Épisode 15

2330 Mots
Une nuit d’amour sans lendemain Épisode 15 Liya Je soupire, levant les yeux de mon travail. La vie avec André se déroulait de façon délectable, depuis quinze jours. Les journées étaient infiniment agréables : je jouait avec ewran , lisait, composait des parfums. André m’a fourni ce dont j’ai besoin. La plupart du temps, il travaillait à la maison. Mais, parfois, un hélicoptère l’emmenait à son bureau de paris . Il me manquait, alors. Car, lorsqu’il était là, il venait souvent me rejoindre au milieu de l’après-midi. Il m’entraînait à l’écart, derrière la première porte venue, et nous faisions l’amour. C’était follement érotique, ces ébats emportés, où il devait me museler la bouche d’une main pour étouffer mes cris de plaisir. Il y avait aussi d’autres moments, merveilleux, où il me faisait l’amour dans notre chambre tandis que la vie, ailleurs, suivait son cours. J’aimais ces heures où nous pouvions nous croire seuls au monde. J’adorais aussi, bien sûr, les instants où André jouait avec ewran . Au début, il s’était montré nerveux, hésitant. A présent, il était à son aise. Et ewran l’adorait, il riait chaque fois que son père le soulevait dans ses bras et le faisait « voler » à travers la pièce comme s’il était un oiseau. Je riais aussi, ravie de leur complicité. Cependant, malgré mon existence idyllique, je n’étais pas délivrée de tout souci. Qu’allait-il se passer, maintenant ? Je n’en avais aucune idée, et cette ignorance m’inquiétait. Il y avait des sujets que je n’osais aborder, malgré le courage dont je me promettais de faire preuve. Et le futur en faisait partie. La campagne publicitaire pour audacieuse ayant été retardée, je me consacrais à mes parfums. Je teste la dernière mouture de fleur , et je la trouve parfaite. J’ai donné des flacons aux femmes de chambre , et même à la cuisinière qui en avait manifesté le désir. Plusieurs membres du personnel portaient maintenant ma fragrance. André l’avait sans doute remarqué, puisque moi-même je portais fleur . C’était un parfum floral qui comportait des essences de lavande, verveine, vanille, et d’autres ingrédients secrets que je n’aurais révélés à personne. Mais il était unique, et seyait à la plupart des femmes, quelle que fût leur peau. J’hume l’échantillon, les yeux clos. Cela me rappele ma grand-mère, les fleurs opulentes de son jardin, la délicieuse soupe aux poissons de Bonoua qu’elle préparait. Ma grand-mère me manquait tant ! Une larme roule sur ma joue, et je la chasse nerveusement. J’étais heureuse, à présent. Heureuse. J’ai un adorable bébé et un homme que j’aime .. Je me fige . Comment je pouvais aimer André ? Ce qu’il y avait entre nous était torride, envoûtant. Explosif, aussi. Et chaotique. Mais cela n’avait rien d’émotionnel. C’était du sexe, rien d’autre. Quand ce serait terminé, je pourrais m’en aller sans regret... Une douleur vive me traverse à cette pensée. Pour moi , c’était donc d’émotion qu’il s’agissait ! A l’idée de quitter André , de ne plus faire partie de sa vie, j’ai l’impression de subir une amputation. Je ne pouvais pas, ne voulait pas imaginer la vie sans lui. Cela ne signifiait pas pour autant qu’il s’agissait d’amour. Il était le père de mon fils, et il était inévitable que j’ai de la tendresse pour lui, d’autant que nous vivons ensemble et qu’il adorait ewra. . Malgré l’enfance qu’il avait connue, il manifestait tant d’amour envers son petit garçon... Mais qu’éprouvait-il pour moi ? — Liya ... Je me retourne au son de sa voix, le cœur battant, en essuyant la larme qui s’attardait sur ma joue. — Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il en venant près de moi , si inquiet que je suis remuée. — Je pensais à ma grand-mère Il cueillit une autre larme sur ma joue, du bout du pouce. — Je suis navré que tu l’aies perdue, Liya . — C’est la vie, n’est-ce pas ? Il me souleve et me presse contre lui, entre ses bras. Je me laisse aller contre son torse, humant sa senteur avec délice. — C’est la vie, mais ça fait quand même mal. Nous restons un moment enlacés, puis je leve les yeux vers lui, souriant à travers mes larmes. — Je vais bien, André . Mais parfois, elle me manque. Il m’emmène m’asseoir sur la terrasse, à l’ombre d’une tonnelle de vigne, dont les lourdes grappes attendaient d’être cueillies. — Parle-moi d’elle. — Elle m’a élevée, je te l’ai déjà dit. Je n’ai jamais connu mon père, et ma mère est