Chapitre 5
Alors qu’il rentrait à l’appartement, une bonne surprise attendait Stephen. De la musique ainsi qu’une agréable odeur sortaient de la cuisine. Pris de curiosité, le policier s’y dirigea. Claire était en train de concocter un risotto aux champignons noirs. Les yeux de Stephen pétillaient devant le spectacle que lui offrait sa colocataire. Elle dansait dans une tenue légère : un short et un débardeur. Non pas qu’elle voulait le séduire, mais la chaleur était vraiment insupportable dans l’appartement. Il n'y avait pas à dire, la toute nouvelle chaudière fonctionnait vraiment très bien, ce qui contrastait vraiment avec le froid du dehors.
Stephen s‘octroya quelques secondes de plus avant de se manifester. Il n’allait surtout pas se priver de la vue.
— Bonsoir Claire !
Ne s’attendant pas à être surprise, Claire sursauta.
— Oh, bonsoir, je ne vous ai pas entendu rentrer.
— Avec le volume de la musique, ce n’est pas étonnant.
— Toutefois, vous êtes discret ! Votre journée s’est bien passée ?
— Non, pas vraiment. J’ai vu des choses abominables.
— Vous ne voulez toujours pas me dire ce que vous faites ? Vous me dites que ce n’est pas évident, mais j’aimerais beaucoup savoir ce qui vous rend si triste.
— Je ne souhaite pas vous impliquer dans mon métier, tout simplement.
— Sauf si vous êtes un tueur en série ou quelque chose dans le genre, ça ne peut pas être si dramatique. Et d’ailleurs, si c’était le cas, je serais dans l'obligation de quitter l'appartement sur-le-champ.
Stephen eut un petit sourire qui en disait long. Il lui avoua qu’il était policier, ce que la jeune femme avait rapidement compris. Elle savait qu'il ne lui en dirait pas plus et comprenait pourquoi. Ce ne devait pas être facile tous les jours. Elle le concevait.
— Assez parlé de moi. Et vous votre journée de travail ? Votre emploi vous plaît-il toujours autant, après ces quelques jours ?
— Oh oui, ça se passe vraiment très bien et j’aime ce que je fais. Cette embauche est un vrai miracle. C’était vraiment le lieu où je voulais travailler. Ça me fait bizarre de me dire que quelqu’un me fait déjà confiance.
— C’est bien. Le plus important est de se sentir bien dans le métier que l’on fait.
— D’ailleurs, aujourd’hui, un homme est venu chercher des livres sur des tueurs en série écrits par un auteur célèbre. Je ne pensais pas que des gens puissent s'intéresser à de pareilles œuvres. Maintenant, c’est simplement mon avis. Je respecte les goûts des uns et des autres.
— Personnellement, j'aime ce genre de livres. Ça m'intéresse et par moment, je trouve même quelques indices pour les enquêtes que je mène avec mon équipe. Beaucoup de serial-killers prennent exemple sur d'autres tueurs et ainsi de suite. Ils décident d'imiter. C'est vraiment très courant.
Tout en parlant, Stephen se dirigea vers le réfrigérateur. Afin de se décontracter, il avait envie de boire un petit verre de vin blanc. Surtout au vu de la journée qu'il avait passée. Il se passa alors quelque chose qu'il n'avait pas prévu. Sa main gauche frôla la cuisse de Claire. Un élan d’électricité parcourut l’ensemble de son corps à ce simple contact. Dans un léger sursaut, la jeune femme plongea ses yeux dans ceux de son colocataire et ne tarda pas à se mettre à rougir. Un désir ardent entre les deux jeunes colocataires se fit rapidement sentir. Ne voulant succomber à ce que son corps réclamait, Claire se tourna et se précipita dans la salle à manger où elle mit la table.
Que ce soit Claire ou Stephen, aucun des deux n'osait prendre la parole. Ils ne pensaient qu'à une chose, mais pour Claire, c'était inconcevable. Une tension électrique de sensualité et de désir inonda la pièce.
Alors que les deux colocataires passaient à table, toujours dans le silence le plus complet et intense, Stephen alluma la télévision. Malgré le manque de temps et de disponibilité, le policier essayait toujours de regarder les informations afin de se rendre compte des différents événements se passant dans le monde.
Ce qu'il vit s'afficher sur le bas de l'écran lui fit hérisser les poils. « Comment est-ce possible ? » se demanda-t-il intérieurement. Personne n'était censé en parler.
— Que se passe-t-il Stephen ? Quelque chose ne va pas ? Vous êtes tout blanc ?
— Désolé Claire, il faut que je passe un coup de fil urgent ! Veuillez m’excuser.
Reposant la télécommande, Stephen se leva de table pour se diriger vers sa chambre. Il prit son smartphone et appela Claude, le commissaire. Il était désolé de devoir laisser Claire dîner seule, mais il devait vraiment régler cette affaire et rendre compte à son supérieur.
La jeune femme était vraiment très inquiète pour le policier. Jamais elle n’avait vu quelqu’un devenir aussi bizarre en quelques instants. Il était passé du type cool, détendu, voire même joyeux, au mec le plus singulier. Elle avait été vraiment surprise de découvrir une personne aussi bipolaire. Malgré tout, elle était persuadée que ce n’était pas son genre. Elle ne savait pas si ça avait un rapport avec le reportage en cours à la télévision, mais en tout cas, cela rendrait paranoïaque n'importe quelle personne sensée. En effet, une jeune femme avait été tuée de façon épouvantable.
