XXI
Et alors, elle se jurait à elle-même de ne lui accorder qu’une affection maternelle. C’est pourquoi elle se crut autorisée à l’interroger. Quel était son passé ? Avait-il seulement un passé, cet enfant aux cheveux bouclés, dont le sourire lui apparaissait comme le reflet d’un beau ciel ? Cela même, pour la princesse, était une amorce de plus. Qu’y a-t-il, pour une femme, – j’entends une certaine femme, – de plus affriolant qu’une âme vierge ? Hélas ! de telles âmes, elle n’en avait jamais rencontré. Lancée dans le monde à dix-sept ans, présentée à la cour, devenue en moins de trois jours l’étoile des salons aristocratiques de Vienne, du théâtre Impérial et du Prater, elle connut les enivrements de la seule gloire que nos compagnes puissent ambitionner, et qui consiste dans la haine de leurs semblables et les adulations de notre s**e. Depuis lors, toujours encensée, elle avait régné sans partage sur le monde des fats et des coquettes. Enfin, un jour, comme il fallait se décider à faire un heureux, elle avait laissé tomber son mouchoir aux pieds d’un prince. Et c’est ainsi qu’elle était princesse.