XXII
On la laissa jouir en paix pendant quelques mois des douceurs – souvent contestables – de la lune de miel. Puis, les adulations, cette fois plus pressantes – elles étaient plus intéressées – recommencèrent. Comme elle n’avait pas d’enfants, elle se sentait fort désœuvrée. Autour d’elle, comme autour des globes qui tempèrent l’éclat des lampes, se jouaient mille papillons plus ou moins jeunes et plus ou moins spirituels. La fadeur de leurs compliments l’écœurait un peu, car elle était intelligente, et, dans le secret de son cœur, elle se sentait faite pour des cœurs plus mâles et mieux trempés. Ces trésors d’énergie et de poésie après lesquels elle soupirait, elle ne les trouva pas dans son mari – lequel était brave homme et malicieux, – mais, comme il arrive d’habitude, d’un grand nombre de degrés au-dessous d’elle, dans l’échelle des êtres. Alors, et sans se résigner, elle demeura pure, moins par vertu que par orgueil. C’est égal ! il est dur, quand on est jolie femme et princesse, de se dire qu’on ne rencontrera jamais celui qui seul aurait été capable de vous rendre heureuse.