— Oui ? Que se passe-t-il pour que tu m’appelles à cette heure ? demanda la voix à l'autre bout du fil.
— Je suis désolé de vous apprendre cela, mais un sujet passe en ce moment à la télévision. Quelqu'un a prévenu la presse pour Olivia Carlson ! La chaîne locale en parle et le reportage passe en boucle.
À l'autre bout du fil, Claude sauta de son siège pour allumer la télévision qui se trouvait dans un coin de la pièce.
— Mais qui les a prévenus ? demanda le commissaire, fou de rage.
Jamais Stephen ne l’avait entendu parler ainsi. Il était réellement en colère ! Il avait explicitement demandé à ses hommes de ne pas parler de cette enquête lors d’une rapide réunion. Il était évident que l’un d’entre eux avait désobéi aux autres et avait fourni des informations importantes, mais également confidentielles.
Claude Manet n'avait pas vraiment confiance en la presse. Malheureusement, son sentiment était plus que légitime et il en avait la preuve sous ses yeux. Tout le monde savait que les journalistes n'éprouvaient aucune dignité envers les victimes. Tout ce qui comptait était l’argent qu’ils pouvaient se faire et surtout d’avoir l'exclusivité. C'est ce qui avait dû se passer. Une nouvelle fois. Claude maudissait les éditorialistes, les reporters...
Il donna l'ordre à Stephen d'aller interroger cette journaliste, Sacha Juner, le lendemain matin à la première heure.
— Je peux y aller maintenant, si vous voulez, lui répondit Stephen.
— Non, c'est inutile. Elle est en direct donc personne ne te laissera l'approcher. Tout ce que je peux te conseiller maintenant, c’est de ne plus y penser et d’essayer de passer une bonne soirée. On discutera avec le reste de l'équipe demain matin après l'interrogatoire de Sacha Juner. Et merci de m’avoir averti, Stephen.
Claire n’avait pas attendu Stephen pour manger. Elle avait mis l'assiette de Stephen dans le micro-onde. Il n’avait plus qu’à réchauffer brièvement.
— Votre départ précipité avait-il un rapport avec le reportage diffusé à la télévision ?
Désormais, Stephen savait qu’il ne pourrait plus rien lui cacher. Il avait compris depuis peu qu’elle avait un don de perspicacité assez développé. Elle allait vite comprendre ce qui se passerait dans sa vie. Toutefois, il trouva que Claire était gênée. Il ne savait pas encore pourquoi, mais il comptait bien le découvrir rapidement. Lui aussi était un fin limier.
— Et vous, Claire, pourquoi vous me regardez ainsi ?
— Je vous ai posé une question, Stephen ? C'est à la suite du reportage que vous avez réagi bizarrement ? Pourquoi un tel changement d'attitude ?
— Personne n’avait le droit de dévoiler les éléments de notre enquête. Quelqu’un a trahi la confidentialité.
— Mais, ce sont des journalistes et pour ainsi dire, ils sont habilités à nous informer si un tueur rôde dans les parages. C’est leur métier. Je suis ravie de savoir qu’il faut que je reste sur mes gardes.
— Vous êtes en sécurité avec moi.
— Ils enquêtent, ils font de l'investigation, tout comme vous. Le peuple a le droit de savoir ce qu'il se passe. C'est tellement inhabituel par ici.
Claire n’avait pas répondu à sa réflexion. Elle voulait dire le fond de sa pensée. Elle s’en voulait d’avoir haussé le ton, mais il fallait qu’elle dise ce qu’elle pensait. Elle en avait le droit.
— Je suis d'accord avec vous sur le fait qu'ils font leur travail. Je ne le remets pas en cause. Mais, ce reportage signifie que l’on a un traître dans l’équipe.
— Ce n’est pas forcément le cas ! Je ne suis pas d’accord avec vous !
— Alors que s'est-il passé ? Comment les photos de l'enquête se sont-elles retrouvées entre les mains d’une journaliste et par ce fait, dans le journal télévisé ? Allez-y dites-le moi ! Apparemment vous avez réponse à tout !
Aussitôt sorti de sa bouche, Stephen regretta ce qu’il venait de dire. C’était sans parler du ton condescendant qu’il avait pris. Le fait d'être énervé ne lui donnait pas tous les droits. Claire donnait simplement son avis. C'était tout à son honneur pourtant. Une bonne discussion ne devait pas tourner au vinaigre.
— Veuillez m'excuser, Claire.
— Vous n'avez pas à vous excuser. Je vous comprends, mais c’était seulement mon avis. Je pense que j’ai le droit de ne pas être d’accord avec vous, tout comme vous en avez le droit également.
Claire ne lui en voulait pas du tout, comprenant que c’était une sorte d’entrave à la justice. Son colocataire prenait son travail à cœur, c’était tout à son honneur. C’était le plus important d’autant plus que cela devenait de plus en plus rare.
Les deux colocataires décidèrent de ne plus parler de cet épisode musclé. Tout comme ils ne parleraient plus du rôle des journalistes, à l’avenir.
La discussion oubliée, le reste de la soirée fut assez agréable pour Claire, comme pour Stephen. Ils avaient décidé de regarder ensemble un film romantique, mais assis de part et d’autre du canapé.
Stephen avait envie de la jeune femme qu’il ne cessait de regarder. Il ne voulait pas que Claire se méprenne sur ses sentiments, donc il ne fit rien qui alla dans ce sens. Il la regardait tout simplement. Ils n’étaient colocataires que depuis quelques semaines. Ainsi, le jeune homme devait agir lentement.