XI
L’hypocrisie d’Arthur fut de ne pas parler à son précepteur des lectures qu’il continuait de faire en cachette. La bibliothèque du comte était toujours là, – avec la clef dans la serrure, – et l’enfant y puisait maint livre agréable qu’il avait soin de remettre en place après se l’être assimilé. C’est ainsi qu’il connut le galant poème de l’Arioste, les contes de Boccace, de Marguerite de Navarre et de Lafontaine. Puis, des conteurs il passa aux philosophes, et en moins de deux mois, le président de Montesquieu, Rousseau, Voltaire et Diderot n’eurent plus guère de secrets pour lui. Lesage l’amusa, l’abbé Prévost l’intéressa, Richardson lui tira des larmes. Quant à Goethe, dont il ne lut que le seul roman de Werther, il le trouva peu compréhensible. Mon ami, en effet, avait un caractère tout français, et, bien qu’il fût sensible comme un autre aux harmonies de la nature et du sentiment, la rêverie n’était pas son fait ; il lui préférait le réel.