7New Manhattan, fin octobre 2030– Vois-tu, Jason, il existe un principe majeur qui régit toute vie humaine sur cette planète. Il s’agit de l’adaptabilité. Sans aucun doute, la plus grande différence entre l’homme et l’animal.
– J’ai du mal à comprendre, père…
– C’est pourtant simple. Prenons comme exemple le singe. Cet animal possède un grand nombre de nos capacités. Il présente même une grande intelligence. Comme tu le sais, on le place juste avant nous dans la chaîne de l’évolution.
– Il y a d’autres théories…
– Balivernes ! Darwin n’a jamais été pris en défaut. Mais si tu veux, on peut choisir n’importe quel animal. Oiseau, mammifère ou poisson. Toutes les espèces subissent leur environnement. Et elles s’en accommodent sans même y réfléchir. Si elles trouvent de la nourriture à tel endroit, elles y restent. Si cette nourriture vient à disparaître, elles s’en vont et cherchent ailleurs. Ceci est valable pour toutes les espèces… sauf une : l’homme. L’homme refuse de subir son environnement : il le transforme ! Il l’adapte selon ses besoins.
– D’accord. Alors qu’il est plutôt physiquement mal armé pour supporter des conditions extrêmes ou hostiles, l’être humain se replie sur son intelligence et sa créativité !
– Je vois que tu as compris. Maintenant, il faut que tu comprennes que certains possèdent cette faculté d’adaptation à un degré supérieur à la moyenne. Ils sont capables, dans l’adversité, de trouver plus facilement les solutions qui leur permettent de se sortir d’un mauvais pas.
– Oui, certains sont plus intelligents que d’autres…
– Il ne s’agit pas d’intelligence ici, mais d’adaptabilité. Un individu très intelligent, mais ne possédant pas cette faculté essentielle se fera dominer à coup sûr par un autre moins doué, mais plus roué. L’histoire des gouvernements successifs nous en donne un excellent exemple. La plupart des grands chefs d’état ne possédaient pas une intelligence de génie. Mais ils savaient combiner, nager, transformer, convaincre. C’est pour cela qu’ils réussissaient à se faire élire malgré leur incompétence dans de nombreux domaines. Imagine alors ce qui peut se passer lorsqu’un être humain très intelligent possède aussi une grande faculté d’adaptation.
– Il devient un génie ?
– Oui, peut-être. Mais surtout, il devient un meneur d’hommes invincible. Il est en mesure d’imaginer l’avenir et de se donner les moyens de concrétiser son rêve. Rien ne peut l’arrêter. Comprendstu où je veux en venir ?
– Oui, il s’agit de la Sea Oil.
– Tout juste ! Je vais te conter son histoire jusqu’ici. Tout a commencé en 2007. L’année de la catastrophe en mer. J’étais à l’époque le boss d’une multinationale pétrolière. J’avais sur le dos un conseil d’administration composé principalement d’actionnaires historiques : les héritiers O’Brian, un Irlandais qui avait eu la chance de trouver du pétrole dans les années 1930 au milieu de ses champs, au Texas. Très rapidement, il était passé du stade d’agriculteur à celui de producteur d’or noir. L’époque était faste. La demande allait croissant, et ses affaires furent florissantes. Au début des années 70, il devint urgent de trouver de nouveaux gisements : les réserves connues alors n’étaient pas inépuisables et les pays producteurs avaient repris le contrôle de leur richesse souterraine. En 73, ce fut le premier choc pétrolier. O’Brian, bien que fort âgé alors, comprit tout de suite l’enjeu : se positionner en tête du peloton. Et il fut le premier au monde à s’intéresser aux réserves des océans. Il fonda la Sea Oil Research, construisit les premières plates-formes pétrolières et en devint le leader dans les dix années qui suivirent. Exemple parfait de ce que je viens de t’expliquer : il avait réussi à anticiper la crise, trouver la solution, et convaincre les membres de sa famille, plus quelques autres, de le suivre. Il avait concrétisé son rêve. Et cependant, au départ, il ne s’agissait que d’un simple agriculteur, pas plus intelligent qu’un autre, mais doué d’adaptabilité.