LIX
Vinaigre sur citron ! telle était en ce moment, l’aménité de la comtesse. Le comte plia le dos, selon son habitude. Mais Arthur !… hélas ! je rougis de le dire : il fut si enchanté d’apprendre qu’il allait être libre – car il prévoyait bien que son pédagogue, en peu de temps, ne deviendrait rien moins que le premier de ses domestiques, – il fut, dis-je, si satisfait, qu’il en oublia Flore pendant dix secondes. Il avait regagné son lit, et là, avant de s’endormir, il forma cent projets qui auraient fait sauter sa mère comme une carpe si elle avait pu les connaître. À seize ans ! dira-t-on. N’est-ce pas horrible ? Que voulez-vous, madame ! En France, nous sommes toujours pressés. Il nous faut manger des asperges au mois de février, des petits pois en mars, et nous avons enfin trouvé le moyen de faire le tour du monde en moins de temps qu’il ne faudrait pour toucher votre cœur. Il n’est pas surprenant qu’Arthur qui, au collège, selon l’usage, avait un peu mûri sous bâche, se trouvât à seize ans, juste au point où tout autre, élevé dans le giron maternel, – et qui n’aurait pas lu Bernardin de Saint-Pierre, – se serait trouvé à dix-neuf.