morte quand j’étais toute jeune. Mon grand-père était décédé plusieurs années avant, et dans notre petite maison , il y avait juste ma grand- mère et moi. Elle faisait pousser un tas de choses, André . Des légumes, des herbes, des fleurs... On vivait bien, on préparait des essences. J’ai eu une enfance merveilleuse. — Puis elle est morte, et tu n’as pas pu garder sa maison. . — Quand elle a eu son cancer, elle a dû emprunter en hypothéquant la maison. Elle n’avait pas le choix. J’étais sûre qu’une fois qu’elle serait guérie, on trouverait le moyen de rembourser l’argent. Mais elle n’a pas guéri, et je n’ai pas trouvé de moyen. Après ses obsèques, il ne restait presque rien. La maison a été racheté. J’espère que le couple qui y vit l’aime autant que je l’aimais. — J’en doute, dit André , qui me caressait la main du bout du pouce. Mais ils doivent l’aimer à leur manière. — Oui. Il est impossible de ne pas apprécier sa beauté. Une domestique apparut, nous demandant si nous aimerions boire quelque chose. André la pria d’apporter du vin et de l’eau fraîche. Il la suivit du regard quand elle s’éloigna, laissant des effluves de fleur dans son sillage. — Ne t’imagine pas que je n’ai pas remarqué que tout le monde, ici, sent comme toi — Je m’en doutais. Tu es fâché ? Il eut un petit rire. — Le personnel n’est pas obligé de porter les produits Néves , chérie . J’imagine qu’il s’agit de ta fleur ? — Oui, Grand-mère et moi l’avons créé ensemble. — Je crois qu’il me plaît. Il est frais, pas envahissant... Floral sans être écœurant. — Tout à fait. Et il s’adapte à toutes, quelle que soit la chimie corporelle de celle qui le porte. Il est différent sur chacune, et en même temps, il ne varie pas, si on peut dire. De nouveau, André se mit à rire. — Tu parles à un homme qui entend vanter chaque jour les choses les plus variées. Il arrive que ça tienne debout. Ou que ce soient des sornettes. — Et là, ce sont des sornettes ? — Peut-être pas, lâcha-t-il, méditatif. Mais il me faudrait davantage d’informations, poursuivit-il en m’enveloppant d’un regard éloquent. Il me faudrait une démonstration complète, en privé,mademoiselle Liya . — Je crois pouvoir arranger ça... ** * Quand je me réveille, le lendemain, André était parti. Allongée dans le lit, je songe aux semaines écoulées. J’étais heureuse. Mais j’avais également peur. André ne parlait jamais de l’avenir. Je n’avais aucune idée de ce que je représente pour lui. Bien sûr, nous sommes amants, et je suis la mère de son fils. Mais qu’est-ce que cela signifiait pour lui, en dehors du moment présent ? Il semblait avoir besoin de moi et, pourtant, il ne prononçait jamais de mots tendres et n’envisageait jamais notre avenir. Je suis sous contrat avec Néves Cosmetics à condition que les tests photos soient satisfaisants. Jusqu’ici, il n’y avait pas eu de tests. André avait dit qu’il fallait du temps pour mettre en place ce qu’il voulait, et que je ne devais pas m’inquiéter. Mais je ne pouvais m’empêcher de me faire du souci. Quand il se montrait attentif à me consoler, comme la veille, je me demande s’il éprouvait des sentiments pour moi . Ou s’il était seulement poli. Il avait dit vouloir des informations sur Fleur . Mais lorsque nous nous sommes retrouvés seuls, le parfum avait été la dernière de ses préoccupations. Il m’avait dévêtue et m’a donné un plaisir inouï. Ensuite, alors que nous étions allongés côte à côte, il m’avait enlacée, puis s’était endormi. Il ne m’a pas reparlé du parfum. Je me suis trouvée ridicule d’être déçue, surtout après ce que nous venions de vivre. Mais ce sentiment avait été plus fort que moi . Je désirais qu’on me prenne au sérieux. Et André , lui, ne songeait qu’à faire l’amour... Je suis heureuse de notre entente sur ce plan. Mais je voulais autre chose. Je voulais qu’il envisage d’aller au-delà d’une simple relation sexuelle. Je voulais savoir ce qui se passerait une fois que mon contrat avec Néves Cosmetics aurait pris fin. Ou ce qui se passerait s’il n’aimait pas les tests et que je devais renoncer à la campagne publicitaire... Il savait bien que je ne me séparerait jamais de ewran . Mais se souciait- il vraiment de ce que je lui avais dit à ce sujet ? Il pouvait me disputer la garde de motte fils. Il pouvait même gagner. Il a tant d’argent et de pouvoir ! Je me lève , prend me douche et m’habille d’un jean et d’un T-shirt. Puis je pars à la recherche de Sylvia et de ewran , que je trouve dans le jardin. Mon bébé était à l’ombre, sur une couverture, et jouait pendant que Sylvia lisait. Quand il me voit , il jette son jouet et se met à babiller avec excitation, en tendant les mains. Je le souleve dans mes bras. — Bonjour, mon trésor Je salus chaleureusement Sylvia, même si je ne me suis pas encore faite à l’idée de lui confier ewran . Cela me donnait l’impression qu’on me dépossédait de mon fils. Je savais que c’était ridicule, mais, depuis la mort de ma grand-mère, je me sens si seule, privée de toute famille... Il y avait eu angie , bien sûr, mais ce n’était pas pareil. Ce petit garçon était tout mon univers. Je l’aime à la folie, et ne supporterait jamais de le perdre. Je passe avec Sylvia et lui le reste de la matinée. Puis, quand ewran fut couché pour sa sieste, je gagne mon atelier pour travailler à la composition d’un nouveau parfum. Les odeurs de cerise et de raisin du jardin, mêlées à celles de l’herbe et de la terre, avaient stimulé mon inspiration. A un moment de l’après-midi, une domestique vient m’annoncer une visite inattendue : Michel Hervé demandait à me voir. Je n’avais guère pensé à lui depuis deux semaines, à vrai dire. Mais je n’avais aucune raison de lui refuser une entrevue. Il sait que je suis la nouvelle ambassadrice de audacieuse , et il était l’associé d’affaires de André . Je vais donc l’accueillir. ** * André assis dans son bureau à paris , j’essaye de me concentrer sur un rapport financier, mais je n’y parvenais pas. Je penses sans cesse à Liya , à ce que nous ressentions et partagions quand nous faisions l’amour. Elle me donnait envie d’être un homme meilleur , d’essayer d’ouvrir mon cœur et de me fier à quelqu’un. Je n’avais jamais fait confiance à personne. Dès mon enfance, j’ai appris que je ne pouvais compter que sur moi -même, et non sur la mère qui aurait dû s’occuper de moi . Je n’avais jamais eu la liberté des autres enfants . cette liberté de jouer, de m’amuser sans avoir à songer à ma survie, à m’interroger sur ma place dans le monde. J’ai aussi toujours représenté, pour les autres, la possibilité de gagner de l’argent. Et ma fortune poussait les autres à se servir de moi. Liya , elle, avait eu mon enfant. Mais elle n’avait pas essayé de me soutirer de l’argent. Elle ne m’a pas menacé d’un procès en paternité, ni de vendre son histoire aux journaux à scandale si je ne payais pas. Elle n’avait jamais tenté d’utiliser ewra. pour m’extorquer quoi que ce soit. Elle m’a caché la naissance de min fils, cependant. Et elle avait continué à me cacher cette paternité tandis qu’elle négociait avec moi. Elle affirmait avoir voulu assurer l’avenir de son bébé, et avoir eu peur d’être jetée dehors. Je dois avouer qu’elle avait eu de bonnes raisons de croire que j’agirais ainsi. Je n’ai pas digéré sa déloyauté, la première fois. En fait, j’ai réagi d’une façon tout à fait inhabituelle : aveuglément, en me laissant dominer par mes émotions. Au lieu de l’écouter, de lui opposer un refus poli, je l’ai mise à la porte. Elle m’a pris au dépourvu, et je me suis laissé surprendre par mes propres affects. Elle m’a rappelé brutalement ce qu’on éprouvait quand on avait le sentiment de n’être rien. Et je l’ai détestée de me rappeler ce sentiment. Aujourd’hui, où j’en suis ? . Là était précisément le problème : je l’ignorais . Je sais seulement que, depuis que je couche avec elle, j’éprouve du soulagement et de la joie , sentiments qui m’ont été étrangers pendant si longtemps. Ce qui était plutôt saugrenu, vu qu’elle m’avais menti ! Mais peut-être était-il las de vivre dans le soupçon, et de laisser le passé me dicter son avenir. J’ai un enfant, à présent. Un merveilleux, un adorable petit garçon. Et je veux que cet enfant possède ce dont il avait manqué : un foyer stable, un père, de l’amour. Liya aime ewran . Et moi aussi j’aime ewran . Ne devrons nous pas œuvrer ensemble pour donner à notre fils tout le bonheur que nous voulons ? Notre relation n’avait pas connu le meilleur des départs, mais nous pouvions nous rattraper. Il suffisait, pour cela, que je décide de tenter ma chance. Je réfléchis encore longuement, soupesant les diverses options. Et je finis par prendre ma décision. Je passe alors plusieurs coups de fil. Quand je rentrerais chez moi, ce soir, j’ accomplirais un premier pas vers l’avenir.
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