lutte pour survivre.Diane fait partie de ces enfants volés. Elle ne connaît ni sa mère ni son père. Depuis qu'elle est assez grande pour comprendre le monde, elle travaille dans les profondeurs de White City, au milieu des machines électriques qui alimentent la ville d'en haut.On la surnomme **la Bagarreuse**. Elle refuse de baisser la tête, même lorsque la faim lui tord le ventre et que les gardes lui rappellent qu'elle n'est, à leurs yeux, qu'un outil de travail.La seule personne qui compte vraiment pour elle est Adriana, une fille née le même jour qu'elle. Plus réfléchie, plus mystérieuse, Adriana est la seule capable de calmer la colère de Diane. Ensemble, elles ont appris à survivre dans un monde qui aurait préféré les voir disparaître.Jusqu'au jour où Diane découvre un secret qui remet en question tout ce qu'elle croyait savoir sur sa naissance.Pourquoi son dossier a-t-il été effacé ?
Pourquoi les gardes semblent-ils connaître son nom avant même qu'elle le prononce ?
Et pourquoi Adriana lui a-t-elle toujours caché la vérité sur la nuit où elles sont nées ?
À White City, la vérité est plus dangereuse que la rébellion.Et cette fois, Diane ne compte plus seulement survivre.Elle compte faire tomber la ville.
Chapitre 1
L'enfant qui n'a jamais vu le cielJe ne sais pas à quoi ressemble le visage de ma mère.Je ne connais pas le son de sa voix, la couleur de ses yeux, ni même si elle avait l'habitude de sourire.Je ne sais pas si mon père était un homme courageux ou un lâche. Je ne sais pas s'ils m'ont cherchée, s'ils ont pleuré ma disparition ou s'ils sont encore vivants quelque part.La seule chose que je sais, c'est que je suis née.Et qu'à White City, naître avec la peau noire est parfois considéré comme le pire crime qu'un enfant puisse commettre.
Il est cinq heures lorsque la sirène retentit sous terre.Trois longs hurlements métalliques traversent les couloirs, secouent les parois et réveillent les centaines de travailleurs entassés dans les dortoirs.Je déteste cette sirène.Je la déteste plus que les gardes, plus que la faim, plus que les machines qui rugissent jour et nuit.Parce qu'elle me rappelle que même mon réveil ne m'appartient pas.
Diane ! Debout, la Bagarreuse ! Si tu arrives encore en retard, ils vont nous supprimer le repas de ce soir !La voix d'Adriana me tire de mes pensées.
Je roule sur le côté et ouvre un œil. Elle est déjà debout, ses cheveux tressés attachés derrière la tête, en train de nouer les lacets de ses vieilles chaussures
.Ils peuvent essayer, je marmonne.
Diane.
Quoi ?
Je suis sérieuse.Je me redresse en soupirant. Et moi, je suis affamée.
On dirait qu'ils nous donnent à manger pour nous empêcher de mourir, mais pas assez pour nous permettre de vivre.
Adriana laisse échapper un petit rire.
Un rire discret, presque coupable.C'est ce que j'aime chez elle.
Dans un endroit où les gens ont oublié comment être heureux, elle trouve encore le moyen de sourire.Nous partageons le même dortoir depuis aussi longtemps que je m'en souvienne. En réalité, nous partageons presque tout : nos repas, nos couvertures, nos punitions et nos rêves.Nous sommes nées le même jour, dans le même département. Du moins, c'est ce qu'on nous a raconté.À White City, les anniversaires ne se fêtent pas. On compte les années de travail, les heures de sommeil et les repas qu'on a réussi à obtenir. Pourtant, Adriana et moi avons toujours considéré notre date de naissance comme quelque chose qui nous appartenait.Une petite chose à nous.La seule, peut-être.
Tu sais ce que je ferais si je vivais à la surface ? me demande-t-elle en marchant à mes côtés.
Voler un garde et acheter un vrai repas ?— Diane !
Quoi ? C'est une excellente idée.Elle secoue la tête.— Je regarderais le ciel.Je ralentis.Le ciel.Ce mot me paraît aussi étrange qu'un conte pour enfants. Je sais qu'il existe un monde au-dessus de nos têtes. Je le sais parce que les gardes en parlent, parce que les affiches montrent de grandes maisons blanches et parce que, parfois, de l'air froid descend par les conduits.Mais je ne l'ai jamais vu.Pas une seule fois.
Et après ? je lui demande.
Après, je regarderais encore.Je tourne les yeux vers elle.
Tu es bizarre, Adriana.
Et toi, tu es incapable de rêver sans vouloir frapper quelqu'un.
C'est faux.
Ah oui ? Alors pourquoi as-tu cassé le nez de Samuel hier ?Je souris. Car j'adore péter sa gueule et j’ai